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Michela MURANO

Une lexicographie deux fois populaire : les dictionnaires collaboratifs du français « non conventionnel »

Michela Murano
Università Cattolica (Milano)
michela.murano@unicatt.it

« Les linguistes manquent souvent de l’expérience vécue, de la ‘science de la rue’…
En somme, ils ne sont pas assez voyous »
Jean-Paul Colin1

Résumé

Avec l’avènement du web 2.0, des lexicographes profanes, n'ayant reçu aucune formation professionnelle en lexicographie ni en informatique, ont désormais la possibilité de rédiger collectivement un répertoire rassemblant leurs savoirs métalinguistiques, en dehors des cadres traditionnels des maisons d’édition et des institutions. Cet article a pour objectif de présenter une catégorie particulière de ces dictionnaires collaboratifs sur internet, ceux qui recensent les mots d'argot et les mots du français familier et populaire, pour lesquels les connaissances des lexicographes profanes s’avèrent précieuses et peuvent dépasser celles des professionnels. Après une présentation des caractéristiques principales des dictionnaires du français non conventionnel sur papier à travers les réflexions des linguistes argotologues et lexicographes, une étude métalexicographique prendra en compte 8 répertoires. L'analyse concernera d'abord la communauté de pratiques (structure hiérarchique, visibilité et dispositifs de formation des contributeurs, type de contributions), puis la macrostructure et la microstructure, afin de souligner les transformations dans le rangement des entrées par rapport à l'ordre alphabétique traditionnel et la présence d’éléments novateurs dans l'article de dictionnaire, comme l’exemplification par le biais de matériels multimédia et les évaluations des utilisateurs.

Abstract

With the advent of Web 2.0, even amateur lexicographers, who have not received any professional instruction neither in lexicography nor in informatics, have the opportunity to collectively build a dictionary that brings together their metalinguistic knowledge, out of the traditional frame of publishers and institutions. This paper aims at presenting a particular type of collaborative internet dictionaries that collect slang, familiar and popular language words, for which the knowledge of amateur lexicographers is precious and may even be superior to the one of professional lexicographers. After an introduction of the main features of non-conventional French paper dictionaries, based on the work from argot scholars and lexicographers, a metalexicographic study will take into consideration eight dictionaries. The analysis will focus first on the community of practice (gerarchic structure, visibility and training of contributors, type of contributions), and subsequently on the macro- and micro structure, in order to highlight the innovation in comparison with the traditional alphabetically arranged macrostructure and the presence of innovative elements in the dictionary entries, like examples coming from multimedia material and feedbacks from the users.

	   
  

1. Introduction

Dans la pléthore de dictionnaires disponibles sur internet, nombreux sont ceux dont les contenus ont été élaborés, complètement ou en partie, par les internautes eux-mêmes. Ces dictionnaires collaboratifs sont le fruit d’une (r)évolution technique et épistémologique, qui a touché à tous les aspects de notre quotidien : l’avènement d’instruments tels que blogs, forums, réseaux sociaux, wikis, a en effet permis le partage des savoirs et savoir-faire des internautes, qui auparavant ne faisaient que profiter de la masse d’informations présente en ligne.

En ce qui concerne la lexicographie, l’internet participatif a bouleversé le paradigme classique selon lequel les dictionnaires étaient produits par des professionnels dans le cadre d’une institution ou à l’intérieur d’une maison d’édition, en permettant la rédaction collective de répertoires qui rassemblent les savoirs métalinguistiques des usagers. Nous avons déjà eu l’occasion d’utiliser l’appellation « lexicographie populaire » pour désigner cette production lexicographique collaborative sur internet (MURANO 2014) : dans le sillage des études de linguistique populaire (ACHARD-BAYLE, PAVEAU 2008 et 2008 éds), nous utilisons l’adjectif « populaire » pour nous référer à l’expression des compétences (méta)linguistiques de lexicographes non professionnels.

La qualité lexicographique des ouvrages qui ont l’ambition de « remplacer » les dictionnaires de langue générale monolingues ou bilingues a eu des évaluations négatives (MARELLO 2002 ; FUERTES OLIVERA 2009 ; MURANO - à paraître), du fait de la présence d’erreurs jusque dans les informations de base (orthographe, catégorie grammaticale, définition) ou du désequilibre des informations fournies sur les deux langues dans les dictionnaires bilingues. Il existe cependant une typologie de dictionnaires que nous appellerons, en suivant Pruvost (2006 : 137-138), « spécialisés de la langue », qui, du fait de la spécificité de leur contenu, ne pourraient que bénéficier de cette « popularisation » de la lexicographie : il s’agit des répertoires qui recensent les mots d'argot et les mots du français familier et populaire, pour lesquels les connaissances des lexicographes profanes s’avèrent précieuses et peuvent dépasser celles des professionnels.

Les dictionnaires de la langue des cités, publiés dans les deux dernières décennies sur papier ou en ligne, ont montré les premiers cette tendance, car ils sont souvent l’œuvre de lexicographes non professionnels : practiciens natifs, professeurs ou journalistes (CELOTTI 2008). En outre, ces recueils ont témoigné de l’évolution des argots en France au XXe siècle : « les argots de métiers cèdent progressivement la place aux argots sociologiques » (GOUDAILLIER 2002 : 13), dans lesquels les fonctions identitaires priment sur les fonctions crypto-ludiques.

Dans cet article, nous nous concentrerons en particulier sur huit dictionnaires collaboratifs en ligne, qui ont été sélectionnés sur la base de leur accessibilité et de leur popularité2 : Blazz, Bob, Dico2rue, Dico des mots, La Parlure, Street Cred, Urbandico et Le Dictionnaire de la Zone. Ces dictionnaires, à notre connaissance, n’ont pas fait l’objet d’études spécifiques, si ce n’est pour celles de Dolar (2014 ; à paraître)3 sur La Parlure et celle de Celotti (2016) sur la version en ligne du Dictionnaire de la Zone (dorénavant Zone).

Pour désigner le contenu de ces recueils, nous adoptons la dénomination français non conventionnel, empruntée à Alain Rey et Jacques Cellard (1981), qui n’est jamais utilisée dans les titres des dictionnaires du corpus, mais qui nous paraît assez vaste pour englober les dénominations des contenus de ces recueils :

[C]e que nous avons nommé « vocabulaire non conventionnel » est à la fois plus et moins que ce que l’on nomme très généralement « argot ». Plus, puisqu’il accueille nombre de mots ou d’expressions qui sont simplement « populaires », ou « très familiers », pour reprendre les termes habituels des dictionnaires. Moins, parce que n’en font pas partie les « argots », vocabulaires particuliers à de petits groupes sociaux parfaitement honorables. L’argot des typographes ou des cyclistes, celui des séminaristes et des polytechniciens sont en fait des vocabulaires professionnels et techniques. (REY, CELLARD 1981 : X)

Français non conventionnel est donc pris ici comme l’hyperonyme de dénominations aussi variées que « mots ou expressions communes » (Blazz), « argot, français familier et français populaire » (Bob), « une expression qui fait rage chez tes potes, le mot qui tue » (Dico des mots), « argot français » (Dico2rue), « les néologismes, les parlures, le patois » et « le français parlé » (La Parlure), « la langue de tes enfants, de ton mec, des rappeurs et des lascars » (Streetcred), « ces mots issus du web, de la génération Y, de Twitter, du rap, des anglicismes, des langages régionaux, de l’arabe, de la téléréalité » (Urbandico), « tout l’argot des banlieues » (Zone).

Dans les paragraphes suivants, nous présenterons d’abord les caractéristiques principales des dictionnaires du français non conventionnel : les réflexions des linguistes argotologues4 et lexicographes nous permettront de dégager les problématiques de ce type particulier de dictionnaire spécialisé de la langue, qui décrit un « langage prioritairement oral et polymorphe » (COLIN, CARNEL 1991 : 37) et qui recense par conséquent un lexique d’une telle hétérogénéité que les études linguistiques qui abordent l’argot s’y réfèrent souvent en utilisant le pluriel (p.ex. « parlures argotiques »5 - FRANÇOIS-GEIGER, GOUDAILLIER éds 1991 ; « argots et argotologie » - GOUDAILLIER éd 2002). Ensuite, une étude métalexicographique prendra en compte le paratexte et le texte lexicographique, dans ses deux composantes, la macrostructure et la microstructure. Les huit dictionnaires du corpus seront présentés sous plusieurs points de vue : tout d’abord nous examinerons les titres, qui expriment à la fois la continuation de la tradition lexicographique et l’altérité de ce genre de recueils par rapport à la lexicographie professionnelle, à laquelle nous nous référerons par la dénomination « lexicographie traditionnelle »6 ; ensuite nous prendrons en compte la communauté de pratiques responsable de la création de ces dictionnaires et qui sera caractérisée tant du point de vue du site internet qui l’héberge et des liens éventuels avec les réseaux sociaux, que du point de vue de la hiérarchie des contributeurs ; enfin, la macrostructure et les rubriques constituant la microstructure seront analysées, afin de mettre en évidence la transformation de l’article lexicographique par rapport à la lexicographie traditionnelle et en particulier les éléments novateurs, comme les matériels multimédia, les évaluations et les commentaires des utilisateurs.

2. Quand les argotiers deviennent lexicographes : la lexicographie collaborative du français non conventionnel

En 2003, le lexicographe et argotologue Jean-Paul Colin soulignait la nécessité des dictionnaires d’argot pour combler les lacunes dans la description du système lexical de la langue, qu’il constatait dans les grammaires et dans les autres dictionnaires et qui étaient dues à la réticence des lexicologues à traiter les mots tabous et certains domaines sémio-lexicaux, exclus pour des raisons morales et idéologiques :

On fait des dictionnaires d’argot parce qu’une énorme part de notre lexique réel est occultée, dédaignée, voire sournoisement méprisée ou, dans le meilleur des cas, omise par les descriptions institutionnelles de la langue, par le recensement officiel des items et des règles (grammaire, histoire, lexique) (COLIN 2003 : 83).

Colin reconnaissait cependant que ces ouvrages si nécessaires demeuraient aux marges de la lexicographie, car en dépit d’une production constante et considérable ils étaient « tolérés comme des amusements ou parfois encensés par les médias sur des critères d’‘épate’ » (COLIN 2003 : 83), ce à quoi contribuait le non respect de principes lexicographiques rigoureux.

Et pourtant, depuis le milieu des années 1990 avait eu lieu « la conversion d’une partie de l’argotologie à l’étude des parlers des ‘jeunes de cités’ » (TRIMAILLE 2004 : 120), consacrée en 1997 par la publication de Comment tu tchatches !Dictionnaire du français contemporain des cités de J.–P. Goudaillier, directeur du Centre de recherches argotologiques (CARGO) de l’Université René Descartes – Paris V, ouvrage préfacé par Claude Hagège. De 1994 à 2007, de nombreux autres dictionnaires consacrés aux parlers des jeunes des cités ont vu le jour (entre autres, SEGUIN et TAILLARD 1994 ; PIERRE-ADOLPHE et al. 1995 ; AGUILLOU et SAKI 1996 ; PIERRE-ADOLPHE et al. 1998 ; AA.VV. Lexik des cités 2007)7 rédigés par des non-lexicographes encadrés par des professeurs, des journalistes ou des sociolinguistes8.

Le passage au numérique et à l’internet participatif a confirmé l’intérêt du grand public pour ce type de produits lexicographiques : parmi les dictionnaires en ligne produits et alimentés par la communauté des internautes, nombreux sont ceux qui appartiennent à la catégorie des dictionnaires spécialisés de la langue, qui sélectionnent leur nomenclature sur la base d’une variété de langue non conventionnelle, qu’elle soit diaphasique et diastratique (mots familiers, populaires, argotiques, vocabulaire des cités), diatopique (mots régionaux, francophonismes, anglicismes, mots issus de l’arabe9), diachronique (néologismes) et générationnelle (mots utilisés par les jeunes et les enfants), ou encore diatechnique (langue du web).

Internet 2.0 est en effet particulièrement adapté à la constitution de groupes rassemblant des personnes partageant un intérêt, ce qui permet également la formation de communautés de pratiques10linguistiques, formées sur la base du partage d’un usage particulier de la langue, qui peuvent se réunir autour du projet commun de la rédaction d’un dictionnaire.

Les internautes, tout en étant des lexicographes profanes, s’avèrent des locuteurs compétents dans une variété de langue qu’ils maîtrisent : par exemple, Colin a appelé argotiers « les praticiens ‘natifs’ de l’argot qui possèdent ce mode de langage comme une seconde langue, voire une première ». Il les oppose aux professionnels de la lexicographie ou argotologues, qui « ne connaissent l’argot que de façon secondaire, soit scolaire soit apprise selon quelque autre mode» (COLIN 2003 : 85) car ils ne sont pas tous issus des couches populaires. L’évaluation de produits lexicographiques récents a montré que, lorsque dans un dictionnaire d’argot on a recours « au filtre de l’intuition du linguiste » (TRIMAILLE 2004 : 123), il faut « relativiser la fiabilité de certaines données présentées » (ibidem).

Les connaissances des argotiers11 internautes pourraient donc dépasser celles des professionnels, comme l’ont montré depuis les années 1990 les nombreux dictionnaires des cités rédigés par des « néolexicographes, collecteurs sur le terrain » (CELOTTI 2008 : 211), cités plus haut.

En passant d’une lexicographie top-down qui est l’œuvre de professionnels et émane des maisons d’édition, à une lexicographie bottom-up (CARR 1997), la typologie du produit lexicographique évolue, comme l’avait constaté Colin pour les dictionnaires d’argot traditionnels: un ouvrage rédigé par un spécialiste argotologue est conçu « à l’image d’un dictionnaire monolingue sérieux » (COLIN 2003 : 85) ayant une structure régulière et traitant avant tout de la langue écrite ; les argotiers vont « s’attacher plus à l’enregistrement brut, à la sauvegarde élémentaire de ce qu’ils connaissent de l’intérieur » (ibidem).

3. Les enjeux des dictionnaires du français non conventionnel, du papier à l’internet participatif

L’élaboration d’un dictionnaire d’argot a été qualifiée d’« impossible récolte »12 par Jean-Paul Colin, argotologue et depuis 1990 auteur avec Jean-Pierre Mével du Dictionnaire de l’argot de la maison d’édition Larousse13 : « Vouloir enfermer une réalité linguistique et sociologique complexe dans un ouvrage aussi fortement codé, n'est-ce pas une gageure? » (COLIN, CARNEL 1991 : 32).

Les défis que relèvent les auteurs de dictionnaires de la langue non conventionnelle se situent essentiellement à deux niveaux : en premier lieu, la difficulté de restituer de manière fidèle un lexique multiforme et en continuelle évolution14 ; en deuxième lieu, l’enregistrement d’un lexique relevant de domaines tabous, qui risque « d’enfreindre les règles de ‘bon ton’ » (COLIN, CARNEL 1991 : 28) que le dictionnaire, comme tout ouvrage publié, doit respecter. Dans ce paragraphe, nous nous limiterons au premier niveau et nous présenterons quelques-unes des problématiques concernant l’enregistrement du vocabulaire argotique dans les dictionnaires publiés sur papier, soulignées par Colin et qui suscitent notre réflexion car elles seraient susceptibles de transformations et d’améliorations dans les dictionnaires électroniques collaboratifs.

En ce qui concerne la nomenclature, Colin dénonce l’absence de critères objectifs et universels qui permettraient de définir l’unité argotique et par conséquent de délimiter le corpus de mots à enregistrer, en particulier en établissant « une frontière, même approximative, entre argot, français populaire et français familier » (COLIN, CARNEL 1991 : 37). En outre, une sélection ultérieure doit être faite parmi les différents argots tant sur le plan diatechnique (argots de métiers / langues de spécialité / jargons plus ou moins techniques) que sur le plan diachronique (vieil argot des malfrats des années 1950 / nouvel argot des banlieues) et sur le plan diastratique (argot littéraire / argot de la rue / argot du méfait, de la prison / français branché). Cela explique la rareté de coïncidences entre les nomenclatures de différents dictionnaires et la présence de longues préfaces qui s’évertuent à justifier les choix opérés.

Pour ce qui est de la microstructure, des questionnements surgissent dès la prise en compte de la forme des entrées, qui est révélatrice de l’extrême variabilité du lexique non conventionnel : du côté de la forme écrite, l’absence d’une norme est à l’origine d’une pluralité de variantes orthographiques qui ne sont que des possibilités de transcription du mot oral ; du côté de la forme orale, la prononciation n’est que rarement systématisée dans les dictionnaires et par conséquent son traitement lexicographique n’est pas satisfaisant (COLIN, CARNEL 1991 : 36).

Concernant les niveaux de langue, l’étiquetage étant difficile, des incohérences se rencontrent à l’intérieur d’un seul dictionnaire et des diversités apparaissent entre dictionnaires différents. Colin et Carnel remarquaient par exemple (1991 : 37) que seul le dictionnaire de Cellard et Rey faisait état du passage dans la langue familière de certains mots d’argot.

Le traitement de l’aspect sémantique du vocabulaire argotique est le plus délicat, la preuve en est que les argotiers eux-mêmes peinent parfois à donner une explication claire à certains mots et expressions (COLIN 2003 : 85). La description sémantique s’avère cependant insuffisante : Colin et Carnel se plaignent que les auteurs de nombreux glossaires se limitent à proposer au lecteur un équivalent sémantique standard (COLIN, CARNEL 1991 : 32), ou encore qu’ils passent sous silence les rapports de synonymie, d’analogie, de contiguïté formelle et référentielle qui se tissent à l’intérieur du vocabulaire argotique, « une zone lexicale où il existe tant de rapports plus ou moins obscurs et détournés, tant d'allusions et de sous-entendus ludiques » (COLIN, CARNEL 1991 : 36). En particulier, les renvois analogiques et synonymiques sont rares, alors qu’ils seraient extrêmement utiles dans le sens de l’encodage ‘français’-argot.

Si l’on a pu constater un appauvrissement de la microstructure des dictionnaires du français non conventionnel publiés dans le cadre de la lexicographie traditionnelle, c’est-à-dire élaborés et commercialisés au sein d’une maison d’édition par des argotiers ou par des argotologues, que se passe-t-il lorsque les argotiers ont la parole dans un environnement aussi public qu’internet et qu’ils décrivent leur langue sans que leur travail soit soumis aux contraintes nécessaires des éditeurs ?

La pluralité et l’hétérogénéité des rédacteurs de dictionnaires collaboratifs suggèrent l’hypothèse que la sélection de la nomenclature ne répondra pas à des critères stricts, à moins qu’un contrôle sur les contenus insérés ne soit effectué de la part de quelques membres de la communauté des rédacteurs, auxquels on aurait confié une autorité particulière.

En ce qui concerne la microstructure dans son ensemble, la richesse d’informations provenant de plusieurs lexicographes profanes a pour contrepartie un risque plus élevé d’incohérences, ainsi que la présence d’erreurs.

En revanche, ces dictionnaires peuvent facilement inclure des éléments de microstructure faisant appel à des fichiers sonores, comme la prononciation, ou multimédia, comme les citations extraites de films. En outre, l’hypertexte électronique se prête bien à la présence de renvois formels ou sémantiques.

Ces dictionnaires constituent donc des objets d’étude particulièrement intéressants, car ils encadrent la description de variétés de langue qui s’éloignent de la « norme » linguistique dans un média qui accorde une grande liberté d’expression.

4. Analyse du corpus de dictionnaires

4.1 Les titres, entre continuité et altérité

Les noms des sites internet dans lesquels les recueils de notre corpus sont hébergés montrent d’emblée une évolution par rapport aux titres traditionnels comme dictionnaire de l’argot ou dictionnaire du français non conventionnel. Cette tendance à l’innovation a déjà été repérée par Celotti dans les dictionnaires et manuels de lexique de la langue des cités, dont « les titres annoncent la banlieue, la cité, la zone ou exposent en avant-première les mots de la cité » (CELOTTI 2008 : 212) à travers un choix lexical (Tchatche de banlieue – 1998 ; Comment tu tchatches ! Dictionnaire du français contemporain des cités – 1997) ou un procédé de création lexicale comme le verlan (Les Céfrans parlent aux Français – Chronique de la langue des cités – 1994 ; La téci à Panam’, parler le langage des banlieues – 1996).

Dans notre corpus de dictionnaires collaboratifs, si l’appellation dictionnaire n’est utilisée que pour un recueil (Zone), elle reste tout de même présente en filigrane pour la plupart des autres : dans trois cas on emploie la forme abrégée et familière dico, intégrée dans un rébus ou un mot composé (Dico2rue, Dico des mots,Urbandico) ; Bob est l’abréviation familière du prénom Robert en anglais, qui ne peut que renvoyer au Petit Robert.

Quant au titre Blazz, la variante graphique blase est l’apocope familière et argotique de blason ; le Petit Robert 201715 enregistre le mot blase ou blaze avec la définition « nom de personne » : dans ce cas, on peut avancer l’hypothèse que le titre du dictionnaire renvoie à un proprionyme qui n’est pas précisé, ce qui rappelle la tradition lexicographique selon laquelle on appelle un dictionnaire par le nom de son auteur, tout en soulignant la distance de cette pratique par une sorte d’anonymat.

En ce qui concerne les autres noms de sites et titres de recueils, La Parlure utilise une métonymie en employant la dénomination du contenu du texte pour dénommer le texte contenant : le mot parlure est d’après le PR 2017 un mot vieux ou régional, utilisé au Canada pour indiquer une manière de parler.

On repère également dans ces titres une influence de la langue anglaise, tant au niveau graphique, avec la finale en -zz dans l’orthographe blazz, que par la présence de lexies anglaises dans le composé hybride anglais-français Urbandico, inspiré de Urban Dictionary16, et dans l’expression anglaise street cred, abréviation de street credibility. Ce dernier titre, perçu comme non transparent pour les visiteurs du site, fait l’objet d’une définition dans la page d’accueil : « La street cred c'est quoi ? Avoir la street cred17 c’est être crédible dans la street grâce à ton style, ton expérience, ton langage. La street cred elle impose le respect mec ».

Si l’on passe à l’examen des sous-titres18, la dénomination dictionnaire revient en force, dans le but de souligner l’aspect collaboratif des recueils (Dico2rue et La Parlure) ou leur contenu (Street Cred et Zone), mais surtout pour mettre en avant l’altérité et l’innovation par rapport à la tradition lexicographique, à travers l’emploi des épithètes moderne (Blazz), autre (Bob) et alternatif (Urbandico), ou à travers les références au Petit Robert (Blazz), à l’Académie Française (Dico des mots) et au Trésor de la langue française (Bob) :

Blazz.fr - Blazz, c'est le dictionnaire moderne. C'est vous qui le mettez à jour, pas le stagiaire du Petit Robert.
Bob - L'autre trésor de la langue. Dictionnaire d'argot, de français familier et de français populaire
Dico des mots - Le dictionnaire pas académique 
Dico2rue - Le dictionnaire collaboratif de l'argot français
Le Dictionnaire de la Zone - Tout l'argot des banlieues
La Parlure - Le dictionnaire collaboratif du français parlé
Street Cred - Le dictionnaire du langage de la Street
Urbandico - Le dictionnaire alternatif

4.2 Les sites internet des dictionnaires

L’analyse de la communauté de pratiques qui rédige et consulte tout dictionnaire collaboratif ne peut que commencer par la prise en compte du contexte dans lequel le recueil se situe, c’est-à-dire le site internet, afin de vérifier quelle est la place du dictionnaire parmi les contenus proposés dans le même environnement.

Si d’autres dictionnaires collaboratifs de langue générale ne représentent que l’un des outils linguistiques de dépannage offerts par un site (Reverso19), les recueils de notre corpus constituent souvent la raison d’être principale du site qui les héberge. Quatre dictionnaires (Blazz, Dico des mots, Dico2rue, LaParlure) sont accompagnés essentiellement du paratexte qui sert à guider la consultation ou l’enrichissement du texte lexicographique, alors que deux autres partagent l’espace du site internet avec des outils de communication interactive typiques du web 2.0, le blog (Urbandico, Zone), qui permet de publier à cadence plus ou moins régulière un article du dictionnaire ou un autre contenu, et le forum (Zone), qui permet aux utilisateurs-rédacteurs du dictionnaire de communiquer entre eux sur différents sujets. Street Cred propose des contenus ludiques à travers Do you speak street ?, des tests pour vérifier les connaissances des internautes dans la langue de la rue ; Bob se démarque des autres recueils car il propose des compléments d’information savants : une bibliographie sur l’argot et une histoire de la langue française.

Les contenus de tous les dictionnaires du corpus ont une diffusion qui va au-delà des pages du site. Premièrement, du fait de la présence dans les réseaux sociaux d’une page consacrée aux dictionnaires, dans laquelle est publiée une partie des contenus du dictionnaire ou du blog qui lui est associé : Dico des mots, Dico2rue, Street Cred, Urbandico et Zone ont une page Facebook ; Bob, Dico des mots, LaParlure, Street Cred et Urbandico ont un compte Twitter.

Deuxièmement, parce que tout consultant peut exporter les articles des dictionnaires dans sa page personnelle dans les réseaux sociaux : pour ne citer que les réseaux sociaux les plus connus, Blazz, Dico des mots, Dico2rue, LaParlure, Street Cred et Zone permettent le partage de leurs contenus sur Facebook ; Blazz, Dico des mots, Dico2rue, Street Cred et Zone permettent de retweeter leurs articles ; le partage dans Google+ est possible pour les articles du Dico des mots, du Dico2rue et de Zone.

Une autre remarque nécessaire concerne l’absence de tout lien entre ces sites, les institutions et les grandes maisons d’édition, ce qui permet d’explorer et d’exploiter les possibilités offertes par les logiciels libres20. En effet, dans la typologie des dictionnaires collaboratifs élaborée par Abel et Meyer (2013)21, les dictionnaires du corpus se situent tous parmi les dictionnaires collaboratifs ouverts (Open-collaborative dictionaries), dont les modèles sont le Wiktionnaire22 et Omega-Wiki23, qui ne sont ni rédigés ni contrôlés par un groupe prédéfini d’experts24.

4.2.1 La structure des communautés de pratiques

Si l’on considère la structure hiérarchique de la communauté de pratiques, le modèle complexe du Wiktionnaire, rédigé par des milliers de contributeurs ayant des statuts différents, n’est suivi que très partiellement par les dictionnaires du corpus.

Nous avons récemment proposé une typologie des dictionnaires collaboratifs sur la base de leur structure hiérarchique (MURANO 2014) : certains dictionnaires collaboratifs, tout en donnant aux internautes la possibilité de contribuer, restent principalement l’œuvre d’un seul auteur ; d’autres sont rédigés par un petit groupe de personnes, qui sélectionnent les nouveaux contributeurs ; enfin, le troisième type prévoit une communauté de milliers de contributeurs pouvant s’inscrire librement au site, parmi lesquels certains jouissent d’un statut spécial qui leur permet d’intervenir sur l’activité des autres.

Le type de composition de la communauté de pratiques est dans un lien étroit avec le type de contributions apportées par les membres : les contributions directes (ABEL, MEYER 2013), qui correspondent à la rédaction partielle ou complète d’un article, ne sont normalement pas autorisées dans les dictionnaires qui relèvent d’un seul auteur ou d’une petite équipe, alors que les commentaires à l’activité des autres contributeurs sont toujours possibles. Ce dernier type de contributions, dites indirectes, comprend aussi bien les réactions aux contenus déjà insérés, les ajouts d’information et les corrections d’erreurs, que les suggestions de nouvelles entrées. Un troisième type de contributions, dites accessoires, est indépendant de la structure de la communauté de pratiques : il s’agit des interactions qui se déroulent dans les blogs et les forums à l’intérieur de la communauté des pairs ou entre les utilisateurs et l’éditeur.

Deux dictionnaires du corpus, Bob et Zone, ont un seul auteur principal, ce qui correspond à une tendance commune aux projets lexicographiques de dictionnaires des cités (CELOTTI 2008) derrière lesquels se cache souvent le travail d’un journaliste ou d’un enseignant qui a recueilli les mots auprès de praticiens natifs.

Le responsable « pour le meilleur et pour le pire »25 du dictionnaire Bob ne se fait connaître que par ses initiales (Gb) et affirme consacrer son temps libre à l’enrichissement du dictionnaire Bob et des bibliographies. Les utilisateurs du site sont invités à améliorer les notices en insérant, via le formulaire qui a pour titre Enrichir la notice, des compléments d’information aux notices déjà insérées, comme des premières attestations méconnues, des sources historiques et des étymologies. En ce qui concerne les ajouts de mots qui manquent dans Bob, qui « essaye d'être riche, mais ‘il en manque et il en manquera toujours’ »26, un dispositif parallèle au véritable dictionnaire est prévu à cet effet, qui porte lui aussi pour titre un prénom abrégé, Momo27 : « Maurice, Moïse, Mohamed, et même toi Jean-Édouard, cette page est faite pour vous inviter à publier les mots argotiques, familiers et populaires que vous connaissez et qui ne sont pas encore dans Bob »28. Les notices insérées dans Momo s’affichent lors d’une recherche dans Bob, mais elles sont positionnées à part, en bas de page.

L’auteur de Zone est l’informaticien Abdelkarim Tengour, connu sous le pseudonyme Cobra le Cynique. Il est devenu lexicographe à tous les effets avec la publication en format papier de Tout l'argot des banlieues : Le dictionnaire de la Zone en 2 600 définitions (2013). Tengour invite les utilisateurs du site à participer29 et regroupe leurs contributions dans une liste à part, sur laquelle on peut opérer quelques opérations de tri (par date, par terme et par auteur). Ces notices sont signées par leurs contributeurs et ont quatre statuts différents : en attente, à l’étude, rejetée ou acceptée. Lorsqu’elles sont rejetées, l’auteur explique la raison du refus dans un court texte. Si elles sont acceptées et qu’elles passent dans le dictionnaire (c’est le cas par exemple de chien de la casse, gamos, viser, cartouche), elles perdent la signature du contributeur.

Dans les deux dictionnaires présentés ci-dessus, les contributions des utilisateurs, recueillies dans un espace séparé du véritable dictionnaire, sont soumises à la validation faite par le responsable du site et peuvent uniquement être indirectes ou accessoires.

Dans les autres dictionnaires du corpus, la responsabilité du site et la gestion du dictionnaire reviennent à plusieurs personnes : il s’agit d’un groupe d’amis qui a constitué une société (« une bande de potes » - Dico des mots ; « l’équipe Quedukiffe » - Dico2rue) ou d’une entreprise (la maison d’édition Moult éditions – LaParlure ; l’agence de communication digitale Kanvas.fr - Urbandico30) ; pour Blazz et Street Cred, aucune information sur les responsables du dictionnaire n’est repérable dans les sites.

Ces dictionnaires autorisent tous les types de contributions, y compris les contributions directes : dans le paratexte, on ne cesse de souligner que les utilisateurs peuvent jouer un rôle actif en tant que lexicographes et producteurs de contenus :

Blazz : « C'est vous qui le mettez à jour, pas le stagiaire du Petit Robert »
Dico des mots : « Toi aussi, tu peux proposer une expression qui fait rage chez tes potes, le mot qui tue… allez vas-y, lâche toi (sic) ! »
Street Cred : « T'as un truc à dire ? Vas-y c’est open définition ! »

Les seules limitations dans l’activité lexicographique concernent parfois les internautes qui ne sont pas inscrits au site : par exemple, dans Dico des mots, seuls les membres titulaires d’un compte peuvent proposer un mot et insérer un commentaire, mais tous les utilisateurs peuvent évaluer les mots des autres en exprimant un vote positif ou négatif31.

Un système de validation des contenus est mis en place de manière explicite pour trois de ces recueils (Dico des mots, Dico2rue, Urbandico32) et son fonctionnement est expliqué dans les Foires Aux Questions ou dans les Conditions d’utilisation. Blazz, La Parlure et Street Cred ne mentionnent pas dans leur paratexte l’emploi d’un tel dispositif, dont nous pouvons tout de même supposer l’existence afin d’éviter la publication de contenus illégaux ou diffamatoires.

4.2.2 La formation des contributeurs 

Quel que soit le type de contribution qu’ils sont autorisés à apporter, les lexicographes travaillant à un dictionnaire collaboratif ne sont pas des professionnels et doivent recevoir une formation, fournie à travers des éléments de paratexte qui leur sont spécifiquement adressés : outre le système de validation que nous venons de citer, ce sont les critères à suivre dans la sélection du matériel qui doivent être explicités, ainsi que le protocole d’insertion des données.

Loin des vidéos d’autoformation de Reverso ou du bac à sable et du suivi personnalisé du Wiktionnaire (MURANO 2014), la plupart des dictionnaires du corpus fournissent aux contributeurs potentiels toutes les informations nécessaires pour une collaboration efficace dans quelques onglets du site : Aide (Zone, Bob), Foire Aux Questions (Urbandico, Dico2rue, Dico des mots), Conseils d’utilisation (Urbandico)33. Par exemple, Bob indique les codes de mise en forme34 pour forcer un retour à la ligne, utiliser des italiques, faire des liens vers une notice, faire un lien extérieur, etc.

Dans les autres recueils, il n’y a aucun élément de paratexte préposé à la formation lexicographique des internautes (Blazz) ou bien la formation se fait presque « sur le tas », au moment même de l’insertion du contenu : le formulaire à remplir est alors accompagné de suggestions (La Parlure, Street Cred), dont voici quelques exemples relatifs au champ définition :

La Parlure – « Exemple de définition pour "sacrer" : Verbe. Porter un coup. »
Street Cred : « Sois punchy et percutant ! Mais ne cite pas des amis... »

4.3 La macrostructure

L’examen de la macrostructure donne la mesure de la distance et de la nouveauté de ces dictionnaires par rapport à la lexicographie traditionnelle.

Du point de vue de la nomenclature, ces recueils s’avèrent très hétérogènes : d’après ce qu’ils déclarent35 et les comptages que nous avons pu effectuer36, le recueil qui est de loin le plus riche est Bob avec « 60k+ notices, un peu moins de 100k citations […] 34561 modifications depuis mai 2015 ». Suivent Dico des mots (8219 entrées), Blazz (5573 entrées), La Parlure (4861 entrées), Zone (plus de 2000 mots et expressions et 2199 contributions), Dico2rue (1942 entrées), Urbandico (1066 entrées) et Street Cred (721 entrées).

Des choix lexicographiques très divers concernant d’un côté la présence d’un seul article ou de plusieurs articles pour un mot, de l’autre la présentation des variantes orthographiques, rendent ces nomenclatures difficilement comparables, car la même entrée (mot ou expression) peut être enregistrée plusieurs fois par différents contributeurs : par exemple, dans Street Cred le mot calfouette (‘caleçon’) est enregistré quatre fois, avec quatre orthographes différentes et la même définition ; dans Blazz, si on consulte la liste des entrées, le mot daronne (‘mère’) correspond à cinq articles avec trois orthographes différentes (darone, daronne, darrone), mais l’examen des articles montre que les définitions différentes se réduisent à quatre :

  1. Nom féminin désignant la mère. La daronne contient également une connotation d’âge, consensuellement située entre la milf et la cougar. Possède un équivalent masculin daron.

  2. Ce mot qui signifie maman

  3. Mot « vulgaire » pour définir maman

  4. darrone = mere (sic)

Comme les nomenclatures ne se recoupent pas, une comparaison ponctuelle des dictionnaires n’est pas facilement réalisable : en examinant la lettre V, nous avons constaté qu’aucune entrée n’est présente dans tous les dictionnaires, même si on peut repérer un ‘noyau dur’ d’entrées enregistrées dans deux ou trois recueils : vdm, vla, vénère, verlan, se viander, victime, vieux, vilci,vtff.

Si l’on considère la présentation des entrées, on repère une démultiplication des voies d’accès aux articles : du point de vue de l’agencement des entrées, l’ordre alphabétique traditionnel est maintenu, mais il se trouve enrichi par la présence d’entrées commençant par des chiffres ou des signes graphiques (ex. dans Dico2rue : ‘sk, -ment, 06,2spi, 22, 4chan, 6ra).

Une autre nouveauté est représentée par la lemmatisation des expressions figées, qui constituent des entrées à part entière et peuvent être enregistrées non seulement en langue, mais aussi en discours : par exemple, dans la nomenclature de La Parlure, on repère aussi bien venir du rang des Bobettes que va te faire frire.

On peut encore explorer le contenu du dictionnaire en affichant les entrées commençant par la même lettre, mais la traditionnelle lecture verticale du dictionnaire s’achemine vers l’obsolescence et se perd en faveur de l’affichage d’un seul article ou du regroupement des entrées selon d’autres principes.

Pour commencer par les regroupements réalisés sur une base linguistique, les dictionnaires qui par leur conception lexicographique se rapprochent le plus de la lexicographie traditionnelle, Bob et Zone, réunissent les entrées formées selon le même procédé morphologique : Zone se limite au verlan et aux expressions, alors que Bob opère des distinctions plus fines (apocope, aphérèse, onomatopée, locution…).

Ces deux dictionnaires sont également les chefs de file dans les regroupements onomasiologiques, car ils permettent, en partant d’un mot (ou d’un concept) exprimé en français ‘conventionnel’, d’accéder aux mots du français non conventionnel qui y correspondent : par exemple, dans Zone, en partant d’abandonner on obtient les résultats chéla, lâcher l'affaire, laisse béton, plaquer. Moins systématique, Blazz réunit les mots relevant d’une communauté, qui peut correspondre aussi bien à un thème (alcool) qu’à un lieu (Marseille 13) ou à une origine étymologique (Mots provenant de l’arabe).

Les étiquettes ou tags permettent également, dans Bob, de regrouper les mots qui relèvent de l’argot d’un métier (ex. mécanique, garagiste ; typographie, imprimerie).

Des groupements ultérieurs, qui s’affichent souvent dans la page d’accueil du dictionnaire, se font sur des bases qui ne sont ni sémasiologiques ni onomasiologiques et relèvent plutôt de la typologie du média. En premier lieu, la proximité chronologique implique la présentation des contenus qui ont récemment été insérés dans le site : tous les dictionnaires affichent dans la page d’accueil les entrées les plus récentes et quelques-uns font état également des derniers commentaires et des notices révisées et écartées (Bob, Dico des mots). En second lieu, l’imbrication des critères de popularité et de qualité des entrées mène à l’affichage des entrées qui ont reçu le plus de votes et/ou des entrées qui ont les meilleurs scores (Top 10 de tous les temps dans Dico2rue ; Le top des mots dans Dico des mots).37

4.4 La microstructure

Les microstructures des dictionnaires de notre corpus montrent à des degrés différents les traces de la révolution participative en lexicographie.

Les articles de Bob et de Zone, les deux répertoires qui se présentent comme des dictionnaires d’argot et qui accordent moins de place aux contributions, ont une microstructure traditionnelle et très complexe, comme on peut le voir dans l’image 1, tirée de Zone :

murano 1

Image 1 : article reum, Dictionnaire de la Zone38

Dans les autres cas, on assiste à une simplification extrême de la microstructure, réduite aux seuls éléments considérés comme nécessaires, c’est-à-dire le mot et la définition, auxquels peut s’ajouter l’exemple, comme dans l’image 2, tirée de Dico2rue :

murano 2

Image 2 : article In, Dico2rue39

L’observation de ces articles (images 1 et 2) permet de relever la présence d’éléments novateurs dans la microstructure, dont certains, comme les fichiers audio et vidéo, constituent une évolution de rubriques présentes dans la microstructure traditionnelle (CELOTTI 2016), tandis que d’autres dépassent la description du signe linguistique : il s’agit notamment des réactions des internautes, sous forme de votes (image 2) ou de commentaires, et des informations sur l’auteur de l’entrée.

Concernant l’évolution des rubriques traditionnellement présentes dans un article de dictionnaire, l’exemplification par le biais de matériels multimédias permet d’écouter la prononciation des mots à travers des chansons ou des vidéos dans Blazz, Dico2rue et Zone40 :

Ces extraits oraux font lieu d’exemples cités en jouant les diverses fonctions propres à l’exemple, comme de montrer le mot en action, sa place dans la phrase, sa morphologie ou de montrer que le sens du mot est compatible avec la définition […]. Cependant, ils en intègrent une nouvelle qui est d’illustrer la prononciation en action, de saisir l’accent de la langue des banlieues avec tout son rythme et sa prosodie. (CELOTTI 2016 : 4)

La prononciation du mot en soi n’intéresse pas tellement ces dictionnaires41, vu que la prononciation du mot isolé n’est pas fournie et qu’aucun dictionnaire ne fournit la transcription en API, à l’exception de Zone.

Le marquage diastratique et diaphasique est absent dans tous les dictionnaires à l’exception de Bob, qui au lieu des étiquettes traditionnelles arg., fam. et pop. utilise une échelle de valeurs allant de 1 (parfaitement académique) à 10 (fortement argotique) et distingue également le registre actuel de l’ancien42 : par exemple, le mot cambrioleur, qui avait un registre ancien de 10, n’est plus connoté actuellement et correspond au registre 1.

Une nouveauté absolue dans le domaine de la lexicographie est constituée par les définitions multiples d’un seul mot, qui sont repérables dans plusieurs dictionnaires (par. 4.3). Dans le paratexte d’Urbandico on explique les raisons d’un tel choix, qui repose sur la légitimité et l’acceptation de différents points de vue sur le lexique :

Si vous avez une définition différente ou plus personnelle, vous pouvez soumettre la vôtre. Le but étant que chacun y mette SA43 définition ». […] Chaque région, chaque groupe social, chaque individu peut avoir une vision d’un mot.

On mesure ici la distance avec l’instance de normalisation dont la lexicographie traditionnelle est porteuse, une distance qui se manifeste également dans la présence de définitions narratives et humoristiques44, qui ne sont pas sans rappeler celles des dictionnaires amoureux (MARGARITO 2007) ou des dictionnaires détournés (SANTONE 2016) :

La parlure - « Veux-tu savoir comment tu pèses pas d'dents? » : Locution émise par une tierce partie lors d'une altercation agressive. Les réponses positives ou négatives affirmées par la seconde tierce partie peuvent toutes deux engendrer des frais de dentiste. 
N.B. Prévoir une balance à portée de la main. 
P.-S. "Balance", pas de la (sic) sens du signe du zodiaque 
P.P.-S. Ce genre de remarque-là (voir: P.-S.) pourrait engendrer l'utilisation de l'expression décrite ci-haut.

Les dictionnaires de notre corpus profitent pleinement de leur condition d’hypertextes pour établir et rendre visibles les liens onomasiologiques parmi les entrées : nous avons vu plus haut (par. 4.3) que dans Blazz les communautés correspondent à de vastes regroupements de mots, formés sur une base thématique ou d’origine linguistique. Si un mot est inséré dans une communauté, celle-ci est représentée dans la microstructure par une image : par exemple, la communauté Langage texto45 est symbolisée par la photographie d’un téléphone portable. Ce même dictionnaire propose, à la fin de chaque article, des mots reliés à l’entrée par analogie ou synonymie : par exemple, à l’article OKLM (‘au calme’) correspondent les hyperliens vers les entrées 'zer, pg, B2O, B2O ou B2OBA, duc de boulogne. Bob et Zone se démarquent encore une fois des autres dictionnaires, car ils fournissent également les synonymes des entrées en français standard ou en argot : par exemple, dans Bob, l’item « imbécile, idiot, bête » est donné comme synonyme s.v. con, abruti, mariole, andouille, etc. ; quant à Zone, non seulement ce dictionnaire indique les synonymes de l’entrée en argot des cités dans l’article de dictionnaire (par ex. garo s.v. garette), mais il permet également d’accéder à tous les mots et expressions de l’argot des cités qui sont synonymes d’un mot du français standard par le biais du Glossaire (p.ex. chéla, lâcher l’affaire, laisse béton, planquer s.v. abandonner).

Pour ce qui est des éléments de microstructure qui ne concernent pas directement la description du signe linguistique, l’introduction de l’évaluation positive ou négative des autres utilisateurs à l’intérieur du micro-texte lexicographique se fait à travers de courts textes rédigés en utilisant la langue familière et populaire (dans Street Cred : Je kiffe ! vs. Zyva retourne chez toi !) ou bien par le biais d’autres systèmes sémiotiques, tels les émojis qui expriment l’appréciation ou le refus (représentant un visage dans Dico2rue et le geste du pouce levé dans Blazz et Urbandico).

Dans la plupart des dictionnaires qui permettent les contributions directes (Bob, Dico des mots, Dico2rue, Street Cred, Urbandico, Zone), tant les entrées que les commentaires sont signés par l’auteur avec un pseudonyme (image 2) et portent parfois la date de leur insertion dans le dictionnaire : dans la partie collaborative de Zone sont indiqués aussi l’âge, le sexe et la provenance géographique (à travers l’indicatif du département) du contributeur. De même que dans les réseaux sociaux, les utilisateurs inscrits à Dico2rue ont un profil public qui réunit les informations de base sur la personne du contributeur et sur son activité au sein de la communauté des membres, exprimée en termes d’entrées proposées, acceptées et refusées46. En revanche, les entrées de Blazz et de La Parlure sont complètement anonymes et les utilisateurs ne doivent pas nécessairement être inscrits au site pour poster une contribution directe. La Parlure demande cependant la géolocalisation de l’entrée par le champ optionnel J'ai déjà entendu cette expression au/en… que l’utilisateur doit remplir en choisissant l’une des options offertes par des menus déroulants, parmi lesquelles figurent non seulement la France, la Belgique, la Suisse, le Canada et de nombreux autres pays francophones, mais aussi des pays où le français n’est pas une langue officielle, comme l’Albanie ou la Moldavie.

5. Conclusion

Dans l’Avertissement précédant le Glossaire argotique de Richepin (1881), qui est rapporté dans le Dictionnaire du français non conventionnel de Rey et Cellard (1981), on dresse un portrait de l’auteur idéal d’un dictionnaire d’argot, qui devrait être

pas moins qu’un Littré, consacrant à cette besogne des trésors de science et de patience. Pour les définitions précises et les sens actuels des mots en usage, il faudrait un observateur consumant sa vie dans les milieux étranges et souvent peu accessibles où l'on parle cette langue infiniment variée et renouvelée incessamment.

On trouverait difficilement un tel lexicographe parmi les internautes, linguistes et lexicographes profanes qui consacrent une partie de leur temps libre à l’enrichissement d’un dictionnaire collaboratif. L’ensemble des contributeurs ne saurait satisfaire à de telles exigences.

Cependant, cette étude a montré que les dictionnaires collaboratifs du français non conventionnel constituent un exemple intéressant d’une lexicographie que l’on peut appeler populaire tant par son contenu que par son mode de rédaction.

Dans l’élaboration de ces dictionnaires, la distance entre le lexicographe et le consultant du dictionnaire s’estompe jusqu’à disparaître et les argotiers ont le droit d’exprimer leurs connaissances sur une langue dont ils sont praticiens natifs. Réunis dans des communautés de pratiques linguistiques et lexicographiques, ils apportent leur pierre à l’édifice de manière très inégale et pour des motivations d’ordre psychologique et social (LEW 2013)47 qu’il n’est pas toujours aisé de déterminer. En ce qui concerne les motivations psychologiques, on peut tout d’abord supposer que les internautes sont poussés à contribuer à une œuvre collaborative pour la satisfaction de faire du bien aux autres ou simplement pour s’amuser, mais surtout pour le besoin de s’exprimer que les médias actuels ne cessent d’encourager et pour obtenir l’approbation des pairs et le prestige au sein de la communauté (MALONE et al. 2010). Parmi les motivations d’ordre social on peut compter aussi bien l’appartenance à une communauté virtuelle que l’amour pour la langue et le désir de transmettre des connaissances sur tous les mots du système lexical, y compris ceux que la lexicographie traditionnelle n’enregistre pas (ou pas encore) : « SWAG, YOLO, morray, tarpin, wesh, hashtag, boobs, hella… Tous ces mots ont un sens, ils méritent un dictionnaire de référence ».48 C’est là que réside la valeur intrinsèque de la lexicographie argotique :

Faire de la lexicographie argotique, c’est participer activement […] à la sauvegarde du patrimoine humain, notamment dans sa sphère non normée, « populaire » […] C’est traiter avec précision ce secteur de la langue française si vivace et si longtemps tenu à l’écart, qui cependant est le domaine privilégié de la créativité et de l’humour, même si l’on y découvre également toutes les misères et les tares de l’humanité souffrante. (COLIN 2003 : 90-91)

Dans la plupart des dictionnaires analysés, outre les défauts de cohérence et les dérives que la production d’un travail de ce genre comporte inévitablement49, la microstructure est en général assez pauvre et le métalangage est simplifié, sans doute en raison du manque de compétences lexicographiques et métalinguistiques des contributeurs et des utilisateurs. On remarque cependant l’apparition d’éléments de macro et microstructure intéressants et novateurs, qui relèvent de la nature du média hébergeant les dictionnaires et qui dépassent parfois la dimension de la description linguistique. L’internet 2.0 est en effet centré sur la rapidité de diffusion d’informations gratuites, partagées avec le plus grand nombre, co-construites par une communauté d’utilisateurs et constamment modifiables : voilà pourquoi les entrées, reliées entre elles dans des réseaux construits sur des bases sémasiologiques et onomasiologiques, sont signées, évaluées et peuvent être exportées dans d’autres sites.

Si autrefois les argotiers faisaient preuve de méfiance à l’égard « de l’écrit, de la ‘science’, de l’intérêt que manifeste autrui pour leur parler, leurs pratiques sociales ou culturelles » (COLIN, CARNEL 1991 : 28)50, l’interface conviviale des technologies actuelles leur permet de s’approprier l’objet culturel qu’est le dictionnaire et de revendiquer leur rôle de divulgateurs de connaissances sur la langue. Les dictionnaires collaboratifs du français non conventionnel représentent un moyen de légitimer l’existence de certains mots, de les faire émerger de l’‘obscurité’ d’un emploi restreint à un groupe de personnes ou à certaines situations de communication : dans une société où tant d’importance est accordée à la visibilité, ce type de texte lexicographique permet aux contributeurs d’imposer aux yeux du grand public certains mots porteurs de l’identité de leur groupe social ou générationnel. Pour être reconnus et pour que d’autres s’y reconnaissent.

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Sites internet et dictionnaires en ligne (dernière consultation le 20 juillet 2017)

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http://dico2street.com
http://www.dico2rue.com/
http://www.dictionnairedelazone.fr/
http://www.keskiladi.com/definitions
https://iamdicorico.tumblr.com/?ref_url=https://iamdicorico.tumblr.com/post/132733529634/httpwwwdicoricocomdefinitionchanson-souvenir/embed
http://www.languefrancaise.net/Bob
http://www.laparlure.com/page/a-propos/
https://www.lastreetcred.com/
http://www.omegawiki.org/Meta:Main_Page?setlang=fr
http://www.reverso.net/
http://www.urbandico.com/
http://www.urbandictionary.com
https://fr.wiktionary.org/wiki/Wiktionnaire:Page_d’accueil

1
COLIN, Jean-Paul, « L’impossible récolte : heurs et malheurs d’un lexicographe argotologue », Marges linguistiques, n.6, 2003, p. 87.

2
Ces dictionnaires figurent parmi les résultats directs ou indirects d’une recherche avec les mots clés dictionnaire collaboratif, français, argot, langue des cités dans le moteur de recherche Google : d’autres répertoires ont été exclus de notre corpus d’analyse car ils ne sont plus accessibles (le site de Dicorico www.dicorico.com, pourtant très récent, n’est désormais plus accessible et les définitions du dictionnaire sont publiées dans la page facebook et dans un blog hébergé par Tumblr.com), ou encore parce qu’ils n’ont pas publié de nouveaux contenus depuis longtemps (le dernier mot inséré dans Keskiladi date de 2013), ou enfin si la dimension collaborative evoquée dans les textes de présentation n’est pas évidente dans la structure de la page internet du dictionnaire (Dico2street).

3
K. Dolar est également l’auteure d’une thèse non publiée intitulée Les dictionnaires collaboratifs en tant qu’objets linguistiques, discursifs et sociaux, soutenue en 2017 à l’Université Paris Nanterre.

4
Nous rappelons ici la définition d’argotologie donnée par Goudaillier : « l’étude des procédés linguistiques mis en œuvre pour faciliter l’expression des fonctions crypto-ludiques, conniventielles et identitaires, telles qu’elles peuvent s’exercer dans des groupes sociaux spécifiques qui ont leurs propres parlers » (GOUDAILLIER 2002 : 6), étude qui doit être « incluse dans une problématique de sociolinguistique urbaine » (ibidem).

5
Denise François-Geiger, qui a créé le Centre d’Argotologie de l’Université René Descartes – Paris V, résumait ainsi la situation au début des années 1990 : « en 1990 coexistent l’argot traditionnel, les jargots, les parlers branchés et l’argot commun » (FRANÇOIS-GEIGER 1991 : 8).

6
Tous les emplois de l’adjectif traditionnel dans le texte (dictionnaires traditionnels, microstructure traditionnelle etc.) font également référence à cette acception.

7
Pour une étude détaillée sur ces dictionnaires, cf. CELOTTI 2008.

8
Deux linguistes éminents ont donné leur aval à ces recueils, en acceptant de prendre part à des Dialogues ou Entretiens contenus dans le paratexte : il s’agit d’Alain Rey dans Lexik des cités (AA.VV. 2007) et d’Henriette Walter dans Tchatche de banlieue (PIERRE-ADOLPHE et al 1998).

9
Goudaillier rappelle que « les épices apportées à la langue française sont de plus en plus empruntées à des langues étrangères » (GOUDAILLIER 2002 : 7).

10
Nous rappelons ici la définition de Community of Practice d’Étienne et Beverly Wenger-Trayner (2015 : 1) : « Communities of practice are groups of people who share a concern or a passion for something they do and learn how to do it better as they interact regularly ».

11
Pour des raisons de simplicité, dorénavant l’appellation argotiers sera utilisée pour désigner les praticiens natifs de toute variété non conventionnelle de français.

12
Nous faisons référence ici au titre de l’article de Colin (2003).

13
Le Dictionnaire de l’argot de Colin et Mével paraît en 1990. À partir de 1999, les éditions du dictionnaire, dont le nombre de pages a considérablement augmenté (763 pages en 1990, 903 en 1999) portent le titre Dictionnaire de l'argot et de ses origines. Depuis 2006 le titre est modifié en Argot & français populaire : grand dictionnaire (976 pages).

14
Les dictionnaires de l’argot contemporain des cités n’ont d’ailleurs pas échappé à certaines critiques (TRIMAILLE 2004 : 121 sq) à cause de la méthode de collecte des données trop hétérogène : « malgré la diversité des sources, toutes les attestations sont placées sur un pied d’égalité, qu’elles proviennent des questionnaires complétés par des jeunes, de films, de romans ou encore d’autres dossiers de presse ou d’essais » (TRIMAILLE 2004 : 123, à propos de Comment tu tchatches!).

15
Désormais PR 2017.

16
http://www.urbandictionary.com

17
En gras dans le texte. Curieusement, la définition de street cred et street credibility dans Urban Dictionary n’inclut aucune référence à une compétence langagière : « Commanding a level of respect in an urban environment due to experience in or knowledge of issues affecting those environments ». http://www.urbandictionary.com/tags.php?tag=street%20credibility

18
Ces sous-titres s’affichent en bas du titre dans la page d’accueil, ou bien dans la page de résultats des moteurs de recherche.

19
http://www.reverso.net/

20
L’expression anglaise free software emploie en effet l’adjectif free dans les deux sens de ‘gratuit’ et de ‘modifiable, enrichissable’.

21
Pour une autre classification, élaborée dans le cadre de la théorie fonctionnaliste en lexicographie, cf. Fuertes Olivera (2009 : 103), qui opère une distinction fondamentale entre les dictionnaires élaborés au sein d’une organisation publique ou privée (institutional Internet reference works) et les ouvrages libres et collectifs (collective free-multiple Internet reference works).

22
https://fr.wiktionary.org/wiki/Wiktionnaire:Page_d’accueil

23
http://www.omegawiki.org/Meta:Main_Page?setlang=fr

24
Les dictionnaires collaboratifs ouverts s’opposent dans cette typologie aux dictionnaires collaboratifs-institutionnels, qui, tout en étant réalisés par des maisons d’édition, permettent des contributions directes des utilisateurs, et aux dictionnaires semi-collaboratifs, qui mélangent les contenus insérés par des professionnels à ceux qui sont générés par les utilisateurs.

25
http://www.languefrancaise.net/Profils/Gb

26
http://www.languefrancaise.net/Aide/Momo

27
La citation suivante, qui débute par trois prénoms appartenant à des traditions religieuses et culturelles différentes, et commençant par la syllabe [mo], explique le choix du prénom Momo.

28
http://www.languefrancaise.net/Momo/Momo.

29
« [Le dictionnaire] s'enrichit de jour en jour, n'hésitez pas à me faire part de vos réflexions, de vos connaissances lexicales et de vos exemples…». https://www.dictionnairedelazone.fr/presentation

30
Les noms des membres de l’équipe Urbandico sont disponibles à la page http://www.urbandico.com/a-propos/

31
http://dico-des-mots.com/blog/dico-des-mots-nouvelle-version.html

32
Dans Urbandico, un dispositif de relecture est prévu, qui soulage l’insécurité linguistique des contributeurs : « Peut-on poster si on écrit mal le français et qu’on fait des fautes ? - Oui, nous avons un processus de relecture et de correction (lui aussi imparfait) qui est censé corriger les erreurs ». http://www.urbandico.com/f-a-q/

33
Il s’agit ici du texte d’un des premiers messages publiés dans le blog.

34
http://www.languefrancaise.net/Aide/Enrichir

35
Dans le cas de Zone, la source est la page Facebook du dictionnaire. Tous les comptages datent du 20 juillet 2017.

36
À défaut de toute autre information explicite, nous avons effectué un relevé manuel des entrées de Blazz, Dico2rue, Street Cred et Urbandico.

37
Ce regroupement est réalisé aussi dans Blazz et Urbandico.

38
© 2000 - 2017 Cobra le Cynique.

39
http://www.dico2rue.com/dictionnaire/mot/1/in'>In

40
Cf. CELOTTI 2016.

41
Parmi les autres rubriques traditionnelles qui manquent ou qui subissent de profondes transformations dans ces dictionnaires collaboratifs, il faut compter la catégorie grammaticale, qui n’est pas considérée comme étant nécessaire dans Blazz, Dico2rue et Street Cred et qui devrait être indiquée (ce qui ne se produit pas) dans le champ Définition dans La Parlure, d’après les instructions données pour les nouvelles entrées : « Exemple de définition pour "sacrer" : Verbe. Porter un coup ».

42
http://www.languefrancaise.net/Aide/Registre

43
Les majuscules sont dans le texte.

44
La rédaction de ce type de définitions est encouragée par les responsables des sites : « Enfin, n’hésitez pas à donner un côté humoristique et décalé à vos exemples afin des les rendre fun et d’aider les gens à s’en souvenir et à les partager » (Urbandico).

45
Cette communauté comprend entre autres les mots bg (beau gosse), mdr (mort de rire), tmtc (toi même tu sais).

46
Le score calculé sur la base des votes positifs et négatifs reçus par les entrées situe le contributeur dans un classement qui range tous les membres de la communauté et qui est souvent visible dans la page d’accueil du dictionnaire.

47
Notons que les motivations d’ordre économique sous forme de prix et coupons, repérées par Lew (2013) ne s’appliquent pas à notre corpus.

48
http://www.urbandico.com/a-propos/. Les majuscules sont dans le texte.

49
Nous faisons référence ici aux entrées et aux commentaires écrits sans aucun objectif évident de description lexicographique, ou bien rédigés dans un langage sms largement incompréhensible.

50
Colin et Carnel ont d’ailleurs souligné que l’enregistrement lexicographique va à l’encontre de la fonction cryptique de l’argot : « Ici se pose un problème délicat pour le lexicographe, à savoir qu'à partir du moment où un mot apparaît transcrit dans un dictionnaire, il est loisible de se demander s'il mérite toujours l'appellation argot, puisqu'une des fonctions primordiales de celui-ci, la fonction cryptique, est ainsi gommée » (COLIN, CARNEL 1991 : 37).

Per citare questo articolo:

Michela MURANO, Une lexicographie deux fois populaire : les dictionnaires collaboratifs du français « non conventionnel » , Repères DoRiF n. 14 - Dictionnaires, culture numérique et décentralisation de la norme dans l’espace francophone , DoRiF Università, Roma dcembre 2017, http://dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=371

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