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Sabine SCHWARZE

Auctorialité collective et interactivité dans Wikipédia et ses effets sur les représentations de la langue (française)

Sabine Schwarze
Université d’Augsbourg
sabine.schwarze@philhist.uni-augsburg.de

Résumé

Si dans les encyclopédies traditionnelles, la propagation du savoir est unilatérale (de l’auteur au lecteur), Wikipédia est basé sur l’intervention du lecteur qui peut devenir lui-même aussi auteur. Par conséquent, l’auteur cesse d’être une instance élitaire choisie par le(s) directeur(s) du projet. Il s’y ajoute son caractère dynamique permettant une actualisation permanente et continue. Il est évident que le recours à une intelligence collective ne reste pas sans conséquence sur la fiabilité des informations. J’examinerai par la suite la représentation du savoir théorique (v. métalinguistique) dans un corpus sélectionné dans Wikipédia afin d’interroger les effets de l’auctorialité collective et de l’interactivité sur la qualité des contenus et sur leur fiabilité comme savoirs de référence.

Abstract

If in traditional encyclopedias the divulgation of knowledge is unilateral (from the author to the reader), Wikipedia is based on the intervention of the reader who can also become the author. The later ceases thus to be an elitist instance chosen by the project director(s). In addition, the dynamic character of Wikipedia allows permanent and continuous updating. It becomes obvious that the recourse to a collective intelligence does not remain without consequence on the reliability of the information. In the following, I will examine the representation of theoretical (v. metalinguistic) knowledge in a corpus selected in Wikipedia to illustrate the effects of collective authorship and interactivity on the quality of the content and its reliability as reference knowledge.

1. Préliminaires

Mon étude aura pour but de saisir la manière dont les informations et les représentations sur la langue française se propagent dans l’encyclopédie en ligne Wikipédia, dont l’intérêt réside « dans une co-construction non élitiste d’éléments de référence et dans l’accessibilité de ce savoir au plus grand nombre » (KLEIN 2005 en ligne). Contrairement aux encyclopédies imprimées, il s’agit d’un document numériqué produit par des voix composites (selon la terminologie proposée par PAVEAU 2015)1. Si dans les encyclopédies traditionnelles, la propagation du savoir est unilatérale (de l’auteur au lecteur), Wikipédia est basé sur l’intervention du lecteur qui peut devenir lui-même aussi auteur. Par conséquent, l’auteur cesse d’être une instance élitaire choisie par le(s) directeur(s) du projet2. Il s’y ajoute son caractère dynamique permettant une actualisation permanente et continue3. Il est évident que le recours à une intelligence collective ne reste pas sans conséquence sur la fiabilité des informations. Bien que Wikipédia fasse partie des dix sites les plus consultés au monde, la qualité et la validité des contenus font aussi l’objet de discussions dans le domaine scientifique4. Les études récentes sur la construction et la diffusion du savoir dans la société de l’information, dans laquelle les technologies de l’information et de la communication jouent un rôle fondamental, posent aussi la question de nouveaux paradigmes créés par « le partage, la coopération, l’intelligence collective » (KLEIN 2005 en ligne)5.

J’examinerai par la suite la représentation du savoir théorique (v. métalinguistique) dans un corpus sélectionné dans Wikipédia qui est constitué d’articles avec leurs hyperliens à différents niveaux de profondeur (1er niveau : Français ; 2e et 3e niveaux : Français > chap. 2 Grammaire > Grammaire française ; Français > chap. 6 Particularités dialectales du français de France > Variétés régionales du français > Français de France, Français québécois, Français canadien6) et de documents disponibles par liens hypertextuels sur la page discussion.

Sans approfondir le changement de l’environnement sémiotique par rapport aux encyclopédies traditionnelles (voir le renvoi hypertextuel, les dispositifs multimodaux et les chapitres numériqués)7, je me propose d’interroger les effets de l’auctorialité collective et de l’interactivité sur la qualité des contenus et sur leur fiabilité comme savoirs de référence en suivant essentiellement trois pistes :

  • Quels sont les critères de la définition du français ?

  • Quelle est la notion de norme avancée et quelles sont les autorités de référence pour cette norme ?

  • Comment aborde-t-on le problème de la variation diatopique et des variétés régionales du français ?

2. Les critères généraux de la définition du français dans Wikipédia

Pour illustrer les critères de la définition du français, je me base sur la partie introductive8 de l’article premier niveau, Français (LF)9. La langue française y est présentée :

  • en termes linguistiques par des informations typologiques (« une langue indo-européenne de la famille des langues romanes ») et historiques (« s’est formé en France [variété de la « langue d’oïl », qui est la langue de la partie du nord »])10 ;

  • en termes sociolinguistiques avec des informations sur la diffusion (actuelle et historique), le nombre de locuteurs et le statut social ;

  • en termes politiques comme symbole identitaire de la nation et de la culture de France (mais sans aucune référence à la francophonie)11.

Le dernier paragraphe nous paraît particulièrement intéressant pour deux raisons : premièrement , il fait référence à la codification du français par des intellectuels et des institutions (Pléiade et Académie française) visant à qualifier le français de « langue académique » ; deuxièmement, il renvoie aux écrivains modèles (le français comme « langue de Molière ») qui auraient par contre défini son usage et son caractère de « langue vivante »12.

L’article reprend ensuite ces critères pour passer d’abord à une caractérisation linguistique plus détaillée avec référence, par des liens hypertexte, aux articles plus spécifiques comme Prononciation du français, Grammaire française ou encore Variétés régionales du français que je vais commenter par la suite.

3. La notion de norme et les autorités de référence13

La notion de norme avancée par Wikipédia est assez complexe. Elle reste plutôt implicite dans l’article de base avec allusions au concept traditionnel du bon usage. L’article joue avec le binôme norme/usage à travers le critère de la « vivacité » : l’Académie française y représente l’institutionnalisation d’une norme ; Rabelais et Molière, par contre, l’usage qui porterait à l’évolution. La richesse morphologique (temps et modes) devient par ailleurs symbole d’une vivacité particulière qui aurait distingué le français par rapport à d’autres « langues vivantes ». Ainsi le chapitre 7, Grammaire, cite comme autorités de référence les représentants par excellence du « bon usage » traditionnel, Vaugelas et Grevisse, tout en faisant transparaître une idéologie de décadentisme (écrit vs oral) :

Une des caractéristiques de la grammaire française vis-à-vis de nombreuses langues vivantes est la richesse de ses temps et modes. Toutefois, cette richesse tend à se réduire à l’oral. Par exemple, certains temps, tel le passé simple, ne se trouvent guère plus qu’à l’écrit et le passé antérieur se réduit le plus souvent à un simple jeu de « style » oratoire avec des expressions diverses mais toutes construites autour du seul verbe être (j’eus été…, il eut été…).
Également, une partie non négligeable de la grammaire française (pluriels, personnes dans la conjugaison), n’est notable qu’à l’écrit (exemple : ils jouent, il joue).
La langue française est illustrée par de grands grammairiens comme Claude Favre de Vaugelas (première moitié du XVIIe siècle) et Maurice Grevisse (1895-1980), grammairien belge, auteur de la grammaire de référence Le Bon Usage.14

Pour des informations ultérieures, le chapitre renvoie par un hyperlien à l’article Grammaire française de Wikipédia (GF). En tête de l’article, on trouve deux bandeaux critiques datant de 2011 et 2013 qui réclament le recyclage de certaines sections et une précision des références afin d’améliorer la « vérifiabilité ». Il s’agit d’un exemple par excellence du caractère dynamique de l’encyclopédie en ligne, mais aussi du manque de structure homogène causé par les voix composites qui la constituent. Si jusqu’à décembre 2016, le résumé introductif était composé d’une seule phrase assez stéréotypée qui s’opposait à la « description » de caractère scientifique et théorique du premier chapitre (« La grammaire française est l’étude des règles régissant cette langue »), des « Remaniement[s] de la définition de la Grammaire selon Grévisse [sic] » ont été portés par un auteur le 15 mars 201715. Dans la version du 11 avril, le résumé introductif donne une définition de la grammaire selon Le bon usage de Grevisse, la grammaire largement reconnue comme référence dans toute la francophonie :

Selon Le Bon Usage de Grévisse [sic], on retrouve plusieurs notions de grammaire.
La première est la grammaire normative, qui tend à enseigner comment s’exprimer correctement. On étudie l’ensemble des règles de la langue.
Pour la seconde, Grévisse [sic] parle de "La Linguistique ou grammaire". C’est "l’étude systématique des éléments constitutifs et du fonctionnement … de la langue en général." Grévisse [sic] ajoute encore que le mot "grammaire est parfois pris dans un sens plus restreint, comme recouvrant la morphologie et la syntaxe." (Grammaire française)

Ainsi, le lecteur a-t-il moins de difficulté à suivre la Description dans le premier chapitre, qui semble être rédigé par quelqu’un qui dispose d’une formation professionnelle en linguistique et qui recourt à des aspects typologiques, fruit d’une classification théorique de la grammaire, peu pertinents pour le grand public ou le lecteur commun :

Description16

Il faut distinguer la grammaire descriptive de la grammaire normative (dite aussi prescriptive). La première se donne pour objectif de décrire et d’analyser les structures et particularités de la langue française d’un point de vue linguistique. La grammaire descriptive du français a de nos jours nettement profité du développement de la linguistique contemporaine, que ce soit dans le domaine de la grammaire du texte, de la pragmatique ou de la sémantique, renouvelant et affinant ainsi la compréhension des mécanismes du français.
La grammaire normative a, en revanche, pour objet les règles du parler « correct ». Il est en effet important aux yeux de beaucoup de bien connaître les règles de grammaire qui gouvernent ces changements pour s’exprimer correctement, tant oralement qu’à l’écrit. Cette grammaire n’a pas de fin scientifique, mais a seulement pour but de dire « comment il faut s’exprimer ».
Bien que la grammaire descriptive relève de la linguistique, il faut la distinguer de la linguistique générale qui a pour objet les phénomènes linguistiques présents dans différentes langues alors que la grammaire du français relève de la linguistique appliquée, c’est-à-dire de l’étude d’une langue particulière. (Grammaire française)

Les parties introductives de l’article sont accompagnées de la photo du frontispice d’une « grammaire descriptive célèbre dans son temps », soit la grammaire de Lévizac (1753-1813) dans la 4e édition publiée en 180917. Cette référence semble annonciatrice du caractère ambigu de l’article. Il s’agit d’une grammaire qui se situe dans la filiation des remarqueurs des XVIIe et XVIIIe siècles18. Et en effet, l’article GF rappelle par la suite les manuels de base pour enseigner le français aux étrangers qui renvoient au standard sans aucune réflexion sur la variation (ex. oral/écrit) ou sur des aspects pragmatiques, comme l’illustrent les deux exemples cités par la suite. Le premier extrait reproduit le paragraphe sur l’interrogation :

Types d’interrogations
En français, il existe deux types d’interrogations :

  • l’interrogation totale, qui concerne la phrase entière et appelle une réponse par oui ou par non (ex: - Est-il malade ? - Oui, il est malade.) ;

  • l’interrogation partielle, qui porte sur un élément de la phrase et appelle une réponse plus précise. Elle comporte toujours un mot interrogatif (ex: - Qui est-ce ? - C’est un ami.).

Interrogation totale

  • L’interrogation totale se caractérise par l’inversion du sujet. Le sujet est placé après le verbe, on parle d’inversion simple (ex: As-tu rencontré quelqu’un ?).

  • Lorsque le sujet est un groupe nominal ou un pronom autre que ce ou un pronom personnel, ce sujet est placé avant le verbe et est repris par un pronom personnel de 3e personne. On parle alors d’inversion complexe (ex: Luc a-t-il rencontré quelqu’un ?).

  • La locution adverbiale est-ce que est souvent utilisée pour rétablir l’ordre sujet-verbe (ex: Est-ce que tu as rencontré quelqu’un ?). (Grammaire française, chap. 4.1.2)

On trouve aussi, sans aucun commentaire, un sous-chapitre sur la dislocation, phénomène difficilement compréhensible sans recourir à l’existence de différents registres et à l’interprétation pragmatique des phénomènes grammaticaux.

La dislocation

La dislocation détache un élément et le reprend par un pronom personnel, adverbial ou démonstratif (ex : Je vais à la piscine. >> Moi, je vais à la piscine.). La dislocation peut porter sur :

  • le sujet (ex : Je vais à la piscine. >> Moi, je vais à la piscine.) ;

  • le COD (ex : Je mange ce gâteau. >> Ce gâteau, je le mange.) ;

  • le COI (ex : J’ai répondu à mon ami. >> Je lui ai répondu, à mon ami.) ;`

  • l’attribut (ex : Cette maison est vaste. >> Vaste, cette maison l’est !) ;

  • le complément essentiel de lieu (ex : Je vais à la piscine. >> A la piscine, j’y vais.). (Grammaire française, chap. 5.4.2.)

Emblématique, la liste des références aux « Grammairiens de la langue française (avec hyperlien pour chaque nom) réunit à côté des remarqueurs les plus connus (tels que Vaugelas, Ménage et Bouhours) un grammairien-philosophe (Urbain Domergue) et, avec Grevisse et Cellard, deux auteurs modernes du bon usage traditionnel, le dernier, plutôt que grammairien, connu comme auteur d’une chronique du langage dans le Monde19 :

Claude Favre de Vaugelas (1585-1650)
Gilles Ménage (1613-1692)
Dominique Bouhours (1628-1702)
François-Urbain Domergue, (1745-1810)
Jean-Charles Laveaux (1749-1827), grammairien et lexicographe français
Jean-Étienne-Judith Forestier Boinvilliers (1764-1830)
Charles-Pierre Chapsal (1787-1858)
Charles Marty-Laveaux (1823-1899), homme de lettres et grammairien français
Édouard Pichon (1890-1940)
Maurice Grevisse (1895-1980), auteur de la grammaire de référence le Bon Usage
Jacques Cellard (1920-2004)
Alain Frontier (1937-), auteur de Grammaire du français (Grammaire française, chap. 8)

Ramenant l’attention à LF, on constate que le recours à la norme traditionnelle devient explicite dans le chapitre 4 de l’article, Particularités dialectales du français de France lequel – bien qu’il soit consacré explicitement à la variation régionale – débute par une définition francocentrique de la norme tout en faisant allusion (de façon très « prudente ») à certaines évolutions en direction de normes régionales20. Les aspects avancés dans ce chapitre par rapport à la variation diatopique m’aideront à passer au deuxième aspect central de mon étude, à savoir la représentation de la variation diatopique et des variétés régionales du français dans Wikipédia.

4. La représentation de la variation diatopique et des variétés régionales du français

Le 4e chapitre de LF, Particularités dialectales du français de France, commence par une déclaration à caractère politique, et non linguistique, sur l’ancrage du statut de la langue française dans la constitution, aspect déjà mentionné dans l’introduction de l’article et donc répétitif21. Il s’y ajoute ensuite un paragraphe sur le rôle du français parisien dans le processus de normalisation. Cette variété est d’abord évoquée comme celle qui aurait (je cite) « remplacé dans la zone d’oïl les variétés locales », ce qui est illustré par l’argument sociolinguistique des « différences minimes entre le français d’un jeune Normand et d’un jeune Parisien ». Ce rôle unificateur est ensuite étendu, dans une perspective monocentrique, à sa fonction comme modèle de norme pour l’ensemble de la francophonie. Cette position basée sur l’idée d’un français standard plutôt homogène se reflète aussi par la suite dans la distinction de deux dimensions de variation régionale. Dans la dimension variationnelle interne au territoire de la France, le français est considéré comme « un synonyme de la langue d’oïl, ce qui implique que tous les dialectes romans du domaine d’oïl sont des variétés dialectales du français » (LF, chap. 4)22. La variation régionale en dehors du territoire de la France comprendrait par contre les « variétés régionales dans le monde, qui restent très proches du français standard » (LF chap. 4). Somme toute, la norme et le standard ne seraient pas touchés par la variation régionale, dont les exemples au niveau du lexique (les plus stéréotypés sont reportés dans une liste, v. citation) sont présentés dans l’optique d’une idéologie clairement élitiste et homogénéisante23 :

Dans une partie de la moitié nord de la France par exemple, le repas du matin s’appelle « petit déjeuner », celui du midi le « déjeuner » et celui du soir le « dîner », le « souper » désignant la collation prise le soir après le spectacle : en Normandie, Picardie, en Lorraine. Dans le Nord, en Franche-Comté, en Occitanie, au Québec, dans le reste du Canada, en Belgique et en Suisse, on dit « déjeuner », « dîner » et « souper ». En Belgique, en Vallée d’Aoste et en Suisse, on dit « septante » (70) et « nonante » (90) tandis qu’en Suisse, plus précisément dans les cantons de Vaud, du Valais et de Fribourg, en Vallée d’Aoste, on dit « huitante » (80) (la forme ancienne et de nos jours désuète de « huitante » était « octante »). Au Québec, dans le reste du Canada, en Suisse, en Vallée d’Aoste, en Belgique et dans certaines régions françaises, on dit « tantôt » là où le français de Paris et le français africain utilisent « tout à l’heure » et en Normandie, il signifiera « cet après-midi » ; au Québec également, « magasiner » pour « faire des courses » ou « faire les magasins » alors que ce mot est perçu comme un barbarisme en France. Au Sénégal et en Afrique francophone, on parle parfois d’« essencerie » par analogie avec les autres noms de lieux d’achat (boulangerie, pâtisserie, épicerie, etc.), alors que ce mot est également perçu comme un barbarisme en France. Au Québec et souvent dans le reste du Canada, on dit aussi « avoir une blonde » pour « avoir une petite amie » ou « avoir une copine », « avoir un chum » au lieu d’« avoir un petit ami » ou d’« avoir un copain », etc.

Dans la tradition du purisme linguistique (v. aussi LUDWIG, SCHWARZE 2006), les expressions qui varient de l’usage standard en France sont dénoncées comme des usages moins prestigieux, v. « perçu[es] comme un barbarisme en France ».

La perspective idéologique change nettement dans les articles annexes. L’article Variétés régionales du français propose une vision très « démocratique » et clairement pluricentrique24 du français par rapport à la situation complexe de la francophonie25. Une liste détaillée des variétés du français suit une approche non traditionnaliste de la francophonie et comprend les « langues françaises » (au pluriel) selon leur distribution géographique avec renvoi au 3e niveau à des articles particuliers. La liste de variétés régionales en Europe débute par le Français de France, notion dont l’acceptation (même dans les différentes écoles linguistiques) n’est pas encore évidente. Elle est en effet présentée comme notion assez ambiguë dans le résumé introductif et provoque une polémique sur la page de discussion de l’article. Le résumé introductif de l’article propose une vision clairement pluricentrique où l’idée d’un standard homogène est substituée par l’existence de plusieurs langues françaises équivalentes en statut, prestige et structure linguistique, notamment le français du Québec, de Suisse et de Belgique.

Le français de France est la variété de la langue française parlée en France métropolitaine. Il est parfois appelé français métropolitain ou français hexagonal.
Traditionnellement associé au français standard, le français de France est parfois perçu comme une variété de français, ce qui implique qu’il comporte un ensemble de registres (familier, neutre, soutenu...), au même titre que les autres variétés de français (le français du Québec, le français de Suisse, le français de Belgique...). Le terme est souvent employé dans le cadre du débat sur la norme du français québécois, par les partisans de la vision endogéniste qui soutiennent l’existence d’une langue québécoise différente du français européen.
Le français de France étant la variété la mieux décrite dans les ouvrages linguistiques, il est souvent considéré comme le « français de référence » (à ne pas confondre avec « français standard »), les descriptions d’autres variétés de français se faisant souvent en les comparant à cette variété [...]. Le français de France est parfois réduit au français de Paris. La France connaît cependant de nombreuses variétés régionales de français autres que le français parisien, qui font que le terme « français de France » reste imprécis. (Français de France)

Il s’agit donc d’une représentation qui suit les tendances de la sociolinguistique contemporaine et qui se veut neutre et objective. Peu surprenant aussi, le renvoi à l’article annexe Français standard contient une affirmation sans équivoque au sujet du pluricentrisme de la langue française : « On considère parfois que le français parlé dans la région de Tours constitue le français de référence mais, le français est pluricentré, il n’existe pas de définition généralement admise du français standard » (Français standard, résumé introductif). Il s’agit toutefois d’un texte à développer car les informations restent fragmentaires et sans références.

Je conclus brièvement sur l’article Français québécois, qui illustre la complexité des implications identitaires et sociales de la question. Il propose un chapitre explicite sur la « Norme et politique linguistique » avec un renvoi à l’article détaillé Débat sur la norme du français québécois26. Il s’agit d’une illustration assez subtile et diversifiée de la complexité de la question de la norme puisqu’on y mentionne l’antagonisme entre les attitudes linguistiques des « exogénistes » et des « endogénistes »27 ainsi que la remise en cause de la notion de français international.

Deux lignes de force traversent les discours et les attitudes concernant la norme du français québécois. La première, dite « exogéniste », cherche essentiellement à aligner le français du Québec sur le français de France ou d’Europe, ce qui implique le rejet des régionalismes. La seconde, dite « endogéniste » prône l’utilisation et le développement d’un français spécifique au Québec, basé sur l’usage historique et actuel et sur les réalités québécoises. Ces deux pôles sont rarement purs, attendu d’une part qu’il est concrètement impossible de pratiquer au Québec un français en tous points semblable au français de France, et d’autre part qu’il est nécessaire de préserver des points communs avec le reste de la francophonie, ne serait-ce que pour favoriser la communication.
Ces antagonismes portent principalement sur le lexique, et éventuellement sur la phonétique (prononciation). La syntaxe et la grammaire du français québécois écrit ne diffèrent pas vraiment de celles du reste de la francophonie. […]
Accusés de vouloir s’aligner sur la France, les exogénistes se retranchent souvent derrière la notion de « français international », norme théorique censée pouvoir être comprise par les francophones du monde entier.

L’auteur semble sceptique par rapport à la notion de « français international », qu’il considère comme « une norme théorique ». L’Office québécois de la langue française est présenté comme une institution qui chercherait à concilier les deux pôles (endogéniste et exogéniste). L’article ne manque pas de références aux variations linguistiques à l’intérieur même du contexte québécois, où une place est accordée au français normatif « parfaitement distinct du français de France ». Dans ce contexte enfin, la distinction par rapport à la norme hexagonale est nette :

Variations sociolinguistiques
Le français québécois oral comporte divers registres, depuis le français qu’on pourrait qualifier d’« officiel », « normatif » ou « standard », jusqu’aux usages populaires (ex. : joual) et régionaux, souvent très archaïques et éloignés de la norme française.
Le français « normatif » est en principe utilisé dans la parole publique et par les locuteurs instruits, mais dans tous les cas, il reste parfaitement distinct du français de France. (Français québécois, 30/02/2017)

La version disponible en 2013 employait le glottonyme français québécois encore explicitement comme synonyme de français canadien :

Le français québécois ou français du Québec ou simplement québécois et même français canadien est la variété de la langue française parlée par la majorité des francophones du Canada, principalement par les Québécois. De façon générale, suivant les reliques de l’histoire ou la question identitaire, il est parfois désigné sous son hyperonyme « français canadien ». (Français québécois, 30/09/2013)

La version actuelle souligne par contre qu’il s’agit d’une variété parmi d’autres, regroupées sous l’appellation plus générique de français canadien : « Ne pas confondre avec le français canadien, terme général qui regroupe les diverses variétés du français parlé au Canada. Le français québécois, aussi appelé français du Québec ou simplement québécois, est la variété de la langue française parlée essentiellement par les francophones du Québec » (Français québécois, 30/02/2017). Cette déclaration emblématique est suivie par une explication plus détaillée de « la distinction entre français québécois et français canadien ».

5. En guise de conclusion

Quels sont donc les effets de l’auctorialité collective et de l’interactivité sur la qualité des contenus et sur leur fiabilité comme savoirs de référence ?

L’article de base a clairement tendance à valoriser une perspective francocentrique et strictement liée à la norme traditionnelle d’un standard homogène, basé sur des principes et des références qui dérivent de la normalisation historique. Les articles sur les « variétés régionales » – FF et FQ – sont par contre dominés par une idéologie de pluralisme (voire d’égalitarisme) qui accepte la variation historique et l’égalité des variétés régionales, y compris celles de la France même. Cependant, cette perspective ne passe pas inaperçue : l’hypertexte nous permet d’assister par exemple à une discussion sur la notion de français de France où les divergences des idéologies linguistiques émergent nettement, et je voudrais conclure avec les deux premiers commentaires qui inaugurent cette page de discussion28
 :

Québeco-objectif
Article trop "Québeco-objectif", j’invite mes compatriotes Belges et Suisses à rendre cet article plus objectif.
[…]
Titre
Le titre même de cet article est subjectif ; je n’ai jamais entendu "français de France" de la bouche d’un citoyen de la République française, et selon mon expérience, les Québécois ne l’emploient que dans des situations où il est nécessaire de distinguer entre le parler dit standard et le leur. Si on dit "français de France" il est évident qu’on compare deux formes de la langue française, autrement on dirait "français" tout court. Je suggère que cet article soit édité en vue de fortifier l’idée que "français de France" ne signifie simplement pas le français standard, mais le français standard en comparaison avec une autre variété de la langue, surtout une variété qui est ou était vue comme inférieure, avec toutes [sic] les échanges linguistiques qui en résultent. --Clementjb 20 août 2007 à 05:07 (CEST)

Commentaire : L’utilisation du terme français de France doit être faite en accord avec le sens qui est donné à ce terme dans les sources. Les sources scientifiques citées définiseent [sic] le français de France comme étant la variété nationale de français appartenant à la France. Anonyme20070311 (d) 24 janvier 2008 à 19:47 (CET)

Le commentaire qui renvoie aux « sources scientifiques » ne peut que susciter une attaque renforcée au terme français de France, accusé d’être une expression « fourre tout [sic] de la part de certains québécois [sic] pour différencier leur franglais du français » et produit d’une « vision maladive qu’à [sic] le Québec à vouloir en ce moment se fabriquer une histoire et une culture encore et toujours contre les autres » dénoncé comme exemple par excellence pour les « dérives idéologiques » favorisées par ce type de technologie discursive29 :

[…] expression fourre tout de la part de certains québécois pour différencier leur franglais du du français. Avant l’immigration massive de Francophone les Québécois ont toujours différenciés les étrangers par on parle français et eux XX, maintenant ils ont en face d’eux des gens qui parlent français. Donc par une déduction très simple, que vous soyez belge, suisse ou tunisien vous parlez "français de france" si vous utilisez un synonyme trop compliqué ou le mot en français ou que l’on parle de votre accent certains interlocuteurs dont je préfère taire les idées vous placeront "il parle avec son "français de france"" je pense qu’il faut être vigilent sur ce genre de vision maladive qu’à le Québec à vouloir en ce moment se fabriquer une histoire et une culture encore et toujours contre les autres. Wikipédia est une porte ouverte à ce genre de dérive. Français de France est une expression péjorative qui est avant tout utilisée pour discriminer les immigrants francophones de la province. […] Contribution non signée déposée par Qcvigilence le 18 août à 07:39 CET.

Wikipédia serait-il en effet « une porte ouverte à ce genre de dérive [idéologique] » ?

La technologie favorise en effet, surtout par des hyperliens, une combinaison de discours peu cohérents entre eux. Ce manque de cohérence dans la représentation du français, où la partialité alterne avec la neutralité des approches, caractérise les articles réunis et accessibles par les liens hypertexte. Aux voix composites qui produisent un texte intégral sans pouvoir se mettre d’accord sur les critères de sa cohérence s’ajoutent donc des idéologies linguistiques complexes, ce qui parait particulièrement évident dans le cas du français et de la francophonie, qui représente notamment « une exception sociolinguistique » (hypothèse bien expliquée dans Pöll 2015 : 188-189)30. Le filtrage et la validation du savoir présenté – eux aussi accessibles au plus grand nombre – ne facilitent pas la chose, car ils portent au premier plan les problèmes qui surgissent dans le passage de la linguistique professionnelle à la linguistique dite populaire.

Références bibliographiques

Sources primaires (dernière consultation le 11/04/2017)

Français (langue française), <https://fr.wikipedia.org/wiki/Français>

Français canadien, <https://fr.wikipedia.org/wiki/Français_canadien>

Français de France, <https://fr.wikipedia.org/wiki/Français_de_France>

Français québécois, <https://fr.wikipedia.org/wiki/Français_québécois>

Français standard,
<_standard" rel="esterno">https://fr.wikipedia.org/wiki/Français_standard>

Grammaire française, <https://fr.wikipedia.org/wiki/Grammaire_française>

Variétés régionales du Français,
<https://fr.wikipedia.org/wiki/Variétés_régionales_du_français>

Wikipédia : Conventions de style,
<https://fr.wikipedia.org/wiki/Wikipédia:Conventions_de_style>

Wikipédia : Résumé introductif,
<https://fr.wikipedia.org/wiki/Wikipédia: Résumé_introductif>

Références

ACHARD-BAYLE, Guy, PAVEAU, Marie-Anne, « La linguistique ‘hors du temple’ », Pratiques, n. 139-140, 2008, p. 3-16, https://pratiques.revues.org/1171 (consulté le 13/06/2017).

FEYFANT, Annie (dir.), Encyclopédisme et Savoir. Du papier au numérique, Lyon, Institut national de recherche pédagogique, 2006.

KLEIN, Arnaud, Wikipédia et la légitimité de la construction collective du savoir sur internet, 2005, <http://www.internetactu.net/2005/05/25/wikipdia-et-la-lgitimit-de-la-construction-collective-du-savoir-sur-internet/> (consulté le 13/02/2017).

LUDWIG, Ralph, SCHWARZE, Sabine, « Die Vorstellung sprachlicher ‘Reinheit’ in der Romania. Von der stilistischen Pragmatik zur Symbolik einer nationalen und supranationalen Kultur », SCHWARZE, Sabine, WERNER, Edeltraud (dir.): Identitätsbegründung durch Sprache im frankophonen Raum, Hamburg, Verlag Dr. Kovač, 2006, p. 3-34.

MAITZ, Péter, « Kann – soll – darf die Linguistik der Öffentlichkeit geben, was die Öffentlichkeit will ? », NIEHR, Thomas (dir.), Sprachwissenschaft und Sprachkritik. Perspektiven ihrer Vermittlung, Bremen, Hempen, 2014, p. 9-26.

REINKE, Kristin, OSTIGUY, Luc, Le français québécois d’aujourd’hui, Berlin/Boston, De Gruyter, 2016.

PAVEAU, Marie-Anne, « Ce qui s’écrit dans les univers numériques », Itinéraires, n. 2014-1/2015, mis en ligne le 12 janvier 2015, <http://itineraires.revues.org/2313, (consulté le 13/02/2017).

PÖLL, Bernhard, Le français langue pluricentrique ? Etudes sur la variation diatopique d’une langue standard, Frankfurt am Main etc., Lang, 2005.

PÖLL, Bernhard, « La pluralité normative du français ou : en quoi consiste l’exception francophone ? », SARKOWSKY, Katja, SCHULTZE, Rainer-Olaf, SCHWARZE, Sabine (dir.) : Migration, Regionalisation, Citizenship : Comparing Canada and Europe, Wiesbaden, Springer, 2015, p. 197-208.

REUTNER, Ursula, « Wikipedia und der Wandel der Wissenschaftssprache », Romanistik in Geschichte und Gegenwart, n.19/2, 2013, p. 231-249.

SAINT-GÉRANDA, Jacques-Philippe, « Lévizac, Jean-Pont-Victor Lacoutz », Notices de grammaires et de grammairiens des XVIIIe et XIXe siècles, 1999, <http://projects.chass.utoronto.ca/langueXIX/gramacor/levizac.htm> (consulté le 14/06/2017).

SCHWARZE, Sabine, « ‘Che lingua fa, oggi, in Italia ? … Risponde il linguista’. Tradizioni discorsive e tendenze trasversali nella divulgazione del sapere in ambito linguistico », Circula, n. 5, printemps 2017 (sous presse).

1
Voir la définition proposée par Paveau : « Produit nativement en ligne, sur un site, un blog ou un réseau social, tout lieu numérique accueillant de la production de discours. Il présente des traits de délinéarisation du fil du discours, d’augmentation énonciative, de technogénéricité et de plurisémioticité » (PAVEAU 2015 : 8).

2
Toutefois, les contenus sont vérifiés et validés par les administrateurs.

3
Voir aussi la description plus détaillée dans REUTNER 2013.

4
L’argument de l’auteur collectif est toutefois aussi avancé par les défenseurs de l’encyclopédie numérique. Ainsi Klein résume : « C’est par la collaboration et la multiplication des interventions, à partir de connaissanceset points de vue différents, que Wikipédia entend accéder à une forme de neutralité, éviter les dérives sectaires, politiques ou marchandes et dépasser les querelles de paroisse en donnant la possibilité à chacun de faire valoir ses arguments » (KLEIN 2005 en ligne).

5
Les effets des nouvelles technologies font déjà l’objet d’un document programmatique publié par l’UNESCO en 2005 : « The new information and communication technologies have created new conditions for the emergence of knowledge societies. Added to this, the emerging global information society only finds its raison d’être if it serves to bring about a higher and more desirable goal, namely the building, on a global scale, of knowledge societies » (UNESCO 2005, v. aussi SCHWARZE [sous presse]).

6
Seront insérés dans le texte les titres des articles en petites capitales. Les adresses au complet se trouvent dans la bibliographie finale.

7
À propos de l’histoire de l’encyclopédisme et du changement de l’environnement sémiotique voir entre autres Feyfant 2006.

8
Les articles de Wikipédia suivent un protocole commun qui prévoit après le titre un « résumé introductif » défini dans les recommandations : « Le résumé introductif […] d’un article encyclopédique est un texte qui précède le sommaire et le corps de l’article sur Wikipédia. En apportant une attention particulière au contenu de la première phrase, il devrait être autonome et offrir une synthèse des informations de manière à constituer un mini-article de type dictionnaire encyclopédique, fournissant ainsi au lecteur une approche globale et didactique du sujet. Le résumé introductif établit le contexte et présente les points les plus importants en montrant l’intérêt du sujet et en résumant d’éventuelles controverses. [Le] résumé doit être rédigé dans un style accessible et neutre », Wikipédia : Résumé introductif. Les conventions de style proposent par ailleurs de « commencer [l’] introduction par une définition synthétique du sujet de l’article », Wikipédia : Conventions de style.

9
Le rapport à la langue est rendu explicite par la phrase « Cet article concerne la langue française » en bas du titre.

10
Nous nous limitons par la suite à indiquer les hyperliens par soulignement.

11
« La langue française est un attribut de souveraineté en France, depuis 1992 “la langue de la République est le français” (article 2 de la Constitution de la Cinquième République française). Elle est également le principal véhicule de la pensée et de la culture française dans le monde », Français. 

12
« Particularité de la langue française, son développement et sa codification ont été en partie l’œuvre de groupes intellectuels, comme la Pléiade, ou d’institutions, comme l’Académie française. C’est une langue dite “académique”. Toutefois, l’usage garde ses droits et nombreux sont ceux qui popularisèrent cette langue vivante, au premier rang desquels Rabelais et Molière : il est d’ailleurs question de la “langue de Molière” », Français.

13
Certains passages du texte des deux sections suivantes ont bénéficié de la discussion stimulante avec les participants au séminaire « De l’Encyclopédie à Wikipédia. Stratégies médiatiques dans la propagation du savoir », tenu à l’Université d’Augsbourg à l’hiver 2016, qui a culminé dans la proposition de plusieurs modifications aux articles Wikipédia.

14
Dans l’original, les passages soulignés (reproduits ici sans marque de couleur) renvoient aux hyperliens.

15
Les opérations portant à la modification des articles peuvent être suivies par le lecteur en cliquant sur la page Historique en haut du texte.

16
Gras, italique et soulignement pour hyperliens dans l’original.

17
LEVIZAC, Jean-Pont-Victor Lacoutz, Abbé de, L’Art de parler et d’écrire correctement la langue française, ou grammaire philosophique et littéraire de cette langue, à l’usage des Français ou des Étrangers qui désirent en connaître à fond les principes, les beautés et le génie, Paris, Rémont, 1809. Cette grammaire a connu sept éditions entre 1797 et 1822.

18
Il s’agit d’une grammaire sans trop d’influence au 19e siècle, qui est toutefois reportée dans les « Notices de grammaires et de grammairiens des XVIIIe et XIXe siècles » par Saint-Géranda (1999, en ligne) qui la qualifie de « Grammaire descriptive, prescriptive et pré-contrastive ».

19
Je reproduis la liste sans marquage des hyperliens.

20
« Le français d'Ile de France, choisi pour cofidier [sic] la langue, a constitué pendant longtemps la norme du français pour l’ensemble des francophones dans le monde, et continue d’exercer une influence sans pareille sur la langue française prise en son entier. C’est pour cette raison que les francophones débutants le prennent souvent comme point de référence auquel d'autres variétés de français peuvent être comparées. Toutefois, certaines évolutions récentes du français de France par rapport à la norme traditionnelle du français, qui sont acceptées en France et même entérinées dans les dictionnaires (dont la quasi-totalité est publiée en France), ne passent pas inaperçues au Canada. Pour ce qui est de la prononciation, on peut penser par exemple à la suppression du l géminé dans « collègue », l’ajout du t dans « août », ou l’homophonie de « brin » et de « brun ». Un régionalisme caractéristique du français de France est parfois appelé outre-atlantique « francisme ». Voir aussi le débat sur la norme du français québécois » (LANGUE FRANÇAISE, chap. 4). Reste à mentionner l’existence d’un article Français standard qui sera d’intérêt quand il s’agira, dans la section suivante, d’interpréter la représentation de la variété régionale du français.

21
« En France, le français est la langue officielle de la République française selon l’article 2 de la Constitution de 1958, qui précise : “La République participe également au développement de la solidarité et de la coopération entre les États et les peuples ayant le français en partageˮ, dans l’article 87 de la Constitution », FRANÇAIS> chapitre 4 Particularités dialectales du français de France.

22
Nous reconnaissons ici une représentation de la variation régionale, assez fréquente dans la linguistique dite populaire, où les dialectes historiques (ou mieux les langues régionales) ne sont pas clairement distingués de la variation interne subie par une langue standard dans le cours de son histoire. L’article Langue d’oïl auquel on est renvoyé pour d'ultérieures informations se montre par contre beaucoup plus susceptible de la problématique terminologique. Sans pouvoir clarifier la problématique, l’article illustre au moins les différentes approches à la définition et la classification du rapport entre français et langues d’oïl. Pour le concept de linguistique populaire ou encore profane, encore assez jeune dans le domaine francophone, v. ACHARD-BAYLE, PAVEAU (2008 en ligne).

23
Nous ne disposons pas, pour le moment, d’une typologie satisfaisante des différentes idéologies linguistiques étant donné le rôle prédominant, dans l’histoire des langues romanes, du purisme linguistique. Je renvoie toutefois à une classification proposée dans MAITZ 2014 pour le contexte germanophone qui pourrait servir de base pour combler cette lacune.

24
Pour une interprétation du français comme langue pluricentrique v. surtout les travaux de PÖLL 2005 et 2015.

25
Cependant, le lecteur est confronté au début avec un résumé introductif peu digne de ce nom, car il opère avec des termes flous : « La langue française connaît de nombreuses inflexions dans le monde, qui ne sont pas des accents, mais des déclinaisons différentes de la langue », VARIÉTÉS RÉGIONALES DU FRANÇAIS.

26
L’article FRANÇAIS CANADIEN propose par contre exclusivement des faits sociopolitiques et identitaires (statut, diffusion du français).

27
Pour la distinction d’une norme endogène et exogène dans le contexte du Québec v. récemment REINKE/OSTIGUY 2016.

28
Je m’abstiens dans ce cadre d’une analyse des particularités linguistiques de l’écriture qui montrerait aussi, à côté des choix orthographiques erronés, la fluidité des choix de style qui caractérise les documents numériqués.

29
Extrait reproduit sans correction.

30
« Parmi les grandes langues du monde, le français occupe une position à part. En dépit d’une histoire externe marquée par des facteurs comparables à ceux que l’on observe pour l’anglais, l’espagnol ou le portugais, notamment l’expansion d’outre-mer et l’implantation de la langue hors de son territoire originel, la situation sociolinguistique est assez différente dans l’espace francophone tant et si bien qu’il n’est pas exagéré de postuler, dans la foulée d’un diagnostic posé par Jacques Le Dû et Yves Le Berre (1997), une “exception sociolinguistique francophone” » (cf. PÖLL 2005). Celle-ci consiste précisément en « une surévaluation du standard, de la ‘belle langue’ et de l’écrit » (BOUDREAU et GADET 1998 : 56) non seulement en France, mais dans toute la francophonie. Si le français connaît, comme toutes les langues du monde, la variation diatopique et la diversification des normes objectives (entendues comme des usages récurrents et neutres dans la perception des locuteurs, cf. MOREAU 1997 : 218), celle des normes prescriptives est beaucoup moins évoluée que dans d’autres communautés linguistiques de grande extension. Il en résulte des tensions entre les modèles normatifs en présence : l’un est codifié et vient de l’extérieur, l’autre reste implicite, mais il n’est pas moins efficace pour déterminer le comportement linguistique dans certaines situations de communication » (PÖLL 2015 : 188-189).

Per citare questo articolo:

Sabine SCHWARZE, Auctorialité collective et interactivité dans Wikipédia et ses effets sur les représentations de la langue (française), Repères DoRiF n. 14 - Dictionnaires, culture numérique et décentralisation de la norme dans l’espace francophone , DoRiF Università, Roma dcembre 2017, http://dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=367

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