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Chiara MOLINARI

Nouvelle lexicographie vs anciennes représentations

Chiara Molinari
Université de Milan
chiara.molinari@unimi.it

Résumé 

Dans cette étude nous nous proposons de vérifier si et, éventuellement, dans quelle mesure, les nouvelles typologies lexicographiques ont modifié les représentations que les usagers se font des outils lexicographiques en général. Autrement dit, les usagers sont-ils amenés à consulter toujours les références lexicographiques historiques ou, au contraire, les nouveaux dictionnaires, du fait de leur rapidité de consultation, sont-ils parvenus à les remplacer ? Par ailleurs, la réflexion au sujet des typologies lexicographiques soulève aussi un questionnement autour de la norme linguistique : dans la mesure où le dictionnaire a toujours été considéré comme un instrument véhiculant une idéologie linguistique normative, il s’agira de vérifier si le choix de consulter les nouveaux outils lexicographiques témoigne d’une décentralisation de la norme linguistique.

Abstract 

In this paper, we propose to verify whether and, if so, to what extent, new lexicographical typologies have changed users’ representations of lexicographic tools in general. In other words, do users always consult historical lexicographical references or,, have new dictionaries succeeded in replacing them, because of their greater speed of consultation? Moreover, reflecting on lexicographical typologies also raises questions around linguistic norms: since dictionaries have always been considered as carrier of a normative linguistic ideology, we will try to verify whether the choice to use new lexicographical tools indicates a decentralization of linguistic norm.

1. Prémisses

L’amour et la passion des Français pour leur langue sont un phénomène bien connu. En 2003, Bernard Cerquiglini qualifiait la langue de « religion d’État » (CERQUIGLINI 2003) et, une quinzaine d’années plus tard, il estime encore que « Le rapport à la langue, en France, est de l’ordre du sacré » (MARMANDE 2016). De même, Paveau et Rosier remarquent qu’« en France, tout locuteur, avocat ou serveur, livreur ou universitaire, homme politique ou cuisinier, dentiste ou académicien, parle de sa langue, et de la langue de l’autre […], célèbre la beauté des mots, déplore la perte des sens […] » (PAVEAU, ROSIER 2008 : 11).

Cette passion plonge ses racines dans le passé et a partie liée avec l’histoire même de la langue française. Il suffit de mentionner la longue tradition de Remarques et Observations sur la langue, dont l’importance est telle que les spécialistes les considèrent désormais comme un genre à part (AYRES-BENNETT, SEIJIDO 2011). Loin de s’affaiblir, l’intérêt pour la langue française a connu un regain d’attention grâce au développement des nouvelles technologies qui ont permis la naissance de blogues et de forums où les intervenants s’expriment sur leur langue, celle-ci étant envisagée à partir de plusieurs points de vue. Les sujets abordés sont, en effet, hétérogènes. Cependant, si l’on s’y interroge sur la prononciation, la syntaxe, la morphologie et les conjugaisons verbales, la plupart des interventions portent sur le lexique : définitions, recherche de synonymes, emploi ou sens exact des mots ne sont que quelques-uns des sujets abordés le plus fréquemment.

L’intérêt pour la langue française a fait l’objet de nombreuses études de la part des spécialistes qui ont proposé le concept de « linguistique populaire » pour indiquer la prise en compte des savoirs ordinaires, spontanés, constitués par un ensemble d’intuitions empiriques lesquelles, bien que n’étant pas scientifiques, n’en contribuent pas moins à la construction des connaissances (ACHARD-BAYLE, PAVEAU 2008). L’apport des connaissances non-savantes n’est donc pas à craindre : « De manière générale, les disciplines folk soulèvent la question concernant le rôle et la place que peuvent jouer les croyances et les savoirs ordinaires dans la constitution des savoirs scientifiques et mettent en évidence la pertinence et l’efficacité sociale de certains savoirs profanes dans les situations quotidiennes » (VICARI 2016 : 35)1.

La tradition lexicographique s’enrichit aussi d’autres apports : à côté du courant lexicographique scientifique et officiel, bien ancré dans l’histoire même de la langue française, il faut mentionner la lexicographie d’amateurs, celle que Margarito nomme la « para-lexicographie grand public », à savoir

[…] des ouvrages qui occupent une marge floue, mais bien vivante, très active au niveau éditorial, que nous situons entre la lexicographie science savante et les productions de la linguistique populaire, zone pour laquelle nous venons d’avancer l’appellation de para-lexicographie. (MARGARITO 2007 : 172)

Or, lexicographie traditionnelle, para-lexicographie et lexicographie profane se situent, à notre sens, sur un continuum dans lequel s’inscrivent d’autres typologies lexicographiques, dont l’apparition a été rendue possible grâce au renouvellement technologique. Les nouvelles technologies, en effet, ont favorisé la diffusion et l’épanouissement de la tradition lexicographique française, d’abord par la mise en ligne de dictionnaires qui existaient déjà dans leur version papier et qui ont toujours été de véritables piliers de la langue et de la culture françaises, ensuite par la création de dictionnaires en ligne2 et enfin par l’élaboration de la lexicographie 2.0, c’est-à-dire les dictionnaires collaboratifs. Ceux-ci ont introduit un bouleversement incontournable en ce qu’ils ont effacé la frontière qui séparait les lexicographes professionnels des usagers (MURANO 2014).

Étant donné ces prémisses, nous nous proposons d’interroger l’impact exercé par ces nouvelles typologies lexicographiques sur les représentations que les usagers possèdent des outils lexicographiques en général. Autrement dit, les usagers sont-ils amenés à consulter toujours les références lexicographiques classiques ou, au contraire, les dictionnaires en ligne (collaboratifs notamment), du fait de leur rapidité de consultation, sont-ils parvenus à les remplacer ? La réflexion au sujet de cette nouvelle génération de dictionnaires soulève aussi un questionnement autour de la norme linguistique : dans la mesure où le dictionnaire a toujours été considéré comme un instrument véhiculant une idéologie linguistique normative, peut-on supposer que le choix de consulter les nouveaux outils témoigne d’une décentralisation de la norme linguistique et, de ce fait, d’une atténuation de la pression normative ?

Pour ce faire, nous explorerons le forum en ligne Abc de la langue française : forums3 où les usagers s’interrogent sur certains emplois lexicaux en faisant appel aux dictionnaires. Il sera donc question d’observer si les différents outils qui peuvent être classés sous l’étiquette de « lexicographie profane » sont mobilisés par les usagers et de réfléchir aux représentations qu’ils contribuent à élaborer. Nous proposerons ensuite une analyse applicative d’un des dictionnaires collaboratifs les plus connus, le Wiktionnaire, afin d’évaluer sa contribution au renouvellement des représentations concernant l’idéologie linguistique axée sur la norme prescriptive4.

2. Corpus et méthodologie d’analyse

2.1 Le forum ABC de la langue française

Espaces de communication médiatisée par ordinateur (CMO), où chacun peut exprimer ses considérations à propos du sujet traité, les forums ne se réduisent pas à une simple juxtaposition de messages (MARCOCCIA 2016). À la manière d’un échange, ceux-ci s’enchaînent et déterminent la nature dialogale du forum qui fonctionne comme une interaction ouverte dans laquelle le nombre des intervenants n’est ni limité à l’avance, ni fixé une fois pour toutes. Par ailleurs, leur identité est inconnue, cachée derrière un pseudonyme. Cependant, les répliques suivent rarement une alternance régulière : souvent, l’ordre est interrompu par des interventions qui introduisent des digressions, de sorte qu’il est parfois difficile de suivre le développement de l’interaction.

En outre, les forums conjuguent des traits propres aux dimensions orale et écrite : s’ils se rapprochent de l’interaction écrite, il n’en reste pas moins qu’ils échappent aux paramètres conventionnels permettant d’en décrire la structure. D’autre part, l’absence de voix est en quelque sorte comblée par le recours à un style oralisé : ellipses, abréviations, raccourcis, syntaxe simplifiée, vocabulaire plus relâché, ponctuation expressive (les points d’exclamation, de suspension et les émoticones sont particulièrement fréquents) (GADET 1996). Il s’ensuit que la structure particulière du forum engendre un genre textuel et discursif mixte dérivant de la fusion de genres différents : la conversation ordinaire et le discours scientifique, pour n’en citer que quelques-uns.

Comme nous l’avons signalé plus haut, le forum ABC de la langue française est extrêmement riche. Il est composé de plusieurs sections (Pratiques linguistiques, Promotion linguistique, Réflexions linguistiques, Écriture et langue française, Histoire de la langue française, Pratiques argotiques et familières, Jeux de mots). À celles-ci s’ajoutent d’autres sections plus générales (Internet et informatique, Parler pour ne rien dire, Tests et essais). Le nombre important de pages pour chaque discussion prouve qu’il s’agit d’un outil bien connu et largement exploité de la part du public qui se retrouve sur le forum pour discuter de la langue française, dissiper des doutes ou lancer des débats. En d’autres termes, il fonctionne en tant que dispositif où l’on peut observer non seulement les pratiques discursives d’une communauté, mais surtout l’élaboration des représentations « populaires » qui circulent au sujet de la langue française.

2.2 Cadre méthodologique

Le choix d’examiner les représentations élaborées dans un forum au sujet des nouvelles typologies lexicographiques nous amène à revenir sur le concept de représentation. D’après Petitjean, « Une RL [représentation linguistique] peut être définie comme un ensemble de connaissances non scientifiques, socialement élaborées et partagées, fondamentalement interactives et de nature discursive, disposant d’un degré plus ou moins élevé de jugement et de figement, permettant au(x) locuteur(s) d’élaborer une construction commune de la réalité linguistique et de gérer leurs activités langagières au sein de cette interprétation commune de la réalité » (PETITJEAN 2010 : 294). Dans cette définition, deux facteurs vont retenir notre attention : le premier concerne la nature discursive des représentations ; le deuxième porte sur le trait communautaire qui les caractérise. De son côté, Jodelet aussi insiste sur la relation individu-communauté en situant les représentations au croisement entre les dimensions individuelle et sociale : non seulement c’est la réalité sociale externe qui fournit aux sujets les éléments à élaborer, mais c’est à travers le contact avec le groupe social ou ethnique que les représentations sont construites et réajustées (JODELET 1989). Elle en souligne donc la nature dynamique. Néanmoins, d’autres enjeux sont liés aux représentations. En effet, loin de se tenir à un niveau abstrait, celles-ci ont un impact concret sur la réalité : si c’est à partir des pratiques que s’élaborent les représentations, à leur tour « les représentations déterminent les pratiques et ont une influence sur la réalité » (CALVET 1999 : 11). Leurs retombées s’inscrivent dans la réalité et manifestent une valeur performative dans la mesure où elles influencent les attitudes et les pratiques des locuteurs et déterminent, pour une partie considérable, le déroulement des dynamiques linguistiques. Le concept de représentation est donc central dans notre réflexion : d’une part, l’étude des échanges qui se déploient dans un forum permet d’observer l’élaboration de représentations collectives qui découlent d’apports singuliers ; de l’autre, la consultation effective des dictionnaires pour résoudre des questions linguistiques témoigne du lien entre pratiques et représentations.
L’analyse d’un forum linguistique nécessite un maniement délicat dans la mesure où non seulement, normalement, le lecteur ne possède aucune information sur l’identité des intervenants, mais il n’en connaît pas non plus les compétences linguistiques. Toutefois, l’anonymat est partiellement annulé par le choix des pseudonymes qui peuvent être révélateurs. C’est le cas de l’usager qui choisit de s’appeler « Abel Boyer », nom d’un lexicographe, historien, traducteur et journaliste, qui a vécu à cheval entre le XVIIe et le XVIIIe siècle. L’anonymat peut aussi être complètement effacé lorsque les usagers écrivent en employant leur vrai nom : dans le forum choisi, on peut lire de nombreuses interventions de Pierre Enckell, linguiste et lexicographe décédé en 2011. Il s’ensuit que les compétences linguistiques des participants peuvent se situer aux différents degrés d’une échelle ayant aux deux extrêmes la compétence scientifique élevée et l’absence de compétence. De ce fait, le forum devient, tout naturellement, un dispositif où des discours scientifiques côtoient des discours profanes, non savants. Il n’en reste pas moins que, scientifiques ou ordinaires qu’ils soient, ces discours rendent compte de la réflexion des sujets et qu’ils participent, par conséquent, de l’élaboration des représentations. Il sera donc question de vérifier si les représentations lexicographiques poursuivent la tradition, bien consolidée en France, consistant à encenser les instances lexicographiques historiques ayant une valeur symbolique indiscutable ou si elles rendent compte d’un changement de perspective en valorisant les productions les plus récentes.

Les représentations seront explorées par le biais d’outils méthodologiques empruntés à l’analyse de discours : les liens dialogiques qui s’établissent entre les différents commentaires (MOIRAND 2007), les éléments ayant une valeur axiologique (KERBRAT-ORECCHIONI 2002), l’étude des prédiscours (PAVEAU 2006) ne sont que quelques-uns des paramètres qui nous permettront de tracer les contours des représentations en jeu.

3. Quelles représentations dans le corpus ?

3.1 Le regard des usagers

En général, les usagers exploitent le forum pour interroger le sens des mots, sans négliger pour cela des questions d’ordre grammatical, morphologique, syntaxique ou des questionnements de nature plus sociolinguistique (politique linguistique, etc.). S’agissant d’un forum, les usagers ont tendance, dans la plupart des cas, à proposer eux-mêmes une solution à la question posée, que celle-ci concerne le sens du mot ou autre5. Voici un exemple6 :

Thomas111
19-05-2016
Sujet : espacement
Est-ce que le mot « espacement » est correct pour décrire la distance marquée par B sur la figure ci-dessous ? […]
Si non, est-ce qu’il y a un seul mot qu’on puisse employer pour dire « la distance/l’espace entre ces deux trous d’installation » ?
Merci,
T

Réponse de Alco
19-05-2016
Re : espacement
C'est le mot entr'axe qui convient

Réponse de Thomas111
19-05-2016 14:36:12
Re : espacement
Merci.
Par curiosité : pendant ce temps j’ai trouvé le mot « écartement », est-ce qu’il aussi conviendrait ?

Réponse de Alco
19-05-2016
Re : espacement
Le mot entr'axe (ou entraxe) me semble plus technique, et écartement plus général. Mais pourquoi pas la distance, tout simplement ?
[…]

L’extrait rapporté ci-dessus contient plusieurs exemples de lexicographisme, phénomène décrit par Paveau comme une « définition lexicographique spontanée et subjective, construite en discours sans référence à un outil lexicographique […] » (PAVEAU 2006 : 153).

Mais il arrive aussi fréquemment que dans leurs réponses les usagers s’appuient sur des dictionnaires afin de légitimer les définitions proposées, ce qui témoigne de l’autorité dont jouissent les dictionnaires dans la culture française.

Parfois le recours aux dictionnaires et des formulations proches du lexicographisme se croisent dans la même intervention :

shokin
03-06-2016
Sujet : Est-ce que appétir existe ?
Salut à toutes et à tous,
Est-ce que le verbe appétissant appétir existe (comme verbe se conjuguant comme finir) ?

Réponse de P'tit prof
03-06-2016
Re : Est-ce que appétir existe ?
Appétir n'existe pas, mais  bel et bien appéter.
[…]

Réponse de Abel Boyer
03-06-2016
Re : Est-ce que appétir existe ?
Naturellement, "appétissant" fait penser à un possible verbe "appétir". De fait, le TLF indique :
Dér. de appétit*, p. anal. avec le part. prés. des verbes du 2e groupe.

Mais quels sont les dictionnaires cités le plus souvent ? S’agissant d’un forum et, donc, d’un outil introduit par les nouvelles technologies assez récemment, notre hypothèse consistait à poser que les usagers accordent un espace important aux dictionnaires collaboratifs. Et pourtant, il n’en est rien. Dans la plupart des cas les usagers citent les définitions du TLF (consulté le plus souvent dans sa version informatisée, TLFi), de l’Académie et du Littré :

Ylou
02-03-2016
Re : Mot introuvable ! (couper un corps en deux parties)
Je dirais avec glop : pourfendre.
La définition du Littré : pourfendre : Fendre d’un coup de sabre de haut en bas.
Et de l’Académie : Fendre un homme de haut en bas d’un coup de sabre, de cimeterre.
Dans Le Vicomte Pourfendu de Calvino le personnage éponyme a été pourfendu à l’issue d’une bataille, il n’en reste qu’une moitié.

Les différents formats proposés par la maison Robert (Grand Robert, Petit Robert) et Larousse sont également mentionnés fréquemment. Parfois, tout au long d’un échange, les usagers citent et juxtaposent des dictionnaires différents, sans pour cela les évaluer :

Abel Boyer
11-01-2013
Re : Liaisons phoniques
Figée, mais pas tant que ça, car la prononciation sans liaison (qui est la mienne au demeurant) est à mon avis plus fréquente aujourd’hui.
http://fr.wiktionary.org/wiki/de_part_e … 80%99autre
[…]

Roméo31
29-05-2015
Re : Liaisons phoniques
[…]
Bonjour,
Voici les règles données par l’Académie française : […]

Néanmoins, les dictionnaires peuvent aussi être mis en relation dans une perspective comparative à l’aide d’axiologiques. Bien qu’il soit une référence incontournable, le TLFi est considéré comme étant daté :

éponymie
02-05-2016
Re : À l'égard de...
[…]
Certes à lire le TLFi (dont les citations datent un peu)...

Bien que plus rares, les renvois aux dictionnaires collaboratifs sont tout de même présents dans le forum. Les représentations à leur égard sont ambiguës. Le Wiktionnaire est le seul qui fasse l’objet d’évaluations alors que non seulement Reverso est cité moins souvent, mais il ne fait jamais l’objet d’évaluation de la part des participants au forum. Les dictionnaires collaboratifs portant sur le français non conventionnel ne sont pas mentionnés. Ce sont donc les évaluations portées sur le Wiktionnaire que nous examinerons, en les comparant avec les jugements concernant les outils lexicographiques traditionnels.

En général, le Wiktionnaire est utilisé pour vérifier le sens d’un mot, mais aussi pour des indications au sujet de la prononciation, de l’orthographe, du genre des mots et de la conjugaison verbale :

Cocio_16
20-04-2011
Sujet : Prononciation Grèce/faiblesse
[…]
Ma prononciation ressemble beaucoup à celle que l’on peut entendre sur wiktionnaire :
http://fr.wiktionary.org/wiki/Gr%C3%A8ce#Prononciation
http://fr.wiktionary.org/wiki/faiblesse#Prononciation

Le Wiktionnaire fait l’objet de trois catégories de citations : les citations sans marque évaluative, les citations avec évaluation positive et celles avec évaluation négative.

La première catégorie pourrait être considérée comme neutre, à un premier regard. Or, le fait d’être cité au même niveau que le TLFi ou le dictionnaire de l’Académie contribue, à notre sens, à positionner le Wiktionnaire sur le même plan et constitue, de ce fait, une évaluation positive, bien qu’implicite.

La deuxième catégorie, qui réunit les évaluations positives, n’est pas particulièrement riche. Ces évaluations s’expriment surtout à l’aide d’adjectifs ayant une valeur axiologique. Pour certains, les explications du Wiktionnaire sont intéressantes, correctes et utiles :

oliglesias
24-10-2013
Re : position officielle
Le "punch" pour la boisson se dit effectivement "ponche", du moins, c'est comme cela que le disent tous les gens que j'ai entendu. [sic]
Par contre, le mot "punch" (dans l'expression "avoir du punch" par exemple) se prononce plus à l'anglaise (enfin comme ça quoi:  /pœntʃ/ )
Si vous voulez confirmation voyez l’article du Wiktionnaire:
http://fr.wiktionary.org/wiki/punch
Il est intéressant parce qu'il explique que le mot désignant la boisson viendrait de l'hindi alors que l'autre viendrait de l'anglais issu lui-même du vieux français... […]

Abel Boyer
06-04-2013
Re : Définition de "verbatim"
Pour la définition en français, le Wiktionnaire me paraît correct :
http://fr.wiktionary.org/wiki/verbatim
[…]

Parfois, les informations fournies dans les articles du Wiktionnaire sont considérées comme étant plus complètes que celles fournies par d’autres dictionnaires :

éponymie
11-02-2013
Re : Un castor monte en chaire
Je constate au passage que le CNRTL ne remonte pas au grec (καθέδρα) pour l’étymologie mais s’arrête au latin classique ; tout comme j’ai été tout surpris de constater que ego est grec (ἐγὼ) avant (?) d’être latin. Le wiktionnaire ne l’ignore pas au contraire du CNRTL.
[…]

Cependant, il arrive aussi qu’une évaluation positive soit démentie tout de suite après :

Une rapide recherche remonte déjà pas mal d’info :

  • tout d’abord, l’incontournable Wiktionnaire, qui ne donne malheureusement aucune datation du terme […]
  • Malgré l’adjectif incontournable qui attribue au Wiktionnaire le trait de « nécessité », l’on en souligne, immédiatement après, les lacunes. Celles-ci sont pointées dans plusieurs interventions :

    diconoma
    24-08-2013
    Wiktionnaire ne nous dit pas tout. […]

    En revanche, les évaluations négatives sont les plus nombreuses. Plusieurs interventions insistent sur l’impossibilité de faire confiance au Wiktionnaire. La méfiance à son égard est un sentiment commun à plusieurs usagers et qui ne s’est pas affaibli au fil des années. Ceux-ci peuvent être réunis en deux regroupements : d’une part les linguistes-lexicographes, de l’autre les usagers communs. Parmi les premiers, citons le cas de Pierre Enckell, qui s’exprime toujours contre le Wiktionnaire. Enckell exhorte à ne pas « prendre le Wiktionnaire comme critère » à cause du principe même qui le sous-tend :

    Pierre Enckell
    28-06-2010
    Re : Règle de liaison "masques à oxygène" et "coffres à bagages"
    […]
    Par ailleurs, je ne recommanderais pas de prendre le Wiktionnaire comme critère. Selon le principe Wiki, les articles ou parties d’articles peuvent être rédigés ou corrigés par tout un chacun, et la cohérence dans la transcription phonétique (ou ailleurs) n’est nullement assurée.

    En conséquence, d’après Enckell, le Wiktionnaire n’est pas un « outil fiable », « il se moque du monde » et est une « compilation absolument pas sérieuse » (06-06-2010). Nous remarquerons que les évaluations négatives ne s’expriment pas simplement à l’aide d’adjectifs ou adverbes ayant une valeur axiologique mais sont, en général, soutenues par des discours de nature argumentative plus articulés.

    L’évaluation négative que Pierre Enckell porte sur le Wiktionnaire peut aussi se transformer en insulte :

    Pierre Enckell†
    09-04-2010
    Re : zouker (et créoles)
    […] En tapant zouk étymologie sur Google, on obtient divers résultats, par exemple celui-ci : http://www.zoukretro.com/04%20Version%2 … 0hist.html
    dont il faudrait explorer la source. Mais mazurka n'eest [sic] pas la seule source possible. On peut éliminer l'ânerie du Wiktionnaire, qui évoque l'arabe dialectal marocain (!). […] (l’italique est dans le texte)

    Pierre Enckell
    25-04-2006
    Re : Question bête...
    […] Pierre Rézeau est un ancien du TLF, qui poursuit les recherches lexicographiques de ce dictionnaire pour le compléter et l'améliorer. Voilà un exemple de véritable travail scientifique, bien loin des sottises que commettent les gens du "wiktionnaire". […]

    Or, les opinions négatives des linguistes professionnels n’en sont pas moins partagées par les usagers communs : si certains se limitent à douter de sa validité (« j’ai trouvé sur un site internet, je ne sais pas ce que ça vaut »), d’autres en revanche en soulignent la « non-infaillibilité » (éponymie, 30-01-2016).

    Par ailleurs, les représentations n’ont connu aucune amélioration dans le temps. Si en 2008, l’on s’interroge sur la validité du Wiktionnaire

    gb
    29-09-2008
    […] Il y a bien quelque chose sur Wiktionnaire, mais qu'est-ce que ça vaut ?

    en 2016 le Wiktionnaire n’est pas encore considéré comme une référence solide :

    Alco
    18-12-2016
    […] Je trouve surprenant que vous preniez le « wiktionnaire » comme référence. Il me semble qu'il fonctionne comme wikipedia, c’est à dire une grande marmite dans laquelle chacun peut verser ses ingrédients selon son goût, ses connaissances et ses lacunes.

    Et en 2017, un autre intervenant conclut son intervention au sujet du Wiktionnaire par la formule laconique, mais non moins lapidaire, y croit qui veut (trevor, 26-05-2017). Or, si essayer d’évaluer un changement des représentations dans un espace de temps aussi restreint est une entreprise risquée, il n’en est pas moins vrai que les dispositifs en ligne bénéficient d’une diffusion très large et rapide, ce qui permet d’apprécier leur impact dans une durée plus réduite.

    Les attaques au Wiktionnaire peuvent aussi être très fortes, comme dans l’échange suivant où, face à un participant qui s’interroge sur la valeur du Wiktionnaire, la réponse d’un autre intervenant est décidément négative :

    nonobus
    12-08-2013
    12-08-2013
    Re : ici ou "içi"
    Bonsoir, […]
    J’ai trouvé sur un site internet, le wiktionnaire  mais je ne sais pas ce que ça vaut, que c’était un "archaïsme". […]

    Abel Boyer
    13-08-2013
    Vous visez cet article du Wiktionnaire ! Cet article est de la folie pure ! […]
    Je ne sais où le Wiktionnaire a été pêcher son içi, mais ça ne peut résulter que d’une mauvaise copie, d’une coquille, d’une erreur de transcription. Ce n’est en aucun cas un archaïsme. C’est juste une erreur. […]

    Parmi les stratégies qui concourent à l’élaboration de représentations négatives, signalons aussi la déformation du nom du dictionnaire qui, sous la plume des intervenants, devient Wikimachin et Wikitruc :

    Zimon
    07-03-2009
    Re : (abc) négriat
    J’ai pu constater que lorsque l’on connaît vraiment vraiment [sic] bien un sujet, que l’on est très hyper-ultra-pointu sur ce sujet, on trouve dans Wikimachin de très grosses erreurs. Et c’est bien normal. On disait de mon temps : La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a. Les internautes auteurs associés de Wikitruc, c’est pareil. Ils ne peuvent donner que ce qu’ils ont.

    Parfois, les usagers ne se limitent pas à une évaluation hâtive, mais développent des considérations plus articulées et plus approfondies sur les mérites ou les faiblesses du Wiktionnaire. Signalons à cet égard l’échange qui se déploie suite aux remarques d’un usager qui déplore l’absence d’un dictionnaire ou d’un site web ayant pour objet la synonymie des expressions figées. Dans leurs interventions les usagers passent en revue les ressources présentes sans trouver de solution satisfaisante. Pour certains, le Wiktionnaire pourrait représenter une issue envisageable. D’autres, au contraire, en remettent en question la valeur scientifique :

    diconoma
    27-09-2008
    Re : Dictionnaire synonyme des expressions.
    […]
    Si un tel dictionnaire de synonymes d’expressions n’existe pas, ne pourrait-on envisager que les lecteurs de ce site le créent collectivement par internet ? […]

    Réponse de
    gb
    29-09-2008
    Re : Dictionnaire synonyme des expressions.
    Imaginez un peu l’ampleur de la tâche : il y a des dizaines de milliers de locutions, de toutes sortes : cela ne peut pas se faire aussi facilement.
    Il faudrait un projet ficelé, une liste de départ, un programme informatique adapté aux besoins, des réponses aux problèmes qui ne manqueront pas de se poser...
    Il y a bien quelque chose sur Wiktionnaire, mais qu’est-ce que ça vaut ? /wiki/Cat%C3%A9gorie:Locutions_en_fran%C3%A7ais

    20
    user 201512
    11-04-2016
    Re : Dictionnaire synonyme des expressions.
    Il ne tient qu’à à [sic] nous de le faire, d’y participer, le site existe déjà :
    https://fr.wiktionary.org/wiki/Wiktionn … %99accueil
    il suffit d’y créer chacun notre expression, avec le(s) synonyme(s) qu’on connaît, et à chaque fois qu’on ouvre une page d’expression, d’en rajouter d’autres.
    À 65 millions de Français, le plus gros serait bouclé en 24 h si tout le monde participait. Dites-vous qu’à chaque fois que vous ajoutez un truc sur ce site, des millions de personnes le font aussi, et (encore plus...) en profitent.
    (Proposez votre expression sur "Wiktionnaire : Proposer un mot", ou créez la directement)

    Réponse de
    éponymie
    11-04-2016
    Re : Dictionnaire synonyme des expressions.
    […]
    Le problème est qu’un gros bataillon des millions de contributeurs se contenterait de copier ce qu’il aurait lu quelque part sur la Toile sans trop se donner la peine de vérifier. Combien de fois j’ai pu le constater dans le wiktionnaire : il est inévitable – difficile de ne pas tomber sur lui lors de recherches – mais à prendre avec des gants et deux paires de pincettes. […]
    Ce serait le meilleur moyen que votre dico soit le premier colporteur d’à-peu-près, préjugés et légendes en tous genres. Ce qu’il est peut-être déjà, je ne me permets pas de l’affirmer n’en étant pas un utilisateur invétéré.

    Les avis des usagers sont donc partagés : d’une part, ceux qui – de façon naïve – entrevoient dans le Wiktionnaire la possibilité de créer, rapidement et avec la collaboration d’usagers inconnus, de nouveaux outils lexicographiques ; de l’autre, ceux qui se méfient des compétences linguistiques et lexicographiques des usagers profanes. Ceux-ci se limiteraient à copier d’autres sources sans les vérifier, ce qui mènerait inévitablement à des recueils de préjugés et de stéréotypes.

    Cette problématique est reprise dans d’autres échanges. Pour certains le Wiktionnaire n’est pas au point mais on lui reconnaît le mérite d’évoluer et d’être dynamique :

    gb
    23-04-2006
    […] Le wiktionnaire, n’est certes pas du tout au point (la faute à la 8e édition du dictionnaire de l’AF, alors, qui constitue son principal point de départ) mais c’est un projet qui débute.
    Peut-être que ça donnera quelque chose d’intéressant (optimisme). Le wikipedia en général est – pour moi – plutôt acceptable. Et c’est un beau (et utopique) projet.
    Autres qualités : il y a une dynamique réelle, et des connexions intéressantes dans les notices, vers les langues régionales, et vers les langues étrangères.
    [...]
    (Le TLFi a quand même un gros défaut : il n’évolue pas et il a déjà une trentaine d’années je crois : on n’y trouve donc pas courriel qu’on trouve dans le wiktionnaire, lequel oublie malheureusement « candidater » et « praticité »)

    Les plus conservateurs, au contraire, insistent à plusieurs reprises sur l’inefficacité du principe même autour duquel le Wiktionnaire est élaboré :

    Pierre Enckell
    23-04-2006
    Re : mot français pour "interval act" / "Pausenfüller"
    Cher Gb, le principe même de wiki peut être intéressant. Mais les résultats sont en général peu convaincants.
    […]
    S’il faut que des linguistes et des lexicographes passent au peigne fin chacun des articles de ce wiktionnaire pour les corriger, je n'en vois vraiment pas l'utilité. […]
    Je le répète, une utilisation intelligente du système wiki consisterait à ajouter aux outils lexicographiques existants, et à les améliorer – sous la supervision de gens capables et dévoués, qui éviteraient qu'on y écrive des insanités. Mais je n’en connais pas qui voudraient se consacrer à corriger indéfiniment tout ce que peuvent écrire les autres. Ce serait un travail monstrueusement ingrat, et toujours à recommencer.

    Il est évident que, dans les deux dernières citations, deux façons d’envisager le travail lexicographique s’affrontent, celles-ci étant liées à deux représentations différentes de la norme : l’une plus novatrice et dynamique, représentée par ceux qui souhaitent des outils lexicographiques en mesure de refléter les évolutions de la langue même si cela équivaut à une perte sur d’autres plans (étymologique, grammatical ou autre), à savoir sur le plan normatif au sens traditionnel du terme ; l’autre plus traditionnelle, mise en avant par les usagers les plus experts qui dénigrent la valeur du Wiktionnaire du fait de ses inexactitudes et qui plaident pour un contrôle constant de cet outil de la part des lexicographes professionnels, ce qui en ferait un double d’autres outils déjà existants.

    Au cours d’un échange au sujet de la féminisation, l’étymologie de cafetière signalée par le Wiktionnaire est le prétexte pour des considérations au sujet de sa crédibilité et de sa nature même :

    Ylou a écrit :
    Un cafetier.... mais une cafetière ?!
    Hélas...
    Je cite l'étymologie du wiktionnaire à ce sujet :
    Jusqu’au XIXe siècle, la cafetière était le féminin de cafetier, celle qui tenait une caféterie, un lieu où boire du café. Le sens a ensuite glissé sur l’appareil pouvant faire du café.

    P'tit prof
    11-05-2015
    Re : Mot "agente" en milieu professionnel
    Le wiki a encore frappé !
    le Tfi donne l'étymologie suivante pour cafetière :
    Prononc. et Orth. : []. FÉR. 1768 écrit caffetière. Étymol. et Hist. 1. [N'est pas attesté en 1685 dans Ph. S. DUFOUR, Traitez nouveaux et curieux du café, du thé, et du chocolate, Lyon, p. 183]; 1690 « appareil pour préparer l'infusion de café » (FUR.) ; 2. 1708 caffetiere « vase destiné à servir le café sur la table » (FUR.). […]
    La cafetière a toujours été un objet.

    yd
    11-05-2015
    Re : Mot "agente" en milieu professionnel
    C’est bien ce que je me disais : c’est sur le TLFi qu’il faudrait pouvoir travailler au moins autant que sur Wikipédia, qui n'a pas la vocation qu'il prétend à un dictionnaire*. […]
    * Je rectifie : le dictionnaire de Wikipédia est souvent utile comme outil mis à jour, qui attend pas que tout soit absolument sécurisé. Moi j’appelle ça un lexique, mais cette terminologie n’est pas forcément elle-même canonique. Pour moi un dictionnaire a vocation à faire référence, et un lexique plutôt à servir d'outil transitoire. Wikipédia prétend aux deux à la fois, et je pense qu’il a tort.

    Si l’on reconnaît au Wiktionnaire l’avantage d’être à jour, on lui enlève tout de même l’étiquette de « dictionnaire » du fait de l’impossibilité à le considérer comme une référence normative, qualité que l’on reconnaît au TLF.

    Il est toutefois possible de relever quelques exceptions, le forum étant composé d’usagers hétérogènes : l’échange au sujet de la féminisation contient aussi une intervention où l’on met à l’écart l’Académie française, l’on ironise sur le TLFi et l’on souligne l’aptitude du Wiktionnaire à saisir les évolutions de la langue :

    greg
    17-05-2015
    Re : Mot "agente" en milieu professionnel
    […]
    On peut bien sûr dire une professeur et la remarque du TLFI à ce sujet est du plus haut comique : on le dit mais on ne l’écrit pas.
    Or si, justement, ça se dit et ça s’écrit.
    D’ailleurs Wiktionnaire précise à l’entrée professeure : « En France, l'usage tend à privilégier la forme épicène un/une professeur. L’Académie française ne reconnaît pas l’usage du mot. »
    Étant entendu que l'avis de l'Académie, on s’en fout.
    Dans francesoir.fr du 22 avril 2015 : « Limoges : une professeur d'allemand suspendue pour avoir fait l'apologie du nazisme ».
    Dans lefigaro.fr du 15 avril 2015 : « Vingt ans après le scandale, la professeur et son élève sont mariés et parents ».

    Les citations tirées de la presse, média qui fonctionne comme une référence du point de vue de la langue (signalons, par ailleurs, que Le Figaro est considéré en général comme un quotidien conservateur du point de vue linguistique aussi), confirment les commentaires du Wiktionnaire. La représentation de ce dernier en tant qu’outil à même de capter les évolutions de la langue et de refléter, de la sorte, l’image d’une langue en mouvement en est renforcée.

    Les nombreuses évaluations négatives n’empêchent pas de reconnaître quelques mérites au Wiktionnaire qui paraît être bien à jour sur le plan des néologismes. Le besoin d’un dictionnaire à même de recenser les néologismes les plus récents est ressenti par plusieurs usagers qui souhaitent une prise en compte de la part des dictionnaires des mots qu’on ne connaît pas plutôt que des mots de la langue commune. Le Wiktionnaire paraît répondre à cette exigence mieux que les autres dictionnaires qui n’accueillent les néologismes qu’une fois qu’ils ont atteint une fréquence élevée :

    gb
    11-03-2009
    Re : le verbe interpeller
    […]
    C'est bien pourquoi il faudrait des dictionnaires à jour...
    Celui de TV5 ne dit mot de « interpeler » ; le Wiktionnaire, pour le moment généralement peu intéressant c’est exact (mais il enregistre tout de même des mots absents ailleurs), donne bien la forme « interpeler » : même chose pour le dictionnaire de l’AF, dernière éd. qui l’indique en vedette (mais ne l’utilise jamais dans les exemples, alors qu’elle les forge à volonté) : on n'a donc pas « faux » si on écrit « interpeler » ; mais on risque de devoir se justifier assez souvent, ce qui n'est pas guère amusant... […]

    La possibilité pour le Wiktionnaire de fonctionner en tant que plateforme apte à refléter les néologismes est aussi reconnue par Pierre Enckell, usager normalement hostile à l’égard du dispositif wiki :

    Pierre Enckell†
    22-03-2010
    Re : "accident de la route" et "accident de route" (+ parsing en français)
    givan a écrit :
    Alors, j'ose proposer le verbe « parser » et les substantifs « parseur » et « parsage ». Qu’est-ce que vous en dites ?
    Pourquoi pas ? Le verbe parser et le substantif parseur figurent depuis 2007 dans le wiktionnaire, qui remplit ici sa tâche de recensement de nouveaux mots (alors qu’il est nul pour les autres). Parsage s’y ajoute tout naturellement. […]

    Les néologismes sont donc le seul espace où lexicographie profane et lexicographie professionnelle trouvent un point de rencontre. L’insistance de Enckell sur les faiblesses du Wiktionnaire se déploie de façon transversale dans de nombreux billets, ce qui permet de remarquer les liens dialogiques qui se tissent dans le forum. Ces liens sont d’autant plus importants qu’ils participent du processus de construction des représentations : loin de suivre un parcours linéaire, celles-ci sont élaborées à la manière d’un casse-tête dont les pièces s’enchevêtrent de façon progressive par le biais de reprises et de reformulations.

    Les usagers n’oublient pas non plus de signaler les fautes des autres dictionnaires, que ce soit l’Académie ou le TLFi, manifestant ainsi une sensibilité normative particulièrement aiguë. Parfois le Wiktionnaire est aussi plus attentif que l’Académie :

    Abel Boyer
    24-05-2015
    Re : nihil obstat
    Voilà une belle trouvaille, 'glop'.
    Même le Wiktionnaire, tout en citant l’Académie, ne la suit heureusement pas et a rectifié l’expression.
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Imprimatur
    Vous devriez avertir l'Académie de sa bévue pour qu’elle corrige.

    La reconnaissance des limites des dictionnaires en général permet de rééquilibrer la valeur des outils en jeu :

    Réponse de
    oliglesias
    22-11-2014
    Re : Défausser
    […]
    Malgré tout, et même si le Tlfi n’est pas infaillible, il est très étonnant qu'ils n'aient pas précisé le glissement sémantique de ce verbe. […]
    Et rien que pour ça, ce sujet est intéressant parce qu'il nous montre justement qu'aucun dictionnaire n'est fiable à 100%, et ça, même si beaucoup de gens en sont conscients, c'est quelque chose qu'ignorent ou oublient beaucoup d'autres personnes qui prennent ces dictionnaires comme une référence infaillible. […]

    Le choix des dictionnaires à employer fait aussi l’objet de la question posée par un intervenant dans la section Promotion linguistique du Forum : Le meilleur dictionnaire (25-06-2012). Nous rapportons un extrait de l’échange ci-dessous :

    sopran
    25-06-2012
    Sujet : Le meilleur dictionnaire
    Bonjour,
    Quel est selon vous le meilleur dictionnaire de langue française ? Le dictionnaire de l'académie, le Littré, le Tlf, le Larousse, le Robert... ? Quels sont les défauts et les qualités de ceux que je viens de citer ? J’avais pour habitude de consulter le site Cnrtl où je jonglais entre le tlf et le dictionnaire de l’académie, mais je viens de découvrir le Littré dont les définitions m’ont semblé plus simples et malgré tout éclairantes.

    Réponse de
    regina
    25-06-2012
    Re : Le meilleur dictionnaire
    Littré est mort en 1881. Vous ne trouverez donc dans ce dictionnaire de qualité ni les nouveaux termes entrés depuis dans notre langue ni les nouvelles acceptions pour des termes qui connaissent des évolutions de sens. Les citations, par force, ne reflètent que les emplois anciens.
    Mais ce dictionnaire vous donnera de précieuses indications sur notre langue telle qu’elle était parlée et écrite au XIXème siècle ou avant.

    Réponse de
    Bookish Prat
    25-06-2012
    Re : Le meilleur dictionnaire
    […] Si vous oubliez de mentionner l’usage que vous en ferez et quelques autres détails (quel prix, quelle taille, quel niveau scientifique, l’époque concernée, etc.) votre quête sera celle d’un objet idéal (virtuel ou sur papier) que vous n’êtes pas près de rencontrer. Pour ma part, je vous conseille de tous les acheter […] Apprenez à vous servir des lexiques spécialisés (souvent polyglottes) qui y abondent et ne faites aveuglément confiance à personne (surtout pas à Wikipedia, que vous n’omettrez pourtant pas de consulter), lexicographes compris, professionnels ou non.
    […]

    Réponse de
    Ysaur
    25-06-2012
    Re : Le meilleur dictionnaire
    […]
    Sage conseil !  ;-)
    C’est exactement ce que je fais, afin d’avoir la possibilité, pour chaque recherche, d'avoir différentes occurrences qui me permettent, par comparaison et par additionnement, d’avoir les meilleures et plus complètes définitions. Et, en conservant les éditions précédentes, je peux retrouver des mots qui ne figurent plus dans les actuelles.
    […]

    Réponse de
    Ridder
    02-07-2015
    Re : Le meilleur dictionnaire
    […]
    Cela dit, depuis que je n’habite plus la France, je suis obligé d’acheter des livres sur Internet.
    En ce moment, je consulte le plus souvent
    http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais.
    Plus rarement,
    http://www.cnrtl.fr/definition/.
    De temps en temps, je consulte
    http://littre.reverso.net/dictionnaire-francais/ pour voir si on lie la dernière consonne d’un mot. Oui, ce dictionnaire est suranné, mais c’est ce que j’aime : en ce qui concerne la langue, je suis très conservateur.
    […]

    Cet échange est révélateur à plusieurs égards. Premièrement, l’on remarquera les compétences des usagers qui, loin de positionner tous les dictionnaires sur le même plan, sont en mesure d’opérer des différences entre les outils lexicographiques mentionnés, en prenant en compte des critères pertinents tels que leur datation, l’usage qu’on compte en faire, les mots qu’on envisage de chercher, les niveaux de langue auxquels les mots appartiennent, etc. Cependant, les compétences dont ils font preuve empêchent de considérer les usagers, dont nous avons étudié les interventions, comme appartenant à la catégorie des « usagers totalement profanes ». Il serait important d’intégrer des distinctions à l’intérieur de cette catégorie que les données du forum ne permettent malheureusement pas de prendre en compte.

    Deuxièmement, c’est le décalage entre pratiques et représentations qui ressort : même si l’on reconnaît que la toile sera probablement le futur de la lexicographie, les préférences des usagers portent, encore une fois, sur les dictionnaires traditionnels (TLF, Académie, Littré, suivis des dictionnaires Robert et Larousse). Cela n’empêche pas les usagers d’employer aussi des dictionnaires en ligne, collaboratifs ou pas, dont la consultation est considérée comme indispensable sans pour cela leur accorder une confiance aveugle. Bien au contraire, c’est le croisement entre les informations de plusieurs dictionnaires qui est souhaité. Entre parenthèses, il est aussi important de souligner un changement du rôle des usagers, dont les compétences les amènent à porter un regard très pragmatique sur les dictionnaires, autrefois considérés comme une autorité.

    3.2 Représentations du lexique non hexagonal dans le Wiktionnaire

    Afin de vérifier la mise à jour du Wiktionnaire et de voir comment il contribue à l’élaboration de nouvelles normes linguistiques, nous avons procédé à une comparaison du traitement de quelques formes lexicales appartenant aux variétés du français circulant dans l’espace francophone dans le Wiktionnaire et dans d’autres outils lexicographiques. La section « Régionalismes » contient 8 sous-catégories consacrées au « français à travers le monde » : français d’Afrique, français d’Amérique du Nord, français d’Amérique du Sud, français des Antilles, français d’Europe, français d’Océanie, français du Liban, français des TAAF (Terres australes et antarctiques françaises). À leur tour, celles-ci sont articulées en d’autres catégories. Le français d’Afrique, par exemple, contient les pages dédiées au français du Benin, du Burkina Faso, du Cameroun, du Congo-Brazzaville, du Congo-Kinshasa, de la Côte d’Ivoire, du Gabon, de Guinée, de l’Ile Maurice, du Madagascar, du Maghreb, du Mali, de la Mauritanie, de Mayotte, du Niger, du Rwanda, de la République Démocratique du Congo, du Sénégal, du Tchad et du Togo. Les pays représentés sont donc plus nombreux que les pays pris en compte par la Base de données lexicographiques panfrancophone7. La nomenclature pour chaque pays, cependant, est moins riche (la section Congo Brazzaville, par exemple, contient 10 articles dans le Wiktionnaire contre les 850 fiches lexicales de la BDLP ; pour le Québec, on compte 1627 articles contre les 3384 fiches de la BDLP). Il n’en reste pas moins que les nomenclatures sont plus proches de l’actualité linguistique que celles de la BDLP, celles-ci n’étant plus mises à jour depuis désormais une dizaine d’années8.

    C’est ainsi que l’on retrouve, dans la section consacrée au Québec, des néologismes et des exemples récents. Considérons, par exemple, le champ lexical qui apparaît autour du néologisme clavardage : le Wiktionnaire signale clavarder, clavardoir, clavardesque et clavardeur,-euse9. Or, non seulement tout le champ lexical est absent de la BDLP mais la nomenclature du Wiktionnaire signale aussi les formes moins attestées par rapport au dictionnaire Usito où l’on signale seulement clavarder et clavardeur. Il en va de même pour divulgâcheur : la forme verbale divulgâcher ne fait pas partie de la nomenclature d’Usito, dictionnaire dont le but consiste à décrire le français québécois de référence (CAJOLET-LAGANIÈRE, D’AMICO, 2014)10.

    Même dans les cas où les mots sont présents dans le Wiktionnaire et dans la BDLP, les exemples du premier sont souvent plus récents, ce qui témoigne de son aptitude à refléter la langue telle qu’elle est parlée actuellement.

    Néanmoins, dans les entrées qui font partie de la section « français du Québec », l’emploi des marques de registre n’est pas systématique, ce qui peut engendrer des représentations fautives : les néologismes et le registre familier notamment ne sont signalés par aucune marque. Dans la section québécoise, en effet, plusieurs voix reflètent le français québécois parlé : par exemple les déformations phonétiques qui caractérisent le français québécois populaire sont intégrées dans la nomenclature, ce qui peut confondre l’usager non expert. C’est le cas de enarvé où l’on retrouve l’ouverture de la voyelle /ε/ typique du registre populaire ou du verbe ostiner et de son dérivé ostineux où l’on assiste à la chute de la consonne /b/ et à l’emploi du suffixe évaluatif –eux (LÉARD 1995 : 61-62 ; POIRIER 1998). Dans les deux cas, aucune marque n’est cependant employée pour indiquer l’appartenance à un registre familier. Il en va de même avec le verbe enfarger accompagné de la marque de registre fam. dans Usito, mais considéré comme neutre par le Wiktionnaire.

    Parfois les marques de registre ne correspondent pas complètement : le substantif comprenure est précédé de la marque familier à la fois dans le Wiktionnaire et dans Usito mais, contrairement à ce dernier, le Wiktionnaire ne signale pas qu’il s’agit d’un emploi rare.

    Les anglicismes rendent compte du même phénomène : look, par exemple, est signalé en tant qu’anglicisme mais aucune remarque n’indique qu’il s’agit d’un anglicisme critiqué, ainsi que le signale Usito ; goaleur, en revanche, fait partie de la nomenclature du Wiktionnaire mais est exclu d’Usito.

    Le traitement des articles n’est donc pas uniforme, ce qui aboutit à des représentations inexactes et confuses du français québécois. Malgré la tradition lexicographique québécoise importante, les articles concernant la variété québécoise ne témoignent pas à notre sens de la volonté de définir les contours d’un français québécois standard mais plutôt de refléter la langue parlée. Cela contribue à renforcer la représentation stéréotypée du français québécois en tant que variété orale et à le situer à un niveau inférieur par rapport au français hexagonal, considéré comme variété de référence.

    Pour ce qui est des autres variétés francophones, les pages concernant les variétés africaines sont encore très réduites, ce qui peut être mis en relation avec plusieurs facteurs, tels qu’une connaissance partielle de ces variétés, ce qui impliquerait une participation mineure des usagers à l’élaboration ou à la correction des articles.

    En revanche, souvent les articles du Wiktionnaire contiennent aussi des renvois aux autres pays francophones, ce qui permet d’observer la circulation lexicale au cœur de l’espace francophone. Parfois, ils signalent aussi les expressions synonymiques employées dans d’autres pays :

    Chogobiter
    Étymologie[modifier]
    Étymologie manquante ou incomplète. Si vous la connaissez, vous pouvez l’ajouter en cliquant ici.
    De chogobit, avec le suffixe verbal -er.
    Verbe [modifier]
    chogobiterʃɔ.ɡɔ.bi.teintransitif1er groupe (conjugaison)
    (Burkina Faso) Parler comme un Français, avec le R uvulaire à la place du R roulé, ou une intonation plate.
    En effet, lorsqu’on demande à un informateur de chogobiter, c’est-à-dire d’imiter la manière de parler des Français, c’est presque instinctivement, il cherche à modifier le volume de son appareil phonatoire et insiste sur les vibrantes. — (A. Batiana, « Chogobit et / ou Gros mots : Quelques remarques sur la norme et le lexique du français au Burkina Faso », dans Inventaire des usages de la francophonie : nomenclatures et méthodologies, 1993)
    Quasi-synonymes[modifier]
    fransquillonner(Belgique)
    parler en cul de poule(Canada)(Familier)
    parler pointu
    perler(Canada)(Familier)
    pincer son français

    4. Quelles perspectives pour le futur ?

    L’analyse que nous avons menée permet d’envisager plusieurs conclusions. Premièrement, l’on remarquera qu’une ligne de partage nette entre lexicographie traditionnelle et lexicographie 2.0 ou collaborative est désormais impossible à tracer. La direction souhaitée par les usagers communs semble privilégier plutôt une confrontation, voire une intégration des deux approches.

    Deuxièmement, l’étude des représentations qui se dégagent autour des dictionnaires collaboratifs aboutit à des résultats hétérogènes : le seul dictionnaire collaboratif exploité de manière systématique est le Wiktionnaire mais les évaluations des usagers sont rarement positives. Bien au contraire, l’on relève en général un manque de confiance par rapport à ces nouveaux outils lexicographiques. Cette méfiance est à mettre en relation, non pas avec le support, mais avec les compétences des utilisateurs qui participent de l’élaboration des articles. Étant donné qu’un système de contrôle visant à sauvegarder la qualité du Wiktionnaire vient d’être proposé et appliqué, il serait souhaitable non seulement que ce nouveau système soit appliqué, mais aussi qu’il soit connu par les usagers, ce qui permettrait d’améliorer les représentations en jeu. Cette première typologie de représentations coexiste, toutefois, avec d’autres représentations plus axées sur la capacité du Wiktionnaire à fonctionner en tant que miroir de la langue actuelle : en d’autres termes, le Wiktionnaire serait plus accueillant que les dictionnaires traditionnels à l’égard des néologismes et contribuerait, de ce fait, à l’élaboration de représentations d’un français dynamique, capable d’évoluer au fil du temps. Quant à la section du Wiktionnaire consacrée aux variétés de français parlées dans l’espace francophone, nous n’avons pas relevé de commentaires de la part des usagers. Il nous semble toutefois que le choix de la nomenclature ainsi que le traitement des articles sont trop hétérogènes pour qu’on puisse prendre en compte une éventuelle décentralisation des représentations concernant la norme.

    Ceci dit, les représentations à l’égard du Wiktionnaire rendent compte d’une tension entre la volonté du respect de la norme et le désir de saisir les nouvelles tendances de la langue, à savoir entre un sentiment d’insécurité linguistique – qui amènerait à chercher des normes stables – et un sentiment de sécurité – lequel, au contraire, traduirait la volonté de saisir les évolutions de la langue. Il serait intéressant de vérifier dans le futur si les représentations des usagers vont avoir un impact sur le travail des lexicographes traditionnels. Il n’en reste pas moins que les dictionnaires collaboratifs introduisent un changement radical dans la représentation du français en tant que langue sacrée à respecter, dans la mesure où des sujets anonymes s’octroient le droit de rédiger des articles de dictionnaires, en proposant eux-mêmes des définitions.

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    https://www.usito.com (dernière consultation : octobre 2017).

    1
    C’est l’auteur qui souligne.

    2
    L’importance de la lexicographie digitale est telle qu’elle a fait l’objet, ces dernières années, de plusieurs études et colloques (L’HOMME, CORMIER 2014 : 331-332).

    3
    http://www.languefrancaise.net/forum/ (dernière consultation : juillet 2017).

    4
    https://fr.wiktionary.org/wiki/Wiktionnaire:Page_d’accueil (dernière consultation : juillet 2017).

    5
    Signalons le cas extrême de l’échange ayant pour titre « Définitions fantaisistes » où les usagers proposent, dans un esprit totalement ludique, des définitions inventées de mots existants, sans jamais consulter les dictionnaires (http://www.languefrancaise.net/forum/viewtopic.php?id=1627, dernière consultation : juillet 2017). Par ailleurs, la tendance à proposer des définitions inventées possède des prédécesseurs illustres : il suffit de citer le Distractionnaire (GALISSON, PORCHER 1986), Le dicodingue (LAMBERT 1998) ou encore Le petit fictionnaire illustré. Les mots qui manquent au dico (FINKIELKRAUT 2006).

    6
    Les extraits du forum seront cités tels quels. Aucune correction ne sera apportée.

    7
    Dorénavant BDLP. Voir www.bldp.org

    8
    La datation des dernières mises à jour change selon la base de données prise en compte.

    9
    Voici les définitions du Wiktionnaire : Clavardage : conversation, communication textuelle en temps réel sur internet ; Clavarder : converser, communiquer textuellement en temps réel sur internet ; Clavardoir : salle virtuelle de discussion sur un réseau de clavardage ; Clavardesque : sur le mode du clavardage ; Clavardeur, -euse : personne qui clavarde. À propos de claverdesque, il est important de signaler que son usage est, en général, très restreint : proposé par l’Office québécois de la langue française, il n’est repris que par le Wiktionnaire et par le Cordial et une recherche dans la base de données Europresse prouve que l’adjectif revient une seule fois (MERCIER, Justine, « Le clavardage a son propre dialecte », Le Droit, 20 septembre 2008).

    10
    https://usito.com

    Per citare questo articolo:

    Chiara MOLINARI, Nouvelle lexicographie vs anciennes représentations, Repères DoRiF n. 14 - Dictionnaires, culture numérique et décentralisation de la norme dans l’espace francophone , DoRiF Università, Roma dcembre 2017, http://dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=381

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