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Stefano VICARI

Compte rendu : Roberto Paternostro, 2016, « Diversité des accents et enseignement du français. Les parlers des jeunes en région parisienne », L’Harmattan, collection « Laboratorio@francesisti.it »

L’ouvrage de Roberto Paternostro nous présente les recherches que l’A. a menées dans le cadre du projet franco-britannique Multicultural Paris French (MPF), dont l’objectif général est de mesurer les influences éventuelles de l’immigration sur la langue française dans le parler des jeunes résidant à Paris et en Île-de-France.

Dans le premier chapitre, l’A. présente une description générale de l’intonation du français. Il passe donc au crible des notions telles que celles d’intonation, d’accent, de contours intonatifs, de mélodie, etc. et focalise son attention sur le rôle de la prosodie dans les différentes dimensions de la langue et sur ses fonctions (distinctive, significative et expressive). C’est ainsi que l’A. met en évidence le rôle joué par la prosodie sur l’expressivité, ce qui permet de la considérer comme une « voie d’accès privilégiée à la reconstruction et à l’interprétation de la langue en contexte » (p. 24).

Le deuxième chapitre est consacré à la présentation détaillée du projet MPF, qui constitue le volet français d’un projet de plus ample envergure et qui porte également sur l’analyse des parlers des jeunes anglophones dans la région londonienne (Multicultural London English). Après avoir rappelé l’objectif du projet, l’A. nous rappelle que les jeunes de banlieue cumulent toute une série de caractéristiques sociales qui font de leur parler un observatoire privilégié d’innovation et de changement linguistique (issus de couches sociales défavorisées, ils appartiennent à des réseaux de socialisation extrêmement denses, caractérisés par des échanges oraux informels). Le corpus, constitué de 65 heures, pour un total de 780000 mots, a été recueilli par une vingtaine d’enquêteurs dans certains arrondissements parisiens et dans 30 communes de la région Ile-de-France à travers la méthode des réseaux d’interconnaissances.

Le troisième chapitre nous offre un panorama tant exhaustif que détaillé du cadre théorique dont l’A. se sert pour l’analyse des données ainsi recueillies. Le fait de considérer le parler des jeunes comme une « pratique linguistique » permet à l’A. d’insister sur le caractère situé et contextualisé de cette pratique et, par là, de prendre en compte toute une série de critères pragmatiques (type d’activité, relations entre les participants aux échanges) caractérisant les échanges entre les jeunes. Dans ce modèle pragmatique, le français standard ne serait qu’une variété située, « un possible variationnnel » (p. 47) dans une échelle qui va de la proximité maximale à la distance maximale. C’est justement cette notion de proximité qui permet d’introduire, dans la suite, celle de style de parole emphatique : le patron mélodique montant-descendant caractérise en effet aussi l’expression de l’émotivité et ce constat permet à l’A. d’avancer l’hypothèse selon laquelle l’accent de banlieue serait « moins l’expression d’une exclusion sociale ou d’un malaise identitaire » qu’un « recours à des modèles attestés et courants, mais employés dans des cadres inattendus » (p. 49).

Dans le chapitre suivant, l’A. expose le corpus de travail, constitué de trois entretiens, tout comme les contraintes et les critères de sélection de ce corpus restreint par rapport à la totalité des données recueillies et traitées dans le cadre du projet MPF. Ces contraintes étant liées essentiellement aux exigences de faire dialoguer les trois disciplines qui nourrissent cette recherche, à savoir la phonétique expérimentale (bonne qualité audio pour effectuer les analyses acoustiques), la sociolinguistique (respect de l’écologie des échanges enregistrés) et la didactique du FLE (choix de documents audio bien audibles), dont les intérêts et les méthodes sont souvent difficiles à concilier.

Afin de montrer l’hypothèse selon laquelle non seulement « les contours montants-descendants, souvent considérés comme représentatifs de l’accent de banlieue parisienne, possèdent des caractéristiques similaires aux contours emphatiques » (p. 80) mais aussi que les locuteurs sont en mesure de reconnaître un style de parole emphatique, l’A. élabore un test de perception composé de deux parties : l’une devrait permettre aux « juges » de distinguer entre extraits de parole neutres et emphatiques et l’autre de distinguer entre contours intonatifs montants-descendants emphatiques et « de banlieue ». Suite aux questions méthodologiques, l’A. présente les résultats des analyses qui montrent bien, entre autres, que les contours emphatiques et de banlieue, loin de représenter deux phénomènes distincts, peuvent être considérés comme « un même phénomène se situant sur un continuum, compte non tenu des évaluations sociales associées » (p. 102).

Le sixième chapitre est consacré à la modélisation acoustique des deux types de contours intonatifs sur la base des perceptions des locuteurs et de l’auteur. Pour ce faire, des analyses acoustiques et statistiques ont été effectuées à l’aide du logiciel Praat et, de manière générale, semblent confirmer les résultats des tests de perception : il s’agirait d’un seul contour, appelé par l’A. « emphatique », caractérisé par le patron mélodique montant-descendant avec des taux de montée et de descente intonative particuliers (5,05 dt et -4,35 dt). L’effet « banlieue » est alors à rattacher à des paramètres pragmatiques plus complexes, qu’il faudra intégrer aux données purement formelles.

Les trois derniers chapitres constituent le volet didactique de l’ouvrage de Paternostro. Dans le septième chapitre, après avoir montré les caractéristiques de la présence, ou plutôt l’absence, de remarques sur la variation phonétique dans les méthodes FLE, l’A. montre l’intérêt du corpus MPF pour la didactique de la prononciation en FLE : l’emploi de ces données authentiques en cours de FLE serait en effet utile dans le cadre d’un éveil à la variation, surtout diaphasique. Dans ce but, dans le huitième chapitre, Paternostro propose une activité pédagogique autour d’un travail de « transcodage », où l’on demande aux apprenants de transcrire des extraits audio. Ce type d’activité est alors justifié sur la base de nombreuses recherches discutées par l’A. et intégré dans le cadre d’une démarche de compréhension du document authentique qui va du global au particulier, tout en s’appuyant sur les compétences socio-langagières que les apprenants possèdent déjà dans leur L1. Dans le dernier chapitre, l’A. présente la mise en place de l’activité pédagogique dans un laboratoire de langues de l’Université de Genève avec un public d’étudiants de niveau intermédiaire-avancé inscrits aux Cours d’été. Les résultats obtenus des questionnaires d’évaluation non seulement encouragent la poursuite d’expériences de ce genre mais aussi ils permettent de mettre en évidence l’utilité d’intégrer des activités portant sur la variation phonétique en classe de FLE.

Per citare questo articolo:

Stefano VICARI, Compte rendu : Roberto Paternostro, 2016, « Diversité des accents et enseignement du français. Les parlers des jeunes en région parisienne », L’Harmattan, collection « Laboratorio@francesisti.it », Repères DoRiF n. 15 - Au prisme de la voix. Hommage à Pierre Léon - coordonné par Enrica Galazzi et Laura Santone, DoRiF Università, Roma mars 2018, http://dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=399

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