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Dorothée AQUINO-WEBER

Panorama de la description des diatopismes du français de Suisse romande de 1691 à nos jours

Dorothée Aquino-Weber
Université de Neuchâtel / GPSR
dorothee.aquino@unine.ch

Résumé

Cet article retrace l’histoire de la description des particularismes lexicaux du français de Suisse romande dans les ouvrages élaborés en Suisse et s’articule en trois sections principales, selon un critère temporel. La première concerne les ouvrages qui initient ce mouvement et s’échelonne sur une large période qui va de 1691, date de la parution du recueil de Poulain de la Barre, à la seconde moitié du XIXe siècle. La deuxième évoque l’essor d’une lexicographie de type scientifique, entre le milieu du XIXe siècle le premier quart du XXe siècle. La troisième décrit l’avènement d’une lexicographie différentielle légitimée à partir du dernier tiers du XXe siècle.

Introduction

Comme pour l’ensemble des régions de la francophonie, la description lexicale des diatopismes du français de Suisse romande a connu plusieurs étapes dépendant aussi bien des spécificités de l’implantation du français dans cette région, du rapport des différents auteurs avec le français dit de référence1 que de l’évolution de la science lexicographique. Dans cet article, nous nous proposons de revenir sur l’histoire de l’enregistrement de ces particularismes lexicaux dans les ouvrages suisses romands2, sur le discours que construisent autour d’eux leurs auteurs et de montrer ce que cette prise en compte a impliqué et implique encore dans le regard porté sur la variation diatopique.

Pour organiser notre propos, nous avons réparti les productions répertoriant les diatopismes du français de Suisse romande dans trois catégories temporelles, ce qui permet de les situer dans le contexte lexicographique de leur époque. La première phase concerne les ouvrages qui initient ce mouvement ; elle s’échelonne sur une large période allant de 1691, date de la parution de l’Essai des remarques particulières sur la langue françoise, pour la ville de Genève de Poulain de la Barre3, à la seconde moitié du XIXe siècle (1). La deuxième débute avec la naissance d’une lexicographie de type scientifique, au milieu du XIXe siècle, et se poursuit au XXe siècle (2). Quant à la troisième, elle s’ouvre dans le dernier tiers du XXe siècle et voit l’avènement d’une lexicographie différentielle légitimée (3). Au sein de ces trois ensembles, nous présentons les ouvrages ou groupes d’ouvrages suisses romands dans lesquels ont été répertoriés des diatopismes de cette région, nous en montrons les caractéristiques principales et observons le dialogue qui s’instaure entre eux au fil du temps et malgré des positions idéologiques parfois divergentes et des moyens technologiques en constante évolution.

1. Les débuts de la description des diatopismes du français de Suisse romande

Si la description des particularités lexicales suisses romandes commence effectivement en 1691 avec l’ouvrage de Poulain de la Barre (cf. ci-dessous 1.1.), ce n’est qu’au tournant du XIXe siècle que cette pratique prend une réelle importance quantitative au moment où, partout en Europe, se constituent les identités nationales4. Selon KNECHT, la Suisse romande développerait à ce moment-là une « conscience identitaire de “Suisse française” » 5 (2004 : 123) qui lui ferait, dans une large mesure, partager les mêmes aspirations idéologiques et linguistiques que la France et promouvoir massivement la suprématie du français et de sa culture sur son territoire au détriment des variétés linguistiques stigmatisées comme les patois mais également les langues régionales. Dans cet environnement socio-culturel, l’instrument majeur de propagation d’un français que l’on rêve unique et universel est l’enseignement. Apparaissent alors, et ce, pour l’ensemble de la francophonie historique – la France, le Québec, la Belgique et la Suisse –, toute une série d’ouvrages correctifs à visée pédagogique qui se placent majoritairement dans la lignée des Remarques de Vaugelas ou des Gasconnismes corrigés de Desgrouais6. La plupart d’entre eux s’intéressent au lexique et à l’ensemble des usages non-conventionnels, en particulier aux « fautes », aux régionalismes et, dans une moindre mesure, aux expressions populaires ou argotiques7.

En Suisse romande, ces ouvrages sont nombreux et peuvent être répartis en deux groupes : dans le premier (1.1.) ne figure que l’essai de Poulain de la Barre qui est clairement influencé par Vaugelas et quise positionne de manière particulière dans le paysage des productions suisses romandes, tandis que, dans le second (1.2.), se placent des recueils généralement prescriptifs qui, dans l’ensemble, peuvent être apparentés au travail de Desgrouais et dont l’objectif principal est le « réalignement des français régionaux sur le français de France » (MERCIER, 2008: 62).

1.1. Poulain de la Barre le précurseur

La première monographie répertoriant des diatopismes du français de Suisse romande ou « le plus ancien des traités qui se proposent d’améliorer notre français » comme le décrivent L. GAUCHAT et J. JEANJAQUET dans leur Bibliographie linguistique de la Suisse romande (1920, n. 1923), est signée François Poulain de la Barre. Réfugié à Genève après la Révocation de l’Édit de Nantes et poussé par le constat de la variabilité des langues et par l’envie que Genève se dote d’une académie « à l’exemple et sur le modéle de l’Académie de Paris » (POULAIN, 1691: 9), cet auteur et professeur de langue d’origine parisienne publie en 1691 un Essai des remarques particulières sur la langue françoise, pour la ville de Genève :

Les Langues vivantes ne sont guéres plus constantes que les Modes. Et elles sont sujettes à tant de variations & de changemens dans la prononciation, dans les mots, dans les frases & dans le stile ; que pour remédier à cét inconvenient, l’on est obligé de tems en tems de faire des Remarques sur la langue, pour avertir des defauts que l’on croit particuliers à certains Peuples, par exemple aux Parisiens, aux Normans, aux Picards, aux Gascons. Or comme je ne sache point qu’aucun encore ait pris ces avertissemens là en mauvaise part ; Il n’y a pas non plus d’apparence que Messieurs de Geneve, trouvent à redire qu’on leur fasse remarquer la plupart des fautes qui se font dans leur ville contre la pureté de la Langue Françoise. (ibid.: 6)

Ce petit texte8 est très différent des travaux de ses successeurs, non seulement en raison de sa date de publication très précoce – le premier véritable recueil de cacologies regroupant des locutions jugées contraires au bon usage ne paraîtra qu’en 1790 également à Genève – mais aussi parce qu’il s’inscrit très nettement dans la ligne des productions des remarqueurs français, ce qui sera rarement le cas des ouvrages suisses romands plus tardifs. Knecht (2004 : 121) démontre, grâce à l’analyse de la préface du texte, qu’il est possible de déceler chez cet auteur une « attitude caractéristique des remarqueurs » et ainsi de placer l’essai dans la « filiation directe » des Remarques de Vaugelas.

Dans le corps du texte, les « fautes » relevées par Poulain sont classées en sept catégories (Des Mots qui sont hors d’usage, Des Mots impropres, Un Genre pour un autre, Un Mode pour un autre, De la Prononciation, De la Prosopopée, De l’Affirmation) et font l’objet de remarques comme dans l’exemple suivant : « Enfle, pour enflé. (Il a les jambes enflées. Il a le ventre enflé comme un Tambour. Vous avez les joües bien enflées) ». À la suite de la forme considérée comme fautive est donné son équivalent du français de référence, le plus souvent sans commentaire linguistique. Selon Knecht Poulain « s’est montré bon observateur » (2004 : 123) – les particularités relevées réapparaîtront en effet dans des ouvrages ultérieurs comme c’est le cas pour enfle – mais son texte, resté confidentiel et dont « aucune réimpression ni imitation n’a été signalée » (ibid.) n’influencera pas ses successeurs.

1. 2. Les recueils de cacologies entre description et proscription9

En Suisse romande, le véritable essor des recueils de cacologies10 commence avec le XIXe siècle et la parution du tableau de Merle d’Aubigné contenant des « expressions & constructions vicieuses » placé à la fin de sa grammaire intitulée Elémens de grammaire françoise en forme de leçons. Dans la même veine que cet outil à vocation pédagogique, plusieurs autres grammaires publiées en Suisse romande dans la première moitié du XIXe siècle proposeront également des annexes de ce type11. À côté de ces productions, paraissent plusieurs glossaires ainsi que des brochures répertoriant des locutions jugées contraires au bon usage parmi lesquelles bon nombre de diatopismes12.

La plupart du temps, ces ouvrages sont considérés comme des correcteurs de l’usage et leurs auteurs comme des puristes. Cette idée demande toutefois à être nuancée. En effet, l’analyse de leur préface et de leur contenu a révélé que, parmi eux, plusieurs auteurs, s’ils cherchaient bien à faire connaître les particularités cantonales et à signaler les erreurs commises par les locuteurs romands, n’émettaient pas systématiquement des jugements négatifs et n’avaient pas toujours l’intention de corriger l’usage ; ils se répartissaient donc sur un continuum entre proscription et description, plutôt que résolument du côté de la proscription.

Au niveau de leur construction, la majorité de ces productions se présentent comme des glossaires ou des listes13 dont les occurrences sont agencées sur deux colonnes – avec, à gauche, la forme jugée fautive et, à droite, son équivalent en « bon français » – et reproduisant souvent le modèle « dites, ne dites pas » qui découle des idéologies traditionnelles associées à la langue française – pureté, clarté, universalité, etc. Cependant, au fil du temps cette structure semble de plus en plus s’affranchir de son origine idéologique pour ne devenir plus qu’un moule commode pour la présentation des locutions.

En ce qui concerne le traitement des diatopismes du français de Suisse romande, les auteurs les plus descriptifs, même si leur orientation reste majoritairement corrective, adoptent des attitudes qui varient en fonction des caractéristiques des termes concernés. De manière générale, les régionalismes sont plus facilement acceptés quand ils n’ont pas fait l’objet de commentaires dans la lexicographie du français de référence et donc quand les ouvrages relevant de cette catégorie ne proposent pas d’équivalent; cette attitude est légitimée par le principe du mot juste qui proscrit l’utilisation de synonymes exacts. De même, les commentateurs sont plus ouverts aux régionalismes quand la réalité désignée est propre à la variété décrite (comme dans le cas de fera ou bondelle qui désignent respectivement un poisson vivant dans le lac Léman ou dans celui de Neuchâtel) ou que le terme concerné apporte une nuance ou un charme supplémentaire que n’offre pas la variété de référence. Sur ce dernier point, il est évident que le ressenti de chaque auteur entre en ligne de compte et que certains mots sont sujets à controverse : biscôme ‘pain d’épices’ ou clédar ‘porte à claire-voie barrant l’entrée d’un pâturage’14 sont admis par certains commentateurs mais rejetés par d’autres. Sont aussi plus facilement acceptés les mots qui ont une origine et une histoire qui les légitiment. Le plus souvent, cela concerne des archaïsmes de la langue française comme septante, huitante ou nonante dont l’usage a perduré en Suisse romande alors qu’ils ont disparu de la variété de référence.

Ces recueils, en plus d’être liés par des idéologies et un contenu proches, forment une chaîne dialogique et vont jusqu’à constituer une véritable tradition. Les préfaces d’un grand nombre de ces ouvrages montrent, en effet, que la plupart des auteurs ont consulté les textes de leurs prédécesseurs et qu’ils se positionnent explicitement comme leurs continuateurs. Chacun à sa manière, ils complètent donc la liste des régionalismes à la disposition du public en se focalisant plus particulièrement sur l’un ou l’autre des aspects de la variation diatopique (une variété locale, un problème particulier de la langue, etc.), conscients que, pour parvenir à en proposer un éventail complet, la contribution de tous est nécessaire.

2. Le développement d’une lexicographie scientifique

Durant la seconde moitié du XIXe siècle, avec la parution de productions lexicographiques majeures qui révolutionnent le genre (le Dictionnaire de Littré paru en 1863, le Dictionnaire général de Hatzfeld et Darmesteter entre 1895 et 1900 ou encore celui de Godefroy sur l’ancienne langue française entre 1881 et 1902) et l’essor des grands travaux des dialectologues15, une nouvelle phase se dessine dans l’histoire de la description des diatopismes. Si dans l’ensemble de la francophonie comme en Suisse romande la tradition prescriptive qui consiste à les répertorier se poursuit sous des formes qui évoluent, en particulier dans des commentaires et des chroniques de langage16, les régionalismes font également l’objet de descriptions scientifiques de plus en plus rigoureuses dans des ouvrages à vocation philologique ; une nette spécialisation s’opère donc entre ces deux courants.

Au niveau des idéologies dominantes, cette période est un moment d’exacerbation des nationalismes durant laquelle le patriotisme et ses idées dérivées sous-tendent la majorité des productions lexicographiques et encore davantage les productions géolinguistiques17. Dans ce climat où une valeur particulière est accordée au génie national et à la sauvegarde du patrimoine, la prise en compte des régionalismes dans les productions linguistiques acquiert une importance nouvelle.

2.1. Le Glossaire des patois de la Suisse romande et les « provincialismes »

Lorsque paraît le premier fascicule du Glossaire des patois de la Suisse romande (désormais abrégé GPSR) en 1924, ses fondateurs, Louis Gauchat, Jules Jeanjaquet et Ernest Tappolet épaulés par Ernest Muret, travaillent sur ce projet depuis déjà plus de vingt-cinq ans18. Ce décalage entre le début des travaux et la parution des premiers fascicules leur a laissé le temps de mener une profonde réflexion sur rôle de la langue et de la lexicographie et sur la place qu’ils souhaitaient donner aux régionalismes dans leur ouvrage.

Dans le premier projet rédigé par Gauchat et daté de 1897, il est écrit que le dictionnaire est envisagé comme « un grand glossaire d’un caractère à la fois populaire et scientifique » (1897: 1) qui a pour principaux objectifs la sauvegarde et la valorisation du patrimoine. Il est donc avant tout destiné à recueillir et à classer les patois de la Suisse romande « avant qu’ils ne s’éteignent à tout jamais »19 (ibid.) même si la volonté d’y faire figurer des « provincialismes »20 est également bien présente, surtout lorsque ces derniers peuvent s’expliquer «par le patois disparu» (ibid.: 3). Cependant, comme le démontre Nissille, « on peut noter […] dès les débuts de la publication [du GPSR], la prise de conscience d’un lien parfois absent [au patois] » (2014 : 308) et, par conséquent, la prise en compte des régionalismes suisses romands comme « une variété à part » (ibid.)21, même si l’optique des fondateurs du GPSR reste avant tout dialectologique et que les « provincialismes » ne constitueront jamais leur cible privilégiée.

Au fil des écrits des fondateurs de l’ouvrage, il est possible de voir évoluer leur positionnement idéologique par rapport aux régionalismes.

Dans le projet de 1897, destiné à convaincre les autorités de l’utilité d’un glossaire de même type que l’Idiotikon22 mais pour les patois romands, les arguments de Gauchat pour justifier la nécessité de répertorier les helvétismes sont encore proches de ceux des auteurs de recueils de cacologies et nettement ancrés dans les idéologies dominantes de l’époque :

Notre dictionnaire, en reproduisant les termes de nos français populaires comme les descendants immédiats des patois là où ceux-ci n’existent plus, permettrait ainsi de faire la chasse à notre français fédéral que nous écrivons sans en avoir conscience, parce que nous ne connaissons pas assez nos fédéralismes. (GAUCHAT, 1897 : 3, nous soulignons)

En 1902, le discours de Gauchat a changé et ce dernier semble désormais se réjouir de la mise en valeur des régionalismes par un certain nombre d’écrivains23 convaincus de remplir un devoir patriotique et qui leur font une place dans leurs œuvres, généralement poussés par une volonté de mise en avant du patrimoine :

On s’est contenté jusqu’ici de collectionner soigneusement ces expressions [les régionalismes], dans un but pratique, afin de mettre les Suisses romands et les étrangers en garde contre l’emploi abusif de ces mots. On s’en sert aussi pour se moquer de la maladresse de nouveaux adeptes du français. En d’autres termes : on les a mis à l’index, on les couvre de honte ! Honneur à M. A. Cérésole et à nos romanciers neuchâtelois qui les emploient dans un but purement poétique. (GAUCHAT, 1902 : 11)

Dans un article rédigé plus de dix ans après, en 1914, Gauchat prolonge cette réflexion :

Ces mots ont suscité de vives discussions entre puristes et nationalistes. Notre tâche n’est pas de les combattre, mais de les recueillir soigneusement de la bouche du peuple, dans les dictionnaires de provincialismes et de « locutions vicieuses » et dans notre littérature. (1914 : 19)

Ce profond travail critique sur le rôle de la langue et de la lexicographie qui transparaît au fil des écrits des fondateurs montre qu’ils se servent, entre autres24, des recueils de cacologies pour identifier les régionalismes :

Nous avons pu tirer parti, dans ce domaine, des nombreux glossaires et autres publications de tendance didactique, à l’aide desquels on s’est appliqué depuis fort longtemps à épurer le français de nos cantons romands […]. (GAUCHAT, JEANJAQUET, TAPPOLET, 1924 : 9)

Toutefois, les fondateurs du GPSR ne sont plus du tout dans la même configuration idéologique que les auteurs de ces recueils au moment de la rédaction de leur dictionnaire, et le traitement lexicographique des diatopismes dans l’ouvrage « s’émancipe bien sûr de toute considération corrective » (NISSILLE, 2014 : 308), leur discours tendant à la neutralité.

2.2. Pierrehumbert et le Dictionnaire du parler neuchâtelois et suisse romand

Au moment même où les fondateurs du GPSR débutent leurs travaux, William Pierrehumbert, un instituteur neuchâtelois «frappé du nombre de termes curieux absents du dictionnaire français» (PIERREHUMBERT, 1920 : 159), entreprend d’en dresser un inventaire « sans intention bien arrêtée » (ibid.). Rapidement, ce répertoire prend forme – Knecht (1993 : 178) indique qu’en 1904 il en existait une première version de 132 pages et en 1905 une deuxième de 369 pages – et se dessine le projet d’un dictionnaire qui sera intitulé Dictionnaire du parler neuchâtelois et suisse romand25 et publié en fascicules entre 1921 et 1926. Les deux principaux objectifs de l’ouvrage sont clairement définis par son auteur dans un article programmatique de 1920 : « […] l’un primordial – donner un tableau vivant du langage romand actuel, – l’autre accessoire – signaler les divergences avec l’usage reçu en France […] » (PIERREHUMBERT, 1920 : 160). Dans cette citation, comme dans d’autres passages du même article, PIERREHUMBERT se démarque clairement du discours des auteurs de recueils de cacologies du siècle précédent : il s’agit avant tout de dresser un état des lieux de la langue parlée en Suisse romande et non de « régenter [les] lecteurs en leur enseignant doctement le meilleur usage à faire de ce volume » (1926 : 1). Toutefois, son positionnement idéologique par rapport aux diatopismes n’a pas toujours été aussi tranché et ses idées ont évolué entre le début de ses travaux et la publication du dictionnaire. D’abord influencé par la tradition cacologique du XIXe siècle, surtout au niveau des choix de nomenclature et des méthodes de travail, le positionnement de l’auteur s’infléchit progressivement entre 1908 et 1926 pour se rapprocher du courant philologique, certainement en partie grâce aux liens étroits qu’il entretient avec les fondateurs du GPSR, en particulier avec Jules Jeanjaquet. Dans l’ouvrage publié, ces deux influences sont clairement perceptibles, ce qui fait de Pierrehumbert un auteur « mixte » utilisant à la fois des éléments plutôt prescriptifs déjà présents dans les recueils de cacologies du XIXe siècle – il recommande, par exemple, d’éviter certaines tournures et en cautionne d’autres selon des critères propres à ces ouvrages et s’appuie volontiers sur des idéologies classiques de la langue française comme le génie, la clarté ou le mot-juste – et insérant des nouveautés méthodologiques propres aux philologues – entre autres un traitement descriptif des régionalismes, l’insertion dans les articles d’historiques détaillés et une démarche lexicographique qui offre une place centrale au corpus26. Cette position intermédiaire entre deux courants est également visible dans la préface de l'ouvrage, où Pierrehumbert semble encore penser qu’il existe de bons et de mauvais régionalismes mais laisse au lecteur le soin de les différencier :

Qu’on ne demande pas, au reste, à ce recueil d’établir un départ rigoureux entre les provincialismes recommandables ou blâmables. Cette prétention serait contraire à la confiance que nous avons dans le jugement et le bon goût de nos lecteurs, qui sauront bien faire le tri nécessaire. (PIERREHUMBERT, 1926 : 1)

Les comptes rendus parus sur le dictionnaire dans les journaux locaux de l’époque27 montrent que celui-ci a reçu un accueil favorable28 :

[…] lorsque la première feuille parut il y a deux mois, la presse n’eut que des éloges pour son auteur M. William Pierrehumbert. Elle louait en particulier la valeur scientifique et l’intérêt historique de cet ouvrage en même temps que l’étendue de l’enquête entreprise par M. Pierrehumbert. (Gazette de Lausanne, 3 juillet 1921 : 2)

Il semble également que tous les types de publics, quel que fût leur degré de purisme, se soient réjouis de sa parution et aient, selon le souhait de Pierrehumbert, trouvé le meilleur usage à en faire :

Cet ouvrage ne sera pas seulement utile aux linguistes et aux érudits, mais à tous ceux qui, dans le souci de parler correctement le français véritable, considéreront qu’il convient de connaître les défauts de leur français local. (Journal de Genève, 29 déc. 1921 : 2)

3. L’apogée de la lexicographie différentielle

Les ouvrages répertoriant les diatopismes français de Suisse romande de ce dernier ensemble se situent dans une fourchette temporelle allant du dernier tiers du XXe siècle29 jusqu’à nos jours. En effet comme l’explique KRISTOL, dans les années 1970, et certainement sous l’impulsion donnée par « la décolonisation et les événements de 1968 » (2014 : 285), un changement d’attitude radical s’amorce par rapport aux variétés régionales du français. D’un côté, des dictionnaires du français de référence (comme par exemple le Dictionnaire du français vivant [Bordas, 1972], le Petit Robert [Le Robert, 1977] ou le Dictionnaire du français (Hachette, 1987)30) commencent à insérer plus systématiquement des régionalismes dans leur nomenclature leur apportant une certaine légitimité et, de l’autre, le développement au niveau institutionnel de la notion de « francophonie »31 accélère la reconnaissance des usages du français hors de France « d’abord pour les régions historiquement francophones » (ibid.) puis pour les autres aires où l’on parle le français. À ce contexte socio-culturel s’ajoute, dans les années 1980, le lancement par Bernard QUÉMADA du Trésor informatisé des vocabulaires francophones32, projet qui prévoit de « réaliser une très grande variété de produits dictionnairiques » (1990 : 143) en vue de créer un « fonds lexicographique international informatisé » (ibid.: 142). La période est donc favorable à la réalisation de dictionnaires différentiels spécifiques à chaque variété de français. La Suisse romande produit deux ouvrages intimement liés à ce contexte : le Dictionnaire suisse romand (3.1.) et le volet suisse de la Base de données lexicographiques panfrancophone (3.2.).

3.1. Le Dictionnaire suisse romand (DSR)

Si la première édition du Dictionnaire suisse romand (dès à présent abrégé DSR) dirigé par Knecht mais conçu et élaboré par André Thibault voit le jour en 199733, c’est au début des années 1970 que commence d’être constituée, sous la direction d’Ernest Schüle, la collection de matériaux contemporains qui serviront de base à sa rédaction34. Le DSR s’inscrit donc pleinement dans le vaste projet de « description structurale de la totalité des usages lexicaux dans le monde francophone » (THIBAULT, 1998 : 896) et propose un inventaire résolument descriptif des particularités lexicales contemporaines les plus courantes du français de Suisse romande. Clairement positionné dans l’héritage scientifique des productions romandes que sont le GPSR et le dictionnaire de Pierrehumbert et, plus largement, dans celui des productions lexicographiques galloromanes, le DSR « vient s’ajouter à un édifice déjà complexe » (THIBAULT, 1997 : 18) et ambitionne « de tenir sur l’objet à décrire un discours explicatif ambitieux, innovateur et globalisant, qui replace les phénomènes lexicaux dans un contexte plus large, dans le temps, dans l’espace, dans la société » (ibid., 2008 : 91). Soucieux d’atteindre une haute qualité scientifique, l’auteur documente chaque lexème en prenant soin d’apporter des renseignements « fiables, originaux et à jour » (ibid. : 89). Il prend également le parti de mettre chaque élément de sa nomenclature en lien avec les discours lexicographiques dans lesquels il en est fait mention, que ce soit des recueils de cacologies, des dictionnaires du français standard ou d’autres ouvrages. La mise en place de cet interdiscours permet de mesurer les « divers degrés d’hospitalité des dictionnaires (ou famille de dictionnaires) envers les helvétismes » (THIBAULT, 1998 : 898) et de porter un regard critique sur la place de la variation diatopique dans l’histoire de la lexicographie.

3.2. La Base de données lexicographiques panfrancophone (BDLP)

La Base de données lexicographiques panfrancophone (abrégée BDLP) est également au cœur des travaux lancés dans le cadre du Trésor informatisé des vocabulaires du français et son concept a été élaboré sur les mêmes idéologies. QUÉMADA souhaitait en effet la constitution de « bases de données lexicographiques nationales ou régionales normalisées et interrogeables selon des logiciels communs » (1990 : 143). Ce projet, le plus récent sur la variation du français et qui a été rendu possible grâce à l’évolution technologique de ces dernières décennies, offre une nouvelle dimension à la description des usages lexicaux du monde francophone. Il propose une interface informatisée disponible sur Internet dans laquelle chaque équipe participant au projet35 et représentant un pays ou une région de la francophonie répertorie et décrit ses particularités lexicales et donne ainsi à voir le français dans sa globalité. En ce qui concerne le volet suisse romand de la BDLP, il a été constitué à partir du DSR et a ensuite été enrichi; cela signifie que les informations qui ont été insérées dans la BDLP-Suisse ont fait l’objet d’une démarche lexicographique descriptive et scientifique rigoureuse.

Une fois constituée, chacune des bases régionales ou nationales est placée avec les autres sur le site internet commun de la BDLP (www.bdlp.org). Pour l’utilisateur, il est alors possible de les interroger séparément, comme on consulterait un dictionnaire, mais surtout de les consulter de manière « transversale » ou simultanément, ce qui permet d’obtenir un panorama global de la variation du français dans le monde36 sans qu’il y ait de «suprématie d’une variété sur une autre» (POIRIER, 2005 : 497). Le repère commun à toutes ces bases reste le français de référence alors considéré comme un « corpus d’emplois, et non pas comme un modèle normatif » (ibid.).

Comme le montre MOLINARI, cet outil se révèle particulièrement intéressant pour replacer les diatopismes dans leur histoire globale, pour voir se dessiner les liens dynamiques qui unissent entre elles les différentes variétés du français, ce que ne permettent pas les productions dictionnairiques traditionnelles, et pour ouvrir la voie à une réflexion sur la « pluralité culturelle et identitaire de l’espace francophone » (2014 : 45).

Conclusion

Ce passage en revue chronologique de la prise en compte des diatopismes dans les productions romandes permet de montrer que celle-ci est tributaire de plusieurs facteurs culturels et idéologiques. L’influence des positionnements de la Suisse romande face au voisin français et à la langue hégémonique ainsi que les progrès de la science lexicographique conditionnent clairement la manière dont ont été et sont ressentis et traités les régionalismes sur leur propre territoire. D’abord stigmatisés comme partout dans la francophonie durant les phases d’implantation du français en Suisse romande puis décrits scientifiquement, de manière presque naturaliste, à l’ère des grandes réalisations lexicographiques et dialectologiques, ils acquièrent, à la fin du XXe siècle, une véritable légitimité qui se traduit, entre autres, par le grand succès commercial du DSR. La dernière étape de ce panorama, représentée par la BDLP, a ouvert de nouvelles perspectives pour la connaissance des diatopismes et la mise en lien des différentes variétés et permet de repenser la notion de francophonie.

Références bibliographiques

Ouvrages lexicographiques et recueils de cacologies

Base de données lexicographiques panfrancophone, www.bdlp.org .

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VAUGELAS, Claude Favre de, Remarques sur la langue françoise, édition critique avec introduction et notes par Z. MARZYS, Genève, Droz, 2009 [1647].

Sources secondaires

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AQUINO-WEBER, Dorothée, COTELLI, Sara, NISSILLE, Christel, « Les cacologies, un genre textuel? Essai de définition à partir du corpus suisse romand », in CASANOVA HERRERO, Emili, CALVO RIGUAL, Cesáreo (éds.), Actes del 26é Congrés de Lingüística i Filologia Romàniques. València, 6-11 de setembre de 2010, vol. 6. Berlin, De Gruyter, 2013, p. 52-63.

AQUINO-WEBER, Dorothée, COTELLI, Sara, NISSILLE, Christel, « La lexicographie suisse romande sur la voie de la description : l’exemple de William Pierrehumbert (1882-1949) », in FARINA, Annick, ZOTTI, Valeria (éds.), La variation lexicale des français. Dictionnaires, bases de données, corpus. Hommage à Claude Poirier, Paris, Champion, 2014, p. 83-100.

BOULANGER, Jean-Claude, « À propos du concept de régionalisme » in NICOLAS, Anne, ARMAND, Alain (éds.), Lexique et institutions, Lille, Presses universitaires de Lille, 1985, p. 125-146.

COTELLI, Sara, « Sur les traces de William Pierrehumbert ou de Philippe Godet ? Les chroniques de langage neuchâteloises des années 1959 à 1970 », in AQUINO-WEBER, Dorothée, DIÉMOZ, Federica(éds.), « Toujours langue varie…». Mélanges de linguistique historique du français et de dialectologie galloromane offerts à M. le Professeur Andres Kristol par ses collègues et anciens élèves, Genève, Droz, 2014, p. 329-348.

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MERCIER, Louis, « À la découverte des particularismes canadiens et de leur origine : la lexicographie québécoise à l’époque des glossaires (1880-1930) » in CORMIER, Monique, BOULANGER, Jean-Claude (éds.), Les dictionnaires de la langue française au Québec. De la Nouvelle France à aujourd’hui, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2008, p. 61-98.

MOLINARI, Chiara, « Représentations de l’espace francophone dans la BDLP » in FARINA, Annick, ZOTTI, Valeria (éds.), La variation lexicale des français. Dictionnaires, bases de données, corpus. Hommage à Claude Poirier, Paris, Champion, 2014, p. 43-56.

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PIERREHUMBERT, William, «Un dictionnaire historique du parler neuchâtelois et suisse romand» , Musée Neuchâtelois, n. 7, 1920, p. 158-167.

POIRIER, Claude, « La dynamique du français à travers l’espace francophone à la lumière de la Base de données lexicographiques panfrancophone », RliR, n. 69, 2005, p. 483-516.

POP, Sever, La dialectologie. Aperçu historique et méthodes d'enquêtes linguistiques, vol. I, Louvain, Duculot, 1950, p. 234-253.

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RÉZEAU, Pierre, « La place des français régionaux dans les dictionnaires de langue » in KREMER, Dieter, NIDERHEHE, Hans-Joseph (éds.), Littératures et langues dialectales françaises, Actes du colloque de Trèves du 17 au 19 mai 1979, Hamburg, Helmut Baske, 1981, p. 117-133.

ROQUES, Gilles, « Des régionalismes dans les dictionnaires des XIXe et XXe siècles », Travaux de Linguistique et de Philologie, n. 26, 1988, p. 235-250.

SAINT-GÉRAND, Jacques-Philippe, « Repères pour une histoire de la langue française au xixe siècle (I) », La Licorne, n. 4, 1980, p. 95-121.

SAINT-GÉRAND, Jacques-Philippe,« Repères pour une histoire de la langue française au xixe siècle (II): 1803-1814 », La Licorne, n. 5, 1981, p. 237-272.

SAINT-GÉRAND, Jacques-Philippe,« Repères pour une histoire de la langue française au XIXe siècle (III) : 1815-1830 », La Licorne, n. 7, 1983, p. 337-357.

SKUPIEN DEKENS, Carine, « La “Bataille” du français en Suisse romande durant l’Entre-deux-guerres : le purisme linguistique dans les chroniques de langage de la presse romande », Vox Romanica, n. 57, 1998, p. 156-171.

THIBAULT, André, « Présentation » in KNECHT, Pierre, Dictionnaire suisse romand. Particularités lexicales du français contemporain, conçu et rédigé par André THIBAULT, Genève, Zoé, 1997, p. 17-32.

THIBAULT, André, « Le dialogue entre lexicographie générale et lexicographie différentielle illustré par l’exemple du DFSR » in RUFFINO, Giovanni (éd.), Atti del XXI Congresso Internazionale di Linguistica e Filologia Romanza, vol. III, Tübingen, Niemeyer, 1998, p. 893‑905.

THIBAULT, André, « Lexicographie et variation diatopique : le cas du français » in COLOMBO, Maria, BARSI, Monica (éds.), Lexicographie et lexicologie historique du français. Bilan et perspectives, Monza, Polimetrica, 2008, p. 69-91.

THIESSE, Anne-Marie, La création des identités nationales. Europe XVIIIe-XIXe siècles, Paris, Seuil, 1999.

1
Nous utilisons ici la notion de français de référence dans le sens que lui donne THIBAULT, à savoir « l’ensemble des mots [non marqués diatopiquement] présents à la nomenclature des dictionnaires de langue française » (1998: 894) et non comme un « modèle normatif » (POIRIER, 2005 : 497).

2
Un certain nombre de diatopismes du français de Suisse romande – mais également d’autres régions de la francophonie – sont répertoriés par la lexicographie générale et ce, depuis le XVIe siècle. Sur cet aspect de la question que nous n’aborderons pas dans cet article, voir RÉZEAU, 1981, ROQUES, 1988 et THIBAULT, 1998 et 2008.

3
Parfois orthographié Poullain de la Barre.

4
Sur la création des identités nationales, voir Thiesse 1999 et plus particulièrement le chapitre «  Une nation, une langue ».

5
Notion qui apparaît d’ailleurs dans le titre de plusieurs ouvrages comme ceux de DE LA HARPE, 1858, et de GUILLEBERT, 1829-1832.

6
Les Remarques de Vaugelas, publiées en 1647, mettent l’accent sur les fautes de langue et les locutions défectueuses tandis que les Gasconismes corrigés de Desgrouais (1766) se concentrent sur les diatopismes du français.

7
L’autre pan de la linguistique dans lequel se ressentent les effets de cette politique et qui connaît une floraison d’ouvrages à partir de la Révolution de 1789 est la grammaire (sur cette question, voir SAINT-GÉRAND, 1980, 1981 et 1983).

8
L’essai ne compte en effet que 60 pages de format in-douze (15 cm).

9
Le titre de cette section ainsi qu’une partie des éléments qu’elle contient viennent d’articles rédigés en collaboration avec Sara Cotelli et Christel Nissille (AQUINO-WEBER, COTELLI, NISSILLE, 2011 et 2013).

10
Par « recueil de cacologies » nous entendons un ‘ouvrage regroupant des locutions jugées contraires au bon usage de la langue commune’.

11
En particulier SAMBUC, 1834 et DE LA HARPE, 1843, 1858.

12
Pour la liste de ces productions, voir AQUINO-WEBER, COTELLI, NISSILLE, 2011.

13
À côté de ce type de structure, il existe également des recueils qui se placent dans la lignée des Remarques de Vaugelas, comme ceux de DEVELEY (1808 puis 1824), ou qui proposent des dialogues dans lesquels sont mises en scène des conversations intégrant des termes jugés fautifs; c’est le cas des ouvrages du neuchâtelois GUILLEBERT (1825 et 1829-1832).

14
Les exemples donnés ici sont présentés en détail dans AQUINO-WEBER, COTELLI, NISSILLE, 2011: 234.

15
Pour un aperçu de l’évolution de cette discipline, voir DESMET, LAUWERS, SWIGGERS, 2002.

16
Sur les chroniques de langage au XXe siècle en Suisse romande voir SKUPIEN DEKENS, 1998, et COTELLI, 2014.

17
En effet, les langues et leur délimitation deviennent des enjeux identitaires par excellence et les atlas comme les dictionnaires dialectaux jouent un rôle important à ce niveau.

18
Pour un historique détaillé du Glossaire des patois de la Suisse romande, voir Pop, 1950.

19
À cette époque et dans tous les cantons de Suisse romande, les patois sont sur le déclin quand ils ne sont pas déjà moribonds comme c’est le cas, par exemple, à Neuchâtel.

20
L’appellation des diatopismes français de Suisse romande – ainsi que leur traitement dans l’ouvrage – diffère d’un rédacteur à l’autre et est, selon NISSILLE, 2014, révélatrice de leur orientation idéologique.

21
Cette double manière de considérer les helvétismes se reflète dans la structure même de l’ouvrage : lorsque la forme du français régional peut être reliée à une occurrence patoise, elle figure dans l’article consacré à ce dernier, tandis que, quand il n’est en lien avec aucun dialectalisme, le régionalisme fait l’objet d’un article à part.

22
Le projet initial du GPSR a en effet été inspiré par le Schweizerisches Idiotikon dont la parution a commencé en 1881 et qui documente les langues germaniques de la Suisse. Pour plus d’informations sur ce dictionnaire: www.idiotikon.ch .

23
En dehors d’A. Cérésole, mentionné par Gauchat dans cet extrait, on peut également citer A. Bachelin, T. Combe, L. Courthion, L. Favre, O. Huguenin, P. Monnier, R. Morax, U. Olivier, P. Sciobéret ou B. Vallotton (pour des précisions sur ces auteurs, voir GAUCHAT, JEANJAQUET, 1912 et 1920).

24
À côté d’autres sources lexicographiques, de documents d’archives, de textes littéraires et de témoignages récoltés auprès des locuteurs.

25
Le dictionnaire est centré sur les régionalismes neuchâtelois : « les locutions des autres cantons ne figurent dans notre recueil que dans le cas (d’ailleurs fréquent) où elles sont communes à eux et à Neuchâtel, ou bien elles sont traitées brièvement dans la synonymie. L’ouvrage présente ainsi un intérêt dépassant presque toujours nos étroites limites cantonales, sans avoir un caractère hétérogène  » (PIERREHUMBERT, 1920 : 162).

26
Pour la liste détaillée des éléments présents dans le dictionnaire issus de ces deux traditions, cf. AQUINO–WEBER, COTELLI, NISSILLE, 2014.

27
Consultés sur le site Internet du Temps: http://www.letempsarchives.ch .

28
Cette impression est basée sur une dizaine d’articles parus entre 1921 et 1946 dans les périodiques locaux suivants : la Gazette de Lausanne et le Journal de Genève. Par ailleurs et selon l’étude de KNECHT, la diffusion de l’ouvrage serait restée assez confidentielle et n’aurait que tardivement intéressé les milieux scientifiques alors qu’il « aurait dû figurer comme référence absolue pour cette catégorie très particulière de dictionnaires » (1993 : 177).

29
En Suisse romande, après la parution du GPSR et de l’ouvrage de Pierrehumbert, aucun véritable dictionnaire d’helvétismes n’a paru avant la fin du XXe siècle et le Dictionnaire suisse romand (1997), ce qui explique que nous ne nous arrêtions pas sur cette période.

30
Pour des informations sur la manière dont ces différents dictionnaires ont inséré les régionalismes dans leur nomenclature, voir BOULANGER, 1985.

31
Sur cette question, voir REY, 2007.

32
Ce projet est pensé comme un élargissement du Trésor de la langue française.

33
Une seconde édition revue et augmentée est parue en 2005 et une réimpression en 2012.

34
Ces matériaux, à l’époque environ 120.000 fiches, sont à la base du fichier de français régional du Centre de dialectologie et d’étude du français régional de l’Université de Neuchâtel.

35
Actuellement 20 bases nationales ou régionales sont consultables sur www.bldp.org .

36
Cet objectif ne pourra cependant être pleinement atteint que quand toutes les bases seront complétées. Chaque équipe est en effet tributaire de contraintes matérielles et techniques, ce qui explique que l’avancement des différentes bases soit inégal.

Per citare questo articolo:

Dorothée AQUINO-WEBER, Panorama de la description des diatopismes du français de Suisse romande de 1691 à nos jours, Repères DoRiF n.11 - Francophonies européennes : regards historiques et perspectives contemporaines - Coordonné par C. Brancaglion et C. Molinari, DoRiF Università, Roma novembre 2016, http://dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=322

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