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Kaja DOLAR

Les dictionnaires collaboratifs non institutionnels dans l’espace francophone : éléments de typologie et bilan

Kaja Dolar
Membre associé au CREE (Inalco)
dolar.kaja@gmail.com

Résumé

Les dictionnaires collaboratifs sont des bases lexicales en ligne qui ne sont pas destinées uniquement à la consultation, mais aussi à une participation active. Nous analysons sept dictionnaires collaboratifs français : La Parlure, Blazz, Urbandico, Le Dico des Mots, Dico2Rue, Le Dictionnaire de la Zone et Bob. Bien qu’ils soient tous collaboratifs, ils présentent des différences notables, notamment en ce qui concerne le degré de collaborativité. Nous présentons leurs principales propriétés en insistant particulièrement sur les protocoles de participation et de validation, ce qui nous permet de proposer une typologie pour les différents phénomènes de la lexicographie collaborative.

Abstract

Collaborative dictionaries are online lexical bases that are meant not only for consultation but also for active participation. We analyze seven French collaborative dictionaries: La Parlure, Blazz, Urbandico, Le Dico des Mots, Dico2Rue, Le Dictionnaire de la Zone and Bob. Although they are all collaborative they present significant differences, especially in regard to the degree of collaboration. We present their main properties with particular emphasis on participation and validation protocols, which allows us to propose a typology for the different phenomena of collaborative lexicography.

Les dictionnaires collaboratifs: un phénomène récent

Les dictionnaires collaboratifs sont une formation discursive récente, des objets assez singuliers mais pour l’instant relativement peu décrits et analysés. C’est avec le Web 2.0, appelé aussi le web socio-sémantique, que sont apparues les ressources construites de manière collaborative (« collaboratively constructed resources »), dont fait partie aussi la lexicographie collaborative (MEYER et GUREVYCH 2010 : 1). Il s’agit de bases lexicales en ligne, accessibles à tout le monde et éditées par des volontaires1. Les contributeurs peuvent ainsi ajouter de nouvelles entrées et créer des articles dictionnairiques, mais ils peuvent aussi modifier les articles existants2.

Le premier dictionnaire collaboratif a été Urban Dictionary, dictionnaire du slang anglo-américain. Sa création en 1999 a eu un effet boule de neige ; ainsi nous assistons aujourd’hui à une fleuraison de dictionnaires collaboratifs monolingues, bilingues et plurilingues, plus ou moins spécialisés, de tailles très variées. Dans cet article nous nous pencherons sur sept dictionnaires collaboratifs français non institutionnels. Plutôt que de comparer les contenus, nous analyserons leur structure ainsi que les protocoles de participation et de validation. Nous mettrons en évidence les points communs ainsi que les divergences afin de pouvoir proposer une typologie présentant les différents phénomènes de la lexicographie collaborative.

Qu’est-ce que la lexicographie collaborative ?

Les dictionnaires collaboratifs, dont le spécimen le plus connu est sans doute le dictionnaire plurilingue Wiktionnaire, ne sont pas destinés uniquement à la consultation, mais aussi à une participation active : « But today’s users are also in a very special position not only to ‘get’ the definition, but to interact with it in the ways previously unattested, that is, to challenge, manipulate, or contribute to it as part of a growing and highly connected, collective knowledge base » (PENTA 2011 : 13). En effet les utilisateurs peuvent non seulement consulter le dictionnaire, mais aussi y contribuer : ils ont la possibilité de créer de nouveaux articles, de reprendre les articles existants, de compléter les informations, de corriger les erreurs, d’évaluer les contributions des autres, de discuter des articles, de proposer des améliorations et de participer ainsi à la vie d’une communauté.

Les principaux avantages de cette approche résident dans le fait qu’il s’agit de bases qui sont constamment mises à jour par les locuteurs de la langue. « They can be updated hundreds of times a day, offering a level of immediacy that cannot be achieved by mainstream electronic dictionaries » (CREESE 2013 : 392). En même temps, cette approche soulève plusieurs problèmes et questions, notamment celle de l’attestabilité, de la légitimité et de la représentativité des usages. Cependant les dictionnaires collaboratifs ne cherchent pas forcément à être exhaustifs ni représentatifs et il faut les prendre comme tels ; selon nous, il faut considérer les dictionnaires collaboratifs comme un observatoire de la langue qui se caractérise par le temps bref de mise à jour et par le nombre élevé de contributeurs, qui distingue cet observatoire des observatoires traditionnels.

Notons que le côté « collaboratif » en tant que tel n’est pas si récent : le terme peut également désigner la collaboration entre les éditeurs et les lecteurs, comme par exemple dans le cas du Oxford English Dictionary où les éditeurs, depuis ses débuts au XIXe siècle, récoltaient les exemples d’usage auprès du public (ABEL et MEYER 2013 : 179). De tels cas sont rares et la collaboration du public est notamment liée à internet et c’est dans ce sens que nous comprenons le terme.

Aujourd’hui, la lexicographie collaborative prend plusieurs formes, dans des contextes différents. Dans le cadre institutionnel (LEW 2011), il s’agit le plus souvent de projets lancés par des maisons d’édition (comme chez Larousse, par exemple), comme un complément à la base lexicale déjà établie par les professionnels. Les internautes peuvent faire un retour concernant les articles existants ou en proposer des nouveaux, mais les contributions de ce type restent indirectes car elles sont soumises à un travail éditorial. Nous pouvons aussi nous demander si le volet collaboratif a un poids réel et dans quelle mesure il ne s’agit pas d’une stratégie pour attirer les lecteurs (et les acheteurs potentiels).

Nous ne retiendrons pas les dictionnaires collaboratifs institutionnels pour notre étude ; nous nous concentrerons principalement sur les dictionnaires collaboratifs ouverts3, c’est-à-dire indépendants et non institutionnels. Nous verrons qu’en réalité, le terme lexicographie collaborative couvre plusieurs formes de collaboration et que nous y rencontrons des phénomènes très variés.

Quels dictionnaires collaboratifs dans l’espace francophone ?

L’espace francophone est riche en différents types de dictionnaires collaboratifs. Les sites fournissent parfois une étiquette par rapport au contenu du dictionnaire. Ainsi pouvons-nous lire : « Dictionnaire collaboratif du français parlé » (La Parlure), « Dictionnaire pas académique » (Le Dico des Mots), « Dictionnaire alternatif » (Urbandico), « Dictionnaire moderne » (Blazz, Dico2Rue), « Le pire dictionnaire du monde » (Dico2Rue), « Tout l’argot des banlieues » (Le Dictionnaire de la Zone), « Dictionnaire d’argot, de français familier et de français populaire » (Bob, L’autre trésor de la langue). Nous trouvons le même type d’indications dans les descriptifs : « Le dictionnaire collaboratif de l’argot français » (Dico2Rue), « dictionnaire collaboratif de mots ou expressions, issus du langage courant » (Le Dico des Mots), etc.

Que ces étiquettes nous disent-elles ? Premièrement, elles montrent que les dictionnaires collaboratifs veulent se démarquer de la lexicographie traditionnelle, en proposant un paradigme parallèle ou alternatif (dictionnaire « pas académique », « alternatif ») et en mettant en avant un lexique souvent écarté ou oublié (comme le laissent sous-entendre les appellations « l’autre trésor de la langue », « l’argot des banlieues »).

Deuxièmement, il semble que deux courants se dégagent : d’une part les dictionnaires avec une orientation particulière, celle de l’argot (Dico2Rue, Le Dictionnaire de la Zone et Bob), et d’autre part les dictionnaires « généraux », qui sont néanmoins orientés vers le langage parlé, courant et familier (La Parlure, Blazz, Urbandico et Le Dico des Mots). Cette distinction pose cependant problème puisque les dictionnaires « généraux » comportent des expressions argotiques et les dictionnaires d’argot dépassent le seul champ de l’argot au profit du français familier, du parler jeune, etc.

Bien qu’ils soient tous des dictionnaires collaboratifs, ils présentent des différences notables dans leur structure, leur contenu, leur fonctionnement et leur taille, c’est pourquoi nous nous y intéresserons davantage. Nous présenterons leurs principales propriétés en insistant particulièrement sur les protocoles de participation et de validation.

La Parlure, Le dictionnaire collaboratif du français parlé

La Parlure, Le dictionnaire collaboratif du français parlé, créé en 2009 au Québec, compte aujourd’hui 5000 entrées. Même si la base comporte de nombreuses expressions québécoises, il s’agit d’un dictionnaire francophone, qui met en avant la variation diatopique. Le site est actuellement en train d’être entièrement rénové.

La page d’accueil de La Parlure affiche automatiquement les contributions les plus récentes, présentées dans l’ordre chronologique inverse, indépendamment de l’ordre alphabétique ; Voir toutes les expressions permet d’accéder à la nomenclature, tandis que la rubrique Ajouter une expression permet de contribuer au dictionnaire. Une fois la proposition saisie, elle apparaît directement sur le site : elle n’est pas soumise à une phase de validation ou de modération.

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Copie d’écran de la page d’accueil de La Parlure (juillet 2017)

Blazz

Blazz se qualifie de « dictionnaire moderne » : « C’est vous qui le mettez à jour et pas le stagiaire du petit Robert4 ». Ses débuts remontent à 2011. Sa nomenclature compte 5500 entrées.

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Copie d’écran de la page Ta Gueule de Blazz (juillet 2017)

En ce qui concerne la forme des articles, elle met en évidence les différentes étapes de la rédaction. Quand il s’agit de l’ajout d’une définition et d’exemples aux entrées déjà existantes, les contributions sont séparées explicitement. Par contre, le rédacteur ne pourra pas supprimer ce qui a déjà été saisi : les définitions et les exemples existants ne peuvent être modifiés. Les différentes phases rédactionnelles sont données à la suite ; elles peuvent être triées en fonction de la date de création. Chaque article comporte le mot-vedette, la définition, l’exemple d’usage et les mots reliés. Les lecteurs ont la possibilité de voter pour les entrées proposées et de les publier sur les réseaux sociaux.

Urbandico, Le dictionnaire alternatif

Créé en 2013, Urbandico, Le dictionnaire alternatif a une vocation claire, formulée sur le site : c’est un dictionnaire participatif et « ‘user generated’ ce qui signifie que ce sont les utilisateurs qui y entrent leurs définitions5 ». Nous y trouvons un lexique très varié, « des geeks du net, à la banlieue en passant par les séries TV américaines, l’immigration arabophone et les régionalismes6 », plus précisément les mots issus du « web, de la génération Y, de Twitter, du rap, des anglicismes, des langages régionaux, de l’arabe, de la téléréalité »7. Si les éditeurs étaient très ambitieux au départ, il semble que le site stagne pour le moment, avec une nomenclature qui compte 1100 entrées (contributions très peu nombreuses depuis mai 2016).

Comme nous l’avons déjà indiqué, les internautes ont – outre la consultation et la modification des entrées existantes – la possibilité de créer une nouvelle entrée, de la définir et de l’exemplifier. La création de nouvelles entrées dans Urbandico se fait via le formulaire suivant :

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Copie d’écran de la page Ajouter une définition d’Urbandico (juillet 2017)

Dans la plupart des dictionnaires étudiés dans cet article, trois champs sont proposés afin de rédiger un article dictionnairique : le mot-vedette, la définition et l’exemple. Cela signifie que la forme de l’article est prévue d’avance par l’architecture du site et ne laisse pas beaucoup de liberté aux rédacteurs. Ce détail est très important, car il prédéfinit la microstructure des articles ainsi que la forme de la nomenclature.

Ensuite, dans le cas d’Urbandico, le rédacteur peut également marquer l’origine du mot, saisir les mots-clés et joindre des fichiers multimédias afin d’augmenter l’attestabilité de l’entrée proposée. Les articles se présentent alors sous la forme suivante :

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Copie d’écran de la page OKLM d’Urbandico (juillet 2017)

Notons que les dictionnaires collaboratifs couvrent tous les niveaux de la langue ainsi que des usages non standards, des emprunts, des gros mots, etc., et sont riches en « mots nouveaux », qui peuvent aller des hapax aux véritables néologismes formels et sémantiques. Il s’agit des contenus souvent laissés de côté par les dictionnaires traditionnels. Cependant nous nous focalisons dans le présent article sur la structure des dictionnaires collaboratifs ainsi que sur les protocoles de participation et de validation, plutôt que sur le contenu.

Le Dico des Mots, Le dictionnaire pas académique

Le Dico des Mots, Le dictionnaire pas académique est « né en une nuit de mars 2005, suite à une discussion entre potes par messagerie instantanée »8 ; c’est un « dictionnaire collaboratif de mots ou expressions, issus du langage courant ou de l’imaginaire de leur auteur »9 ; il atteste donc des emplois réels et des emplois créés par les utilisateurs. Avec plus de 8200 entrées il est aujourd’hui parmi les plus grands dictionnaires collaboratifs unilingues français. Contrairement à La Parlure, où il n’y a pas de modération, les propositions dans Le Dico des Mots doivent être validées avant d’être intégrées à la base lexicale. L’étape de validation est assurée par les internautes.

Même si, de façon générale, les sites prévoient une microstructure bipartite, à savoir la glose définitionnelle et l’exemple d’usage, d’autres éléments peuvent apparaître dans l’article, tels que la catégorie grammaticale, l’étymologie, les synonymes, les remarques sur l’usage, la prononciation, les renvois, etc. Ces derniers sont par ailleurs fréquemment introduits par les marqueurs tels que « voir aussi » ou des liens vers d’autres sites.

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Copie d’écran de la page Golbuth (à gauche) et Glur (à droite) du Dico des Mots (juillet 2017)

En ce qui concerne les pratiques scripturales présentes dans les articles, nous pouvons remarquer qu’il ne s’agit pas forcément de définitions au sens strict du terme, mais qu’elles contiennent aussi, par exemple, des descriptions assez longues, qui ne sont pas forcément concises ou précises. Elles peuvent également insister sur un aspect particulier sans pour autant traiter exhaustivement le terme. Il en va de même pour les exemples qui peuvent s’éloigner du modèle traditionnel. On pourra aussi remarquer un mélange du métalangage scientifique et courant (REY-DEBOVE 1997 : 22-23), avec un style fluctuant de formel à informel10.

Quant à la macrostructure, la navigation dans la nomenclature dans les dictionnaires collaboratifs est non linéaire :

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Copie d’écran de la page d’accueil du Dico des Mots11 (juillet 2017)

Outre l’ordre alphabétique, nous pouvons chercher les entrées les mieux et les moins bien notées, les derniers articles dictionnairiques commentés et les prénoms (noms propres), ce qui présente une particularité parmi les dictionnaires étudiés12.

Dico2Rue, Le pire dictionnaire du monde

Dico2Rue, Le pire dictionnaire du monde est un « véritable site communautaire, ce sont les utilisateurs qui votent pour les meilleurs mots, créent les expressions, les définitions, les exemples et les synonymes13 », pouvons-nous lire sur le site. Nous y trouvons ainsi « l’argot des rues, l’argot porno, l’argot geek, l’argot drogué, l’argot des rappeurs, des affaires ...14 ».

La nomenclature compte 2000 entrées. Dans Dico2Rue, le système de validation d’entrées est semblable à celui du Dico des Mots : ce sont les internautes qui font la modération du site : « Une fois validé, votre mot ou expression ira dans la section ‘Validez les nouveautés’. Ici les internautes pourront dire si votre soumission est assez bonne pour être intégrée dans le dictionnaire. Au bout de quelques votes positifs votre mot sera intégré et se retrouvera dans la section ‘Dictionnaire’. S’il reçoit trop de votes négatifs, il sera annulé et archivé15 ».

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Copie d’écran de la page Valider les nouveautés de Dico2Rue (juillet 2017)

Les internautes peuvent alors voter (oui, non, je sais pas) pour les nouvelles propositions avant qu’elles ne soient intégrées dans la nomenclature, comme l’illustre l’exemple Tunar. Ce système d’évaluation fonctionne comme une sorte de filtre. Cependant il reste démocratique : ce n’est pas le webmestre seul qui décide, mais la communauté.

Le Dictionnaire de la Zone, Tout l’argot des banlieues

Comme son nom l’indique, la particularité de ce dictionnaire réside dans son orientation : Le Dictionnaire de la Zone, Tout l’argot des banlieues est un dictionnaire d’argot, limité aux banlieues. Il regroupe le lexique argotique des cités de banlieues françaises16.

La base contient à l’heure actuelle 2300 entrées. Nous pouvons constater que l’évolution est constante avec 150 à 350 propositions par an, avec des pics en 2005, 2006 et 2010. Les dernières années, néanmoins, la croissance semble ralentir (moins de 100 propositions par an) ce que l’éditeur explique par une relative complétude de la base dictionnairique. Les débuts du site remontent à 2000, ce qui veut dire que le premier dictionnaire collaboratif français est apparu peu de temps après Urban Dictionary. Le dictionnaire a été fondé par Abdelkarim Tengour qui écrit sous le pseudonyme Cobra Le Cynique. Nous pourrions qualifier Le Dictionnaire de la Zone de dictionnaire de spécialité dont la visée est de « donner un outil lexicographique permettant de comprendre le langage argotique moderne » (TENGOUR 2013 : 7).

Quant à son fonctionnement, il n’est que semi-collaboratif : le webmestre fait un travail éditorial. En comparant avec d’autres dictionnaires collaboratifs, il semble que Le Dictionnaire de la Zone présente un moindre degré de collaborativité. Quand les internautes soumettent des propositions dans d’autres dictionnaires collaboratifs, celles-ci sont soit directement visibles, soit elles doivent passer une phase de validation. Les webmestres font pour la plupart uniquement un travail de veille pour supprimer les discours haineux ou autres discours discriminatoires (selon les termes d’usage du site), mais les restrictions restent relativement faibles.

Le Dictionnaire de la Zone fonctionne différemment des dictionnaires traités jusqu’ici ; après l’inscription, les internautes peuvent soumettre des propositions et celles-ci sont ensuite revues par l’éditeur du site :

« Le Dictionnaire de la Zone n’intègre pas directement les propositions des internautes dans sa base sans un contrôle et une recherche préalables. Ce qui explique le délai parfois de plusieurs années avant de voir un mot ou une expression intégré au dictionnaire. Les soumissions sont donc vérifiées et une recherche de l’utilisation d’un mot ou expression est faite principalement dans les médias ou en enquêtant directement sur le terrain. De plus, je reste à l’écoute des remarques et des critiques quand elles ne se limitent pas à la simple raillerie ou à l’insulte gratuite, voire au délire paranoïaque, pour améliorer mes définitions et trouver des exemples qui les illustrent au mieux. Ceci fait donc du Dictionnaire de la Zone un outil linguistique fiable et incontournable.17 »

Ce dictionnaire possède donc un caractère personnel, car c’est le webmestre qui décide de mettre en ligne ou non les propositions et cela selon les critères suivants : le mot doit apparaître dans les médias (chansons, films, émissions, articles, etc.) et il doit être soumis indépendamment par trois internautes situés en des lieux différents, car seuls les mots attestés peuvent faire partie du dictionnaire. Le mot est ensuite vérifié par l’éditeur et enrichi d’exemples d’usage issus de sources francophones (chansons, films, émissions, feuilletons, textes littéraires, articles de presse, vidéos, etc.) ou créés par l’éditeur (TENGOUR 2013 : 24).

Le webmestre n’effectue donc pas seulement une simple mise en forme, mais plutôt un vrai travail éditorial : il peut ajouter de nouvelles entrées ou compléter les entrées existantes (aussi bien la définition que les exemples). L’architecture du site se distingue nettement de celles de certains autres dictionnaires même si elles peuvent paraître semblables au premier abord. Dans l’ensemble, le travail et l’intervention du webmestre ressemblent plus au travail d’un éditeur ou d’un auteur ; de ce fait le site est plus proche du fonctionnement d’un blog, avec les propositions d’internautes qui sont ensuite rejetées ou intégrées.

Le premier travail d’édition du Dictionnaire de la Zone consistait en la préparation des éditions électroniques (en format PDF) qui comprenaient les expressions du site. Elles étaient régulièrement mises à jour ce qui a mené à cinq éditions différentes (deux en 2005, une en 2006, puis en 2008, et en 2010). Elles ont tout de suite démontré un travail éditorial sérieux et réfléchi qui se rapprochait déjà – au niveau de la qualité du contenu, du traitement du matériel et de la mise en forme – de celui des dictionnaires académiques.

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Extrait d’une édition électronique du Dictionnaire de la Zone (2010)

Le dictionnaire papier Tout l’argot des banlieues : Le dictionnaire de la Zone en 2 600 définitions est sorti à l’automne 2013. Il s’agit d’une édition augmentée par rapport à la base en ligne et elle est en grande majorité issue des recherches personnelles de l’auteur. Le site est maintenant soumis au travail inverse : l’éditeur voudrait mettre en ligne ce qui est dans l’ouvrage papier.

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Extrait d’édition papier de Tout l’argot des banlieues (2013)

Bob, L’autre trésor de la langue

Le contenu de Bob, L’autre trésor de la langue est particulièrement riche : le dictionnaire compte plus de 62 000 entrées18. Outre le dictionnaire, nous y trouvons des documents (surtout des notices bibliographiques) sur l’argot ainsi que sur l’histoire de la langue française.

Le fonctionnement de Bob est semblable à celui du Dictionnaire de la Zone : c’est un dictionnaire semi-collaboratif, où le travail éditorial du webmestre, ainsi que son engagement personnel, restent très importants.

La navigation est complexe : elle peut se faire par les synonymes, les catégories morphologiques, voire par les morphèmes (-ard, -asse, -ouille, etc.) ou par les procédés lexicaux (troncation, comparaison, mot-valise, etc.), par les catégories grammaticales (phraséologie, locutions, noms propres, gestuel/corporel, interjections/jurons, onomatopées) ainsi que par les champs sémantiques (nourriture, famille, argent, etc.), ou encore par les statuts des articles (entrants, révisés, commentés, écartés).

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Copie d’écran de la page direct de Bob (juillet 2017)

Au-dessus de l’entrée, nous trouvons une note sur le registre, allant « de 1 (parfaitement académique, comme table) jusqu’à 10 (fortement argotique, càd considéré comme fortement argotique, à tort ou à raison, ainsi de la plupart des mots d’argot ancien : affure, sorgue, refaite, etc.)19 ». Quant à la fréquence, c’est « une valeur numérique qui indique dans combien de sources l’élément défini dans la notice a été relevé20 ».

Le site accorde une importance particulière aux citations : « la collecte des citations est de première importance, aussi bien pour ce qui concerne l’archéologie du mot, pour documenter ses origines, que pour en donner le mode d’emploi illustré, la manière réelle de les employer (qui n’est pas systématiquement déductible à partir de la vedette lemmatisée)21 ». Les articles comportent en outre les différentes variantes, organisées en quatre catégories : variantes orthographiques, fléchies, paradigmatiques et variantes par collocations22.

Le site héberge également un blog : son but est de donner aux internautes la possibilité d’échanger directement sur les sujets en lien avec Bob et plus généralement sur la langue française. Ils peuvent laisser des commentaires, poser des questions, faire des suggestions, etc. Le forum est organisé autour de plusieurs thèmes (les questions de la langue, les questions du site, etc.) et chaque thème regroupe plusieurs discussions. Le blog compte plus de 4000 utilisateurs, 11 000 sujets sont traités, 130 000 messages ont déjà été postés. Nous pouvons conclure que le site est extrêmement riche et élaboré ; son usage pourrait pourtant être davantage convivial, plus ergonomique et facile d’utilisation.

Quelle typologie des dictionnaires collaboratifs ?

En guise de bilan, nous présentons un tableau comparatif qui résume les principales caractéristiques et les principes de fonctionnement des dictionnaires collaboratifs français, étudiés dans cet article.

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Tableau comparatif des dictionnaires collaboratifs non institutionnels francophones

Les dictionnaires collaboratifs étudiés ont été conçus entre 2000 et 2013. La moitié se spécialiserait dans l’argot (Dico2Rue, Le Dictionnaire de la Zone et Bob), tandis que d’autres seraient plutôt « généraux », avec une nette orientations vers le langage parlé, courant et familier (La Parlure, Blazz, Urbandico et Le Dico des Mots). Il faut cependant prendre cette distinction avec précaution car les dictionnaires « généraux » contiennent du lexique argotique et les dictionnaires d’argot comportent des expressions du français familier, du parler jeune, etc. Les nomenclatures comprennent entre 1000 et 62 000 entrées.

Concernant le fonctionnement, nous pouvons dégager plusieurs types. Premièrement, il y a les dictionnaires collaboratifs à part entière où les contributions des internautes sont directement publiées sur le site (comme La Parlure). Deuxièmement, nous avons les dictionnaires collaboratifs avec la validation des propositions avant la publication. La validation est faite par les internautes (Le Dico des Mots et Dico2Rue), mais cette phase peut être assurée également par le webmestre. Troisièmement, les dictionnaires partiellement collaboratifs sont les bases lexicales où le webmestre gère les propositions des internautes et décide lui-même s’il les publie en totalité, en partie ou pas du tout et effectue de cette façon un vrai travail éditorial (Le Dictionnaire de la Zone et Bob). Même si les sites peuvent paraître semblables au premier abord, cette différence régit le fonctionnement de base et a une influence réelle sur le contenu des ressources en ligne.

Du point de vue technique, nous pouvons distinguer les sites à masque, où les rajouts se font via un formulaire (la plupart des dictionnaires traités), et l’outil Wiki (Bob), qui est une application web permettant de créer et de modifier de manière collaborative les pages à l’intérieur d’un site web. La différence entre les deux architectures de site apparaît aussi dans la visualisation des versions antérieures des articles. Dans le premier cas, les anciennes versions apparaissent les unes au-dessous des autres, tandis que dans le Wiki, elles sont visibles dans une rubrique à part.

Dans les dictionnaires collaboratifs, la navigation dans la nomenclature se fait de façon non linéaire : outre l’ordre alphabétique, nous pouvons aussi chercher les articles selon les notes reçues (les mieux et les moins bien notés), la date de création, de modification ou de consultation, par les mots reliés, par les contributeurs, les mots au hasard, etc. Bob propose une navigation encore plus complexe : selon les synonymes, les catégories morphologiques et grammaticales, les champs sémantiques, les articles entrants, révisés, commentés, écartés, etc. Le Dictionnaire de la Zone distingue le lexique (unités monolexicales) des expressions (unités polylexicales) ; nous pouvons aussi accéder à la nomenclature par les citations et les expressions en verlan.

Les champs de rédaction diffèrent d’un dictionnaire à l’autre. Dans la plupart des cas, le site propose trois champs de rédaction, à savoir le mot-vedette, la définition et l’exemple. Cela fait que les articles dictionnairiques sont fortement structurés d’avance et suivent plus ou moins le même schéma. Les différences lexicographiques apparaissent seulement à l’intérieur des champs « définition » et « exemple », mais ces champs restent physiquement séparés. Parfois, des fichiers multimédias (images, fichiers son et vidéo) peuvent être ajoutés. Certains dictionnaires prévoient un champ pour la catégorie grammaticale, le lieu, les mots reliés, l’étymologie, la communauté, etc.

La plupart des dictionnaires étudiés proposent l’évaluation des articles existants via le vote « pour » ou « contre », ce qui permet d’obtenir un retour de la part des lecteurs et d’établir des listes des contributeurs. Les sites des dictionnaires collaboratifs peuvent par ailleurs héberger d’autres rubriques, telles que le forum ou le blog.

Généralement, les dictionnaires proposent un format du site adapté à la consultation sur les téléphones portables (seul Dico2Rue a une application spéciale). Abstraction faite de Bob, ils sont systématiquement associés aux réseaux sociaux tels que Facebook, Twitter et Google+. Pour participer au contenu, l’inscription est obligatoire sur la plupart des sites, alors que la consultation est libre.

En ce qui concerne les droits d’auteur, les dictionnaires peuvent soit posséder leur propre copyright qui protège les droits du site, soit avoir la licence Creative commons (comme Le Dictionnaire de la Zone). Cette dernière permet de reprendre les contenus à la seule condition de citer la source et de les partager sous les mêmes conditions (sous la même licence). Les contenus des sites sous Creative commons sont donc libres et ne peuvent pas être « copyrightés ». De façon générale, les conditions d’utilisation sont peu contraignantes. Nous y trouvons seulement quelques restrictions concernant les noms de personnes non célèbres et de blagues privées ou encore l’interdiction d’utiliser le langage SMS ; pour le reste, par exemple le choix des entrées, la façon dont se fait la rédaction, les éléments lexicographiques qui apparaissent dans l’article, etc., les décisions sont entièrement laissées aux contributeurs.

Les dictionnaires collaboratifs en ligne peuvent aussi donner lieu à des éditions papier (comme Tout l’Argot des Banlieues) ou – plus rarement – à des éditions électroniques (comme Le Dictionnaire de la Zone, 2008-2010). Dans toutes les langues, la pratique des éditions papier semble courante et fructueuse26, même si le statut du dictionnaire change radicalement en passant d’une base en ligne, toujours dynamique et modifiable, à un livre, objet fixe, fini et stable : « si, dans un blog, on peut changer une phrase ou un mot sans prévenir et prétendre tout et son contraire, un livre lui de par sa nature statique est le résultat d’une pensée mûrement réfléchie et non volatile27 ».

Conclusion  : vers un nouveau paradigme ?

Il semble que l’espace francophone soit riche en dictionnaires collaboratifs. Outre les projets institutionnels, nous avons relevé une diversité de projets indépendants. Ces dictionnaires français mettent l’accent sur la langue parlée et sur l’argot. Peut-être pouvons-nous expliquer cela par le fait que les usages non standards sont souvent écartés des dictionnaires traditionnels. Aussi, la saisie dans une base collaborative en ligne est immédiate, indépendante des cycles d’éditions institutionnels, et de ce point de vue les dictionnaires collaboratifs sont davantage à jour.

Même si au premier regard les dictionnaires collaboratifs français semblent se ressembler, ils présentent des différences notables à plusieurs niveaux : premièrement, le degré de collaborativité y varie fortement. En effet, nous pouvons observer un continuum : dictionnaires complètement libres, sans validation des entrées – dictionnaires libres, avec validation des entrées (par les internautes ou le webmestre) – dictionnaires semi-collaboratifs (ou participatifs), où les contributions sont soumises à un travail éditorial. Deuxièmement, du point de vue technique, les sites fonctionnent différemment (site à masque ou wiki), ce qui a des conséquences importantes à la fois sur la forme de l’article, sur la rédaction (et les stratégies scripturales des internautes) ainsi que sur la visualisation des versions précédentes.

Si, auparavant, les dictionnaires étaient conçus par un petit groupe d’experts, on atteint avec la lexicographie collaborative et participative un nouveau paradigme (MEYER et GUREVYCH 2012 : 260). Enfin, Matuschek et Gurevych soulignent en 2011 que les dictionnaires collaboratifs ont été peu analysés jusque-là (2011 : 1) et il semble que cela change seulement petit à petit.

Références Bibliographiques

ABEL, Andrea, MEYER, Christian M., « The Dynamics Outside the Paper : User Contributions to Online Dictionaries », in KOSEM, Iztok et al. (éds.), Electronic Lexicography in the 21st Century : Thinking Outside the Paper, Proceedings of the eLex 2013 Conference, 17-19 October 2013, Ljubljana/Tallinn, Trojina, Institute for Applied Slovene Studies/Eesti Keele Instituut, 2013, p. 179-194.

CREESE, Sharon, « Exploring the Relationship between Language Change and Dictionary Compilation in the Age of the Collaborative Dictionary », in KOSEM, Iztok et al. (éds.), Electronic Lexicography in the 21st Century : Thinking Outside the Paper. Proceedings of the eLex 2013 Conference, 17-19 October 2013, Ljubljana/Tallinn, Trojina, Institute for Applied Slovene Studies/Eesti Keele Instituut, 2013, p. 392-406.

LEW, Robert, « Online Dictionaries of English », in FUERTES-OLIVERA, Pedro A. et BERGENHOLTZ, Henning (éds.), e-Lexicography : The Internet, Digital Initiatives and Lexicography, London/New York, Continuum, 2011, p. 230–250.

MATUSCHEK, Michael et Iryna GUREVYCH, « Where the Journey is Headed : Collaboratively Constructed Multilingual Wiki-based Resources », Mehrsprachigkeit SFB, 538, 2011, p. 127-130.

MEYER, Christian M., GUREVYCH, Iryina « How Web Communities Analyze Human Language : Word Senses in Wiktionary », in Proceedings of the WebSci10 : Extending the Frontiers of Society On-Line, April 26-27th, Raleigh, North Carolina, 2010, p. 1-8.

MEYER, Christian M., GUREVYCH, Iryna, « Wiktionary : A new rival for expert-built lexicons ? Exploring the possibilities of collaborative lexicography », in GRANGER Sylviane, PAQUOT, Magali (éds.), Electronic Lexicography, Oxford, Oxford University Press, 2012, p. 259–291.

PENTA, Darrell J., « The Wiki-fication of the Dictionary : Defining Lexicography in the Digital Age », in MiT7 Conference « Unstable platforms : The Promise and Peril of Transition », Cambridge (Massachusetts), Academic Press, 2011.

REY-DEBOVE, Josette, Le métalangage. Étude linguistique du discours sur la langue, Paris, Armand Colin, 1997.

TENGOUR, Abdelkarim, Tout l’argot des banlieues : Le dictionnaire de la Zone en 2600 définitions, Paris, Les Editions de l’Opportun, 2013.

1
« Freely available and editable by volunteers » (MEYER et GUREVYCH 2010 : 3).

2
« Where a community of users (‘crowd’), collaboratively edits and refines the lexical information » (MATUSCHEK et GUREVYCH 2011 : 1).

3
« Open-collaborative dictionaries » (ABEL et MEYER 2013 : 183-184).

4
https://www.facebook.com/pg/Blazzfr-224154424407247/about/?ref=page_internal [page consultée le 3/12/2017]

5
http://www.urbandico.com/a-propos/ [page consultée le 13/07/2017]

6
http://www.urbandico.com/conseils-dutilisation/[page consultée le 13/07/2017]

7
http://www.urbandico.com/a-propos/ [page consultée le 13/07/2017]

8
http://dico-des-mots.com/faq.html [page consultée le 13/07/2017]

9
Ibid.

10
Pour la question de la norme et de l’orthographe voir DOLAR, Kaja, « La question de la norme dans les dictionnaires collaboratifs : régulation et auto-régulation », in FEUILLARD, Colette (éd.), Usage, norme et codification. De la diversité des situations à l’usage du numérique, Fernelmont, EME éditions, p. 233-242.
À propos du métalangage, voir DOLAR, Kaja, « Quel métalangage dans la lexicographie collaborative ? », Les Carnets du Cediscor, à paraître.

11
Copie d’écran légèrement découpée pour des raisons de mise en page.

12
À propos du nom propre dans les dictionnaires collaboratifs, voir DOLAR, Kaja, « La place du nom propre dans les dictionnaires collaboratifs : le cas de La Parlure », 4ᵉ Congrès Mondial de Linguistique Française (Actes de colloque), 2014, p. 813-827. https://www.shs-conferences.org/articles/shsconf/pdf/2014/05/shsconf_cmlf14_01360.pdf

13
http://www.dico2rue.com/ [page consultée le 13/07/2017]

14
Ibid.

15
http://www.dico2rue.com/foire-aux-qestions/[page consultée le 13/07/2017]

16
L’éditeur précise : « ce dictionnaire intègre aussi en grande partie l’argot classique actuel, le parlé jeune, et le parlé branché ». Source : https://www.dictionnairedelazone.fr/presentation [page consultée le 13/07/2017]

17
https://www.dictionnairedelazone.fr/blog/2 [page consultée le 13/07/2017]

18
Selon l’éditeur du site, ce nombre élevé est en partie dû au fait que les articles sont fortement fragmentés (ce qui ailleurs serait habituellement une sous-entrée ou une liste de variantes mineures rédigées au long d’un article unique ailleurs est ici généralement traité comme autant d’entrées à part entière). Par ailleurs, les entrées dépassent le champ de l’argot : le site couvre aussi les usages du français familier, populaire, les expressions phraséologiques, les onomatopées, etc.

19
http://www.languefrancaise.net/Aide/Registre [page consultée le 13/07/2017]

20
http://www.languefrancaise.net/Aide/Frequence [page consultée le 13/07/2017]

21
http://www.languefrancaise.net/Aide/Citations [page consultée le 13/07/2017]

22
http://www.languefrancaise.net/Aide/Variantes [page consultée le 13/07/2017]

23
Le site n’offre pas d’informations sur l’année du lancement du dictionnaire. La marque a été déposée en 2011.

24
Le site n’offre pas d’informations sur l’année du lancement du dictionnaire. La mise à jour des Conditions d’utilisation date de 2010.

25
Les sites à masque : les rajouts se font via un formulaire.

26
Urban Dictionary a déjà connu trois éditions papier différentes, tandis que Ravezani jezik, dictionnaire collaboratif slovène, a eu deux éditions papier et une électronique.

27
https://www.dictionnairedelazone.fr/blog/11 [page consultée le 13/07/2017]

Per citare questo articolo:

Kaja DOLAR, Les dictionnaires collaboratifs non institutionnels dans l’espace francophone : éléments de typologie et bilan, Repères DoRiF n. 14 - Dictionnaires, culture numérique et décentralisation de la norme dans l’espace francophone , DoRiF Università, Roma dcembre 2017, http://dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=380

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