Versione stampabile

Marie-Berthe VITTOZ

À propos de deux glossaires genevois du XIXe siècle : focus sur les mots de l’alimentation

Marie-Berthe Vittoz
Université de Turin (Italie)
Marie.vittoz@unito.it

Résumé

La découverte de deux glossaires genevois du XIXe siècle dans une librairie savoyarde, republiés assez récemment chez Slatkine a suscité notre curiosité « en miroir » entre les deux ouvrages et tout particulièrement sur les termes de l’alimentation utilisés pour désigner aussi bien des mets que des produits et des préparations de l’époque. Ces deux glossaires, rédigés par des hommes passionnés de leurs particularités genevoises mais soucieux du bon usage de la langue française, fournissent des indications précieuses sur l’histoire des mots et leur passage des frontières d’une part et sur les points de vue de l’époque à propos de ces mots absents des nomenclatures des dictionnaires français de l’autre. Nous nous attacherons d’abord à présenter les deux ouvrages visant les mêmes objectifs nonobstant la différence de formation et de parcours des auteurs. Successivement nous focaliserons notre investigation sur l’analyse comparée de la microstructure des deux glossaires, nous limitant aux entrées correspondant aux lettres A-H des mots qui ont trait aux traditions culinaires, et relevant les similitudes et les différences des informations transmises. Nous montrerons enfin que la réimpression de ces glossaires apporte une lumière nouvelle sur l’histoire de mots d’antan, appartenant à une francophonie « ante litteram » qui toutefois dans la dernière partie de notre recherche, toute consacrée à l’alimentation dans le canton de Genève, nous confirme une certaine continuité d’usage en 2015. Nous allons illustrer cette affirmation à l’aide d’un questionnaire soumis à des locuteurs appartenant à différentes classes d’âge et résidant dans le canton de Genève et dans la zone limitrophe du Chablais.

Introduction

Les dictionnaires de régionalismes ou glossaires aux titres divers continuent à attirer l’intérêt des lecteurs, et le tout dernier vient de paraître en juin 2015 aux éditions Champion/Slatkine dont le titre Dictionnaire des régionalismes de Rhône–Alpes (FRÉCHET, 2015) est dans le droit fil d’une succession de volumes, petits ou grands se consacrant aux mots du terroir, appelés glossaire, dictionnaire, lexique etc. Nous recentrons cette étude sur la Suisse Romande, territoire où l’on parle français et dans lequel coexistent encore le français hexagonal et les manières de dire et de nommer des réalités de cet espace pleinement francophone1. En fait nos intérêts pour la Francophonie, que Jean Marie Vodoz (1993) nomme « francophonie riveraine », naissent dans les années 1990 et se développent jusqu’à la publication de deux articles dans lesquels le concept sociolinguistique de variation est appliqué à un micro-territoire, celui de la Suisse francophone et précisément le français parlé à Genève et dans le canton de Vaud dont l’extension d’usage se retrouve dans le Chablais et les territoires frontaliers de la Suisse (VITTOZ, 1993, 1996). Dans cette recherche il avait été question d’analyser quelques dictionnaires et autres recueils aux titres les plus divers2 dans lesquels les auteurs recensaient les mots de la francophonie suisse romande, riches en particularités morphologiques et sémantiques, encore utilisés par les locuteurs natifs.

Quelques années plus tard, en 2004, la découverte dans une librairie savoyarde de deux ouvrages proches dans le temps (à savoir la première moitié du XIXe siècle), republiés par Slatkine, redonna de l’élan à notre travail. Tout d’abord les titres particulièrement transparents : Nouveau glossaire genevois et Glossaire genevois exigeaient une reprise de l’étude des mots classés dans ces glossaires par le biais d’une comparaison des entrées ; mais cette confrontation avait du sens par rapport à la personnalité des deux auteurs, aussi distincts que possible dans cet exercice lexicographique fécond en va-et-vient culturels tout à fait curieux. Parmi les entrées, une partie conséquente concernait les mots de l’alimentation, domaine d’ancrage culturel puissant qu’ils illustrent au point de persister encore partiellement de nos jours.

Notre recherche se propose d’abord de mettre en parallèle les objectifs des auteurs pour vérifier la cohérence des contenus sélectionnés par chacun ; nous expliquerons ensuite comment nous avons constitué notre corpus de travail en vue de l’analyse comparative des entrées. Enfin nous rendrons compte à l’aide d’exemples de toutes les richesses contenues dans ces deux ouvrages et nous vérifierons la survie de ces mots du terroir aujourd’hui à l’aide d’un sondage effectué au printemps 2015 auprès de résidents en Suisse romande et dans le Chablais appartenant à différentes classes d’âge.

1. Deux auteurs, deux histoires et un seul objectif

Le volume de Jean Humbert, Nouveau Glossaire genevois, publié posthume en 1852, à Genève, chez Jullien Frères, et republié par Slatkine en 2004 en un seul volume alors que l’édition originale en comptait deux, se présente précédé d’une Notice et d’un Avertissement pour un total d’une trentaine de pages. Le premier tome comprend les mots de la lettre A à la lettre H (258 p.), tandis que le second tome comprend les mots de la lettre I à Z (244 p.). Juste avant le début du glossaire tome 1 figure une table « Explication des abréviations et des signes employés dans l’ouvrage ». Au fond du tome deux figurent tout d’abord une Liste en ordre alphabétique « des mots que l’on pourrait croire genevois mais qui appartiennent à la langue française familière et sont enregistrés dans les dictionnaires » ; enfin, pour clore ce volume deux textes brefs rédigés en français genevois, l’un intitulé L’incendie sous-titré Bambochade en langage genevois et l’autre intitulé Les remueurs.

La quatrième de couverture, réalisée par Slatkine, reporte les indications essentielles sur le contenu attendu du glossaire :

Plus de quatre mille mots du terroir genevois, répertoriés en 1851 par Jean Humbert, l’un des esprits les plus distingués de l’époque. Debout les vieux mots de la terre ! Formez vos bataillons, les encourables, gadrouilles , modzons et traclets !
C’est assurément la Bible du genre, superbe et indispensable réunion de tous les mots propres au parler genevois, d’une rédaction soignée, d’une méthode et d’une information sûre, d’une richesse et d’un esprit anti-puriste bien en avance sur son temps.

Quoique cette présentation synthétique donne envie au lecteur d’aller puiser les nombreux mots qui y sont catalogués pour retrouver le langage du terroir, c’est avant tout le personnage lettré et distingué qui intrigue le lexicographe toujours à l’affût de nouvelles découvertes, de nouvelles manières d’envisager la rédaction d’un glossaire par rapport aux modèles de l’époque. En effet, l’auteur et sa vie sont bien connus et décrits dans la « Notice sur la vie et les travaux de Jean Humbert »3 grâce à laquelle transparaissent son goût pour les études classiques, sa formation en langue allemande auprès de l’Université de Göttingen, ses études d’orientalistes à Paris auprès du maître Silvestre De Sacy, sans négliger l’étude des principales langues sémitiques et de la philologie grecque. Au terme de cette période féconde de formation Jean Humbert rentre à Genève pour entreprendre une double carrière :

celle de l’érudition et de l’enseignement. L’une et l’autre se présentaient à lui avec un égal attrait et il se résolut à les parcourir du même pas. L’histoire de sa vie n’est que celle de ses travaux dans ce double champ d’occupation (Notice p. XI).

Il fut appelé à la chaire d’hébraïque et d’arabe mais dut renoncer pour des raisons de santé et fonda une institution célèbre à Genève dans laquelle « il déploya avec succès les qualités particulières dont il était doué pour agir sur la jeunesse » (Notice p. XV). Il publia au cours de sa vie une série de travaux, d’abord très littéraires puis orientés vers des réformes d’enseignement tant secondaire qu’universitaire, ce qui lui valut de fortes oppositions. Il fut l’un des fondateurs du Journal de Genève dans lequel il put véhiculer ses idées sur l’éducation publique dont quelques-unes concernent l’insuffisance de l’enseignement de la langue et de la littérature française dans les établissements publics et à l’Université. Tout au long de sa vie, il eut des projets de grandes entreprises linguistiques comme la publication d’un dictionnaire de la langue française :

dont les mots devaient être puisés uniquement dans les auteurs du dix-septième et du dix-huitième siècle, et qui devait offrir des exemples authentiques de toutes les locutions, tournures, constructions, idiotismes, employés par ces auteurs (Notice p. XX).

Pour ce faire il avait recueilli de vastes matériaux, transcrits à la plume, déjà triés et disposés en ordre alphabétique au point d’en donner connaissance à la Commission de l’Académie française en 1847, déjà engagée dans la composition d’un dictionnaire historique. D’autres publications de Jean Humbert concernent la littérature grecque moderne, la mythologie grecque, la langue arabe, autant de secteurs de la connaissance chers à notre auteur. Et ce n’est que vers la fin de sa vie, après avoir collaboré au Glossaire genevois de Aimé-Jean Gaudy-Lefort qu’il mit en chantier son Nouveau Glossaire genevois par lequel il rendit populaire son nom au peuple genevois :

tout le monde à Genève parle comme le Nouveau Glossaire, personne ne parle exclusivement le langage qui y est renfermé, et si l’on voulait prendre la phraséologie de ce répertoire pour le type de la langue usuelle des Genevois, on le transformerait, contre l’intention de l’auteur, en une caricature. (Notice p. XXIV).

Le Nouveau Glossaire genevois, selon son auteur, de par son titre représente en quelque sorte une version nouvelle du glossaire de Gaudy-Lefort, version plus complète réalisée au cours de sa vie, visant à distinguer clairement ce qui appartient au patrimoine suisse des mots qui figurent dans le Dictionnaire de l’Académie (édition 1835).

Le second glossaire, écrit par Aimé-Jean Gaudy-Lefort et publié d’abord en 1820 sous forme anonyme, puis sous le nom de son auteur en 1827 a pour titre Glossaire genevois ou Recueil Etymologique des termes dont se compose le dialecte de Genève avec les principales locutions défectueuses en usage dans cette ville et a été réédité par Slatkine en 2001 dans la collection « Contes et Légendes de la Suisse » accompagné d’un texte de Jean Daniel Blavignac intitulé L’emprô genevois, caches, rondes, times et kyrielles enfantines. Le fer à rissoles, Genève, 1879.

Sur la quatrième de couverture figure la présentation du texte de Gaudy-Lefort :

Les quelques deux mille mots que propose la seconde édition du Glossaire genevois /…/ composent un pittoresque panorama du français parlé à Genève au début du dix-neuvième siècle. Glossaires et dictionnaires du français « correct » se sont succédé depuis, sans enlever son charme et son intérêt à ce langage vernaculaire. On y retrouve de très nombreuses expressions, toujours employées de nos jours, avec leur explication.

Nous connaissons bien peu de la vie de cet auteur qui naquit à Genève (1773-1850), y fit ses études puis voyagea dans différents pays d’Europe dont la France, la Hollande, l’Allemagne et l’Angleterre. Commerçant de son métier il fut également poète et écrivain. Parmi ses travaux publiés figurent Esquisses genevoises en 1829, Fables et contes en 1831, Fleurs de l’arrière-saison en 1840, Promenades historiques dans le canton de Genève 1841, Apologues 1844.

Le glossaire est précédé d’un « discours préliminaire » de quelques pages dans lequel l’auteur précise ses intentions de se mettre au service de ses concitoyens pour éclaircir leurs doutes entre « la pureté qu’on nous recommande » et la valeur de « notre idiome qui renferme des mots remplis d’harmonie imitative ». À la fin du glossaire alphabétique de A à Y, se trouve une série de documents intéressants. Le premier est appelé « Nota » dans lequel l’auteur précise ne pas avoir inséré « les corrections de toutes les fautes de grammaires qui se commettent à Genève mais seulement signaler les locutions défectueuses qui sont le plus fréquemment employées dans cette ville ». Le second document est un essai d’une dizaine de pages intitulé Conjonctures sur les origines de quelques noms de lieux de nos environs, enfin deux listes alphabétiques brèves consacrées aux origines de divers noms propres de notre pays et aux origines de divers mots du patois de nos paysans complètent le volume.

Dès le début, Gaudy-Lefort cite un écrivain célèbre, M. Biot qui publie dans le Mercure de France (mars 1809) et fait l’éloge de Genève :

la pureté de la langue française ne devrait être nulle part plus religieusement conservée que dans une ville qui a eu la gloire de produire un de nos plus grands écrivains, et qui offre encore aujourd’hui une réunion rare de savants et de gens de lettres distingués par leurs lumières et leurs talents. (2001 : 13)

Les deux ouvrages parus en succession, l’un reprenant de quelque façon l’autre, se présentent comme le résultat de démarches distinctes dans la mise en forme du texte, à partir d’expériences de vie et d’études ayant peu de traits communs, si ce n’est un éloignement géographique du terroir pour des exigences différentes. Ceci crée une nostalgie de la langue native et de ses particularités, que l’on aime à recenser pour ne pas les perdre tout en sachant qu’il s’agit de formes populaires, vernaculaires4. En particulier Gaudy-Lefort insiste dès les premières lignes sur la finalité de son ouvrage : « être utile à cette classe nombreuse de Genevois que leur vocation n’a point appelé à des études ; offrir aux gens instruits quelques observations sur les origines de notre dialecte populaire » (2001 : 13).

En réalité à plusieurs reprises l’auteur fait état de sa culture : tout d’abord comme « amateur de philologie s’occupant de recherches », puis comme connaisseur des auteurs classiques, des auteurs de dictionnaires français de référence (Fénelon et Richelet), enfin comme historien de la langue qui retrace les étapes de la formation de la langue depuis ses origines. Plus avant il conclut ainsi : « Il ne faut pas confondre l’idiome dont je viens d’esquisser l’histoire avec le roman qu’on parle dans la Ligue grise, le ramontsch… et encore moins avec le ladin dialecte de l’Engadine » (2001 : 19).

Quant à Jean Humbert qui n’a pas pu écrire d’introduction à son glossaire paru juste après sa mort, on sait qu’il entendait indiquer la différence qui existe entre son glossaire et celui de Gaudy-Lefort, par exemple l’exhaustivité des termes genevois qui ne se trouvent pas dans les dictionnaires français et qui sont en usage dans le canton de Genève. En outre il a exprimé son souci de relever les fautes de langage les plus grossières, les erreurs de grammaire les plus choquantes. Quelques mots de patois ont été aussi insérés de même que des notes explicatives enrichissantes.

Quoi qu’il en soit, un accueil favorable fut réservé à ces ouvrages qui recensaient les formes populaires, ouvrages nombreux concernant divers dialectes français, par exemple. Charles Nodier a signalé l’intérêt et l’utilité de ce type de recherches qui permettent de retrouver des mots de l’ancien français ou des mots justifiés par des emplois restreints sur le territoire genevois, des Realia en quelque sorte. Pour ce faire Jean Humbert a consulté de nombreux autres glossaires publiés et renfermant les mots usités dans plusieurs parties de la Suisse romande (Valais, Vaud, Fribourg) et dans certaines provinces de France.

À plusieurs reprises Gaudy-Lefort souligne la non exhaustivité de son travail se justifiant en citant Richelet : « si j’ai omis quelques termes genevois, qu’on veuille me les indiquer et s’ils sont réellement de la famille je m’empresserai de les placer à côté de leurs frères ; Richelet l’a très bien dit : « un bon dictionnaire doit être l’ouvrage de tout le monde » (2001 : 129).

Ce n’est pas non plus la culture qui manque à Gaudy-Lefort, lequel dans son discours préliminaire montre l’intérêt de ses recherches, sa culture linguistique, son intérêt pour les langues en général et en particulier pour la reconnaissance des termes du terroir ; ainsi il affirme :

on verrait par exemple qu’un grand nombre de mots romans se sont conservés dans presque tous les dialectes français et que la plupart de ces mots par leur caractère expressif, aussi bien que par leur droit d’ancienneté ne seraient pas indignes d’être indiqués à l’Académie, auprès de laquelle on pourrait, à cet égard, s’appuyer d’une opinion bien respectable, celle de Fénelon qui a dit quelque part : je voudrais autoriser tout terme qui nous manque qui a un son doux, sans danger d’équivoque. (2001 : 15)

2. Analyse comparée de la microstructure des deux glossaires

L’observation des termes des deux glossaires selon l’ordre alphabétique s’est faite de façon parallèle par l’analyse des mots de A à I qui correspondent au premier tome de Jean Humbert et à la page 86 du glossaire de Gaudy-Lefort. En particulier, le choix des entrées s’est focalisé sur les mots de l’alimentation, aussi bien les mets et produits de la nature que leur préparation. Il en ressort un total de 91 termes issus du Nouveau Glossaire tandis que les termes issus du Glossaire de Gaudy-Lefort sont en nombre très inférieur (35).

Chaque entrée, en majuscule, fournit certaines informations au lecteur que nous qualifierons d’hétérogènes chez Gaudy-Lefort, et de plus lexicographiques chez Humbert. Dans le glossaire le plus ancien, l’entrée est suivie d’une explication sous forme de termes synonymes, comme Blesson poire sauvage ou Blettes, bette ou poirée, ou bien sous forme de définition, comme Biscoin, sorte de brioche au safran. Suivent parfois des explications sur les différences (d’appellation) « ce qu’on appelle en français ‘Blettes’, est une plante qui croit sans culture », des informations ou bien des informations relatives aux origines étymologiques et variantes diatopiques. Dans le Nouveau Glossaire de Humbert on trouvera plus systématiquement une série d’informations tout à fait attendues dans un dictionnaire de langue, par exemple l’information grammaticale, des exemples d’usage, des informations étymologiques, des informations sémantiques et toutes sortes de notes culturelles. Sachant qu’Humbert a participé de quelque manière à la réalisation du glossaire de Gaudy-Lefort, on peut s’attendre à une reprise du texte source ou plutôt à une revisitation de ce dernier à la lumière d’études plus approfondies.

Pour chaque entrée nous avons relevé les informations données à savoir en général pour les deux glossaires le genre et le nombre, les indications orthographiques et variantes, les informations, les marques d’usages et les emplois, les informations étymologiques et lexicographiques de référence. Parmi l’ensemble de ces matériaux, quelques-uns, les plus intéressants de notre point de vue de linguiste lexicographe passionné de phraséologie et tours culturels, sont illustrés ci-dessous. Les curiosités rencontrées au cours de cette analyse seront également mentionnées pour souligner la méthode suivie pour l’élaboration de ces glossaires.

  • Les informations phonétiques se présentent sous forme de recommandation « prononcez… » ou bien « écrivez et prononcez ». Chez Gaudy-Lefort à l’entrée Chatagne « écrivez et prononcez, avec un accent circonflexe sur le premier a » ou bien à l’entrée Crasane (poire) « dites Crassane ».

  • Les informations grammaticales sont présentes systématiquement et de façon détaillée chez Humbert, avec indication de genre et de nombre pour les substantifs, de catégorie grammaticale et d’indication de la classe du verbe avec les catégories « actif, neutre, pronominal, réfléchi, réciproque », alors que Gaudy-Lefort signale à l’aide d’un article entre parenthèses l’erreur de genre ou de nombre, comme Boudins (des) « dites du boudin ».

  • L’information définitoire/sémantique est organisée sous des formes diverses. D’abord avec le verbe « signifie », ou bien « se dit de » ou encore directement suivie d’une explication détaillée « Crézenet, petite tomme ou fromage que les fruitiers se font dans les laiteries avec les égouttures de lait qui restent dans le couloir » ; ou bien l’explication se fait par contraste entre Suisse et France : Griotte, sf, en français, ce mot désigne une espèce de cerise grosse et noirâtre plus grosse…en Suisse au contraire, nous appelons griotte une cerise « acide ».

  • L’information orthographique est donnée avec l’entrée, parfois suivie d’une annotation comme Caramelles : « ce mot s’écrit caramel et il est de genre masculin ou encore l’orthographe indiquée a son nom d’auteur comme Crasane, sorte de poire d’hiver, c’est l’orthographe du Dictionnaire de Trévoux ». (HUMBERT, 2004)

  • Les informations étymologiques se confondent avec les informations relatives à l’aire d’emploi (variation diatopique) qui est donnée à l’aide des adjectifs correspondants : « terme savoisien, vaudois, terme vieux français », ou bien « Biscôme, terme connu dans toute la Suisse française ». On trouve aussi les lieux précis, par exemple « dans le canton de Vaud », ou des informations qui témoignent de l’extension d’usages, comme Greffion qui est un terme suisse romand, savoisien et jurassien. En provençal, en piémontais et en vieux français on dit « Grafio ». (HUMBERT, 2004)

L’ensemble de ces informations qui accompagnent les entrées de manière non systématique est agrémenté d’une série de curiosités pleines de charmes. Il s’agit de curiosités culturelles relatives aux métiers qui dans les entrées sont formulées de la façon suivante explicitant certains savoir-faire : « terme de boulangerie, de boucherie, de fromagerie, de charcutier, de pâtissier, dans le langage des cuisiniers etc. ».

Parmi les curiosités culturelles savantes nous relevons non seulement des références aux différents dictionnaires comme le Dictionnaire de l’Académie, le Dictionnaire de Richelet, le Dictionnaire de Trévoux et des discordances entre ceux-ci et d’autres ouvrages comme celui de Boiste et de Bescherelle ; d’autres encore sont cités (Noël et Chapsal, Pautex) qui témoignent de la culture des deux auteurs Humbert et Gaudy-Lefort. Figurent également des allusions à des usages de grands auteurs du passé comme Mme de Sévigné ; on trouve des citations des essais de Montaigne, de Rousseau, par exemple sous l’entrée « les grus » pour justifier des mots d’usage genevois. Ils acquièrent ainsi leurs lettres de noblesse. D’autres références culturelles appartiennent aux mots du vieux français, « en ancien français, utilisé dans les chants de Noëlle » sous l’entrée « Anaille » chez Humbert.

À ce point de notre analyse, il nous est possible de souligner les ressemblances et les différences de ces deux glossaires : il s’agit bien de glossaires dont le rôle est d’expliquer, d’éclaircir le sens de termes en usage dans le Genevois et la Suisse romande. Nous avons relevé quelques rares distorsions au niveau des entrées et des explications ou informations grammaticales entre les deux Greifion /Greffion ou Choucroute (masculin ou féminin).

Si nous avons affirmé que l’objectif des deux auteurs était semblable, malgré la différence de consistance des glossaires, c’est bien par rapport à leur vision sur leur langue qu’ils veulent à la fois sauvegarder, expliquer aux étrangers et aussi « redresser pour en ôter les confusions, les erreurs par rapport au français, seule et unique langue de référence ». Donc une position commune de défenseurs du purisme de la langue, purisme qui surgit au travers du choix des mots utilisés, comme « faute, solécisme » et de quelques rappels à l’ordre d’usage « vicieux » avec une panoplie d’expressions du type  « il faut dire », « ne dites pas », panoplie qui subsiste encore de nos jours. Humbert explicite ainsi : « ne dites pas manger une glace mais prendre une glace », de même avec le mot chocolat : « En France les personnes qui parlent bien disent : Prendre du chocolat. Nous disons souvent Boire du chocolat, expression qui n’est autorisée par aucun dictionnaire ». D’autres remarques négatives et désobligeantes concernent la prononciation erronée des campagnards « qui ajoutent un d euphonique ou énergique dans une foule d’expressions familières », ou bien qui utilisent des termes « vieillots », qui proviennent du patois avec un genre différent (« bonnes épinards »).

Enfin nous avons relevé une position pleinement partagée des deux auteurs, tout à fait engagés dans leur glossaire au point de manifester leurs présences avec l’utilisation de la première personne comme, par exemple, le fait Humbert dans l’expression « la lune baigne » : « cette expression (la lune baigne), si connue n’est consignée, je crois, dans aucun dictionnaire ».

3. L’alimentation dans le canton de Genève

Notre recherche systématique des mots de l’alimentation nous a permis d’identifier, dans un corpus consistant de mots, (relatifs aux seules entrées A-H) 91 mots pour Humbert et 35 mots pour Gaudy-Lefort, portion réduite mais proportionnelle à l’ensemble des entrées.

Parmi les mots retenus figurent des fruits/arbres fruitiers et des légumes, des préparations laitières des préparations de boulangerie, des pâtisseries, des produits de charcutier, des parties de produits comestibles, du vin. L’ensemble de ces mots reflète la tradition gastronomique de l’époque à savoir des façons de nommer des produits, l’état de transformation de ces produits, les modalités de préparation des mets, les noms des préparateurs de ces spécialités (Biscômier) etc. Tous ont une appartenance spécifique au terroir, quelquefois partagée avec les territoires limitrophes ou nommés différemment ailleurs en France ou en Piémont ou dans le Sud de la France.

Les termes communs inclus dans les deux glossaires sont les suivants : Ambroche, Ambresaille (airelles), Alagne (noisette), Atriaux (boulettes de foie de cochon), Biscoin (brioche au safran), Biscome (pain d’épice), Blesson (poire sauvage), Brisselet (gauffre plate) Boudins (saucisse), Bugnet (beignet), Calvine (pommes), Caramelles, Catolion (grumeau de soupe), Chacho (galette), Chantemerle (Fromage), Coigner (Coignassie), Courgeron (potiron), Clairette (vin blanc), Coraillon (trognon d’un fruit), Côtes (cardes de bettes), Cougnarde (compote de coing), Crochonner (couper la croûte autour du pain), Croûte au beurre (tartine de pain), Croution (morceau de pain mordu, reste de vieux pain sec), Dinde, Epinardes, Echemi (terme culinaire romand), Ecrivisse (écrevisse), Gradouille (mauvaise sauce), Galimaufrée (restes de viandes), Gaufre (pâtisserie), Gouillardises (friandises), Greiffon (cerise), Greubon (sédiment de lard fondu), Grus ou Gruau (sorte de laitage), Herbettes (fines herbes), Petits fruits (fruits rouges).

Dans le Nouveau Glossaire Genevois figurent bien d’autres entrées, y compris les instruments utiles à la préparation des mets et des indications alimentaires utiles à mieux les connaître. Par exemple : Angurine (melon d’eau ou myrtille), Appondre (une sauce soit y ajouter du liquide), Barbot (au barbot soit un type de sauce), Bombonnaille (bonbon, assortiment de friandises), Branlettes (espèce d’ail), Brisoler (rissoler, rôtir), Carde (cardons), Cervelas (terme de charcutier), Chevretin (fromage de lait de chèvre), Coquemolle (sorte d’amande), Drachée (résidu de beurre fondu), Gotret (ris de veau). Certains de ces mots n’ont aucun équivalent en langue française, tandis que ceux qui en ont un ne figurent pas dans les dictionnaires de l’époque, ce qui signifie une mise à l’écart de tout ce qui est régional donc « Vicieux », sans doute interprété comme patoisant, alors que nos auteurs soulignent la différence entre ce qui est et ce qui n’est pas du français de Suisse.

Nous allons vérifier si le français de Suisse reste aujourd’hui empreint de ses caractéristiques linguistiques du passé (cf. mots du corpus) et pour ce faire nous avons opéré deux types d’enquête. La première à travers un questionnaire (en annexe) distribué parmi les résidents de la Suisse francophone et qui ont répondu via mail5. La seconde avec l’aide du moteur de recherche Google et selon des paramètres tels que : page d’origine des documents, langue et date sur une période temporelle de 14 ans, de 2000 à 2014.

3.1. Les « voix » alimentaires des résidents de la Suisse francophone : le questionnaire

Le questionnaire, distribué par mail, est constitué de deux parties (cf. Annexe). La première comprend des questions inhérentes aux participants à savoir l’âge, le sexe, la résidence géographique. La deuxième partie comprend deux questions, l’une relative à la conscience linguistique du locuteur et l’autre à la connaissance de mots et expressions sélectionnés parmi ceux qui sont communs aux deux glossaires.

Dix-huit locuteurs ont répondu au questionnaire. L’analyse détaillée des réponses du questionnaire commence en premier lieu par la localisation géographique des locuteurs. Le tableau suivant (Tableau 1.) montre la distribution régionale selon les questions posées.

Tableau 1. Distribution régionale des locuteurs participant au questionnaire.

tab 1 Vittoz

La deuxième information disponible concerne l’âge des locuteurs participants, dont la projection est donnée par le camembert ci-dessous (Figure 1) :

Figure 1 Âge des locuteurs participants au questionnaire.

fig 1 Vittoz

Les pourcentages montrent une distribution équilibrée parmi les locuteurs, exception faite pour les tranches d’âge de 15 à 20 ans et de 20 à 35 ans, pour lesquelles aucun locuteur n’était disponible6.

Une question sur la conscience linguistique, à savoir la reconnaissance de la présence de mots ou expressions suisses dans la langue française utilisés constamment a été aussi posée. Le camembert dans la Figure 2 montre que la majorité des locuteurs (83%) a répondu affirmativement.

Figure 2 La conscience linguistique des locuteurs participant au questionnaire

fig 2 Vittoz

Au cœur du questionnaire, le sondage sur l’usage des mots et expressions dans la Suisse francophone inclus dans les deux glossaires se compose de 38 termes ou expressions (cf. Questionnaire en annexe).

L’analyse des réponses données par les locuteurs interpellés est représentée par le diagramme en barres / histogramme récapitulatif suivant.

Figure 3 Projection des mots et expressions alimentaires dans la Suisse francophone reconnus.

fig 3 Vittoz

En particulier, le diagramme dans la Figure 3 montre d’une façon comparée l’usage des éléments choisis pour la présente recherche. L’analyse des données indique que certains mots et expressions tels quels angurine, chacho/chachaud/chachao, galimaufrée/galimafrée ne sont plus reconnus par les locuteurs d’aujourd’hui de toute classe d’âge. Par ailleurs, pour les autres termes sélectionnés, on relève des différences, notamment dans l’usage – sans distinction entre l’usage actif et l’usage passif du terme – qui peut dépendre de l’âge et de la localisation des locuteurs. Le diagramme suivant (Figure 4) montre les termes classés par fréquence d’usage :

Figure 4

fig 4 Vittoz

3.2. Les mots et les expressions de l’alimentation dans les sites Internet de la Suisse francophone

Pour faire l’état des lieux sur l’usage des termes, une sélection de mots et d’expressions, inclus dans les deux glossaires et dans le questionnaire, ont été sélectionnés et recherchés sur Internet selon les paramètres ci-dessus. En particulier, les items choisis sont alagne, biscôme, biscoin, bombonnaille, brisselet, bugnet, cervelas, croûte au beurre, fruits cassés, à l’étouffée, pois goulus. La recherche a été conduite avec le moteur de recherche Google en établissant des paramètres spécifiques tels que pays d’origine des documents, langue, et dates.

Les zones de couleur dans le diagramme de la Figure 5 donnent une perspective visuelle de la distribution des items sélectionnés au cours de la période 2000 – 2014. Parmi les 11 items choisis, seulement 3, biscôme, brisselet, cervelas, apparaissent dans les sites de la Suisse francophone. Les zones de couleur montrent aussi la tendance différente des trois items au cours des années. Tandis que biscôme est utilisé de plus en plus fréquemment, cervelas montre une tendance croissante lente. Brisselet, par contre, montre une tendance irrégulière, avec des apparitions occasionnelles, qui semble toutefois trouver pendant les années 2011-2014 une présence constante.

L’absence de trace des autres mots ne doit pas être interprétée comme une disparition du vocabulaire régional. Au contraire, et comme le sondage proposé aux locuteurs l’a bien montré, certains mots et expressions sont encore utilisés. Nous pouvons expliquer ce phénomène par leurs spécificités liées à des traditions culinaires du passé ou strictement liées au lieu d’origine, elles constituent des représentations trop caractéristiques pour être diffusées sur Internet. Donc, il semble que l’apparition de certains items soit le résultat d’un choix fait aussi en fonction de l’internaute qui surfe sur les sites pour connaître l’alimentation typique d’une région.

Figure 5 Distribution temporelle 2000-2014 de certains items

fig 5 Vittoz

Conclusions

La lecture attentive et l’analyse des deux glossaires nous ont amenée à la découverte d’une vision en quelque sorte diachronique de la variation du lexique sur les frontières géographiques de la Suisse romande, par le truchement du travail lexicographique de deux passionnés de leur terroir mais ayant vécu loin de celui-ci. Le lexique de l’alimentation, très ancré dans la culture locale, est rapidement apparu comme une source féconde de réflexion sur les traditions linguistiques qui dépassent amplement les territoires d’usages et se métamorphosent aussi, tout en gardant une profonde emprise encore aujourd’hui. Le questionnaire réalisé en 2015 nous a permis enfin de vérifier et de confirmer ce que nous avions jusque-là supposé, à savoir la continuité d’emploi de certains termes correspondant à des traditions culturellement stables, pleines d’un charme tout helvétique, comme la bombonaille qui désigne encore pour un genevois des tas de bonbons et friandises. Aucun mot semblable n’existe en français de France…

Bibliographie

ARES, GEORGES, Parler suisse, parler français, Genève, éd. de l’Aire, 1994.

BRIDEL, DOYEN, Glossaire du Patois de la Suisse Romande, Lausanne, éd. Georges Bridel, 1866.

FRÉCHET, CLAUDINE, Dictionnaire des régionalismes de Rhône – Alpes, Paris, Champion, 2015.

GAUDY-LEFORT, AIMÉ-JEAN, Glossaire genevois, in Contes et Légendes de la Suisse, 1827, republié par Slatkine 2001.

GUICHONNET, PIERRE (1986), Le parler savoyard, mots et expressions du terroir, Paris, éd. Rivage, 1986.

HADACEK, CLAUDE, Le suisse romand tel qu’on le parle, lexique français–romand, Lausanne, éd. Favre, 1984.

HENRY, PAUL, Le parler jurassien ou l’amour des mots, mille chroniques du langage, Lausanne, éd. Le Pays, 1992.

HUMBERT, JEAN, Nouveau Glossaire genevois, Genève, Chez Jullien Frères, 1852, republié par Slatkine 2004.

NICOLLIER, ALAIN, Dictionnaire des mots suisses de la langue française : mille mots inconnus en France, usités couramment par les Suisses, Genève, éd. GVA, 1990.

PERROCHON, HENRI, Le langage des Vaudois, Lausanne, éd. 24 Heures, 1980.

PIDOUX, EDOUARD, Le langage des Romands, Lausanne, éd. L’ensemble, 1986.

SUTER, HENRY, Termes Régionaux de Suisse Romande et de Savoie, 2009, http://henrysuter.ch/glossaires/patoisB0.html

VITTOZ, MARIE- BERTHE, « La variation dans l’espace francophone : le français de Suisse » in Réalités et perspectives francophones dans une Europe plurilingue, Actes du XIXe Colloque de la SUSLLF, Saint-Vincent, les 6-9 mai 1993. Aoste : Imprimerie Valdotaine, 1993.

VITTOZ, MARIE- BERTHE, « La variation linguistique dans l’espace francophone », in Académie Chablaisienne, Mémoires et Documents, Tome LXVIII, 1996.

VODOZ, M. JEAN-MARIE, « Ma francophonie est une riveraine » in STELIO FARANDJIS, SERGE BRIAND, État de la francophonie dans le monde, Données 1993 et 6 enquêtes inédites, Paris, Documentation Française, 1993, p. 11 -18.

Sitographie

Dictionnaire Franco-Suisse, 2005, http://www.skipass.com/blogs/clash/dictionnaire-franco-suisse.html

Dictionnaire Suisse Romand : http://www.lexilogos.com/suisse_romanddictionnaire.htm

Dictionnaire des helvétismes : http://www.fssc.ch/old_site/J_helvetismes.htm

Blog d’une expat suisse en France « Tome 2 : Taisez ces helvétismes que les Français ne peuvent comprendre http://www.yapaslefeuaulac.ch/taisez-ces-mots-interdits-incompris-hors-de-romandie/

Lexique Français - Suisse Romand, http://mapage.noos.fr/r.ferreol/langage/fr-ch.htm

	 
  

ANNEXE 1. Le Questionnaire

fig 6 Vittoz
  • Vous participez à ce sondage car :

  • NB ne donnez qu’une seule réponse

    OUI

    NON

    Vous êtes Suisse et vivez habituellement en Suisse (canton de Vaud , de Genève, Valais)
    Vous êtes Suisse mais vous vivez ordinairement en France (région d’Annemasse, Thonon, ou les vallées de la Dranse)
    Vous êtes savoyard(e) de souche et vivez dans la région proche de la Suisse depuis votre enfance
    Vous êtes savoyard(e) de souche et vivez dans la région proche de la Suisse depuis votre enfance

    Vous êtes un homme
    Vous êtes une femme
    De 15 à 20 ans
    De 20 à 35 ans
    De 35 à 45 ans
    De 45 à 60 ans
    De plus de 60 ans
    De plus de 70 ans
  • Avez-vous conscience que le français que vous parlez est riche d’expressions suisses ? □ oui □ non

  • Est- ce que vous connaissez ces mots, ces expressions ?

  • Biscoin (sorte de brioche au safran)
    □ oui
    □ non
    Biscome (pain d’ épices)
    □ oui
    □ non
    Blettes ( carde, cotes de Bettes)
    □ oui
    □ non
    Brisselet (sorte de gaufre plate)
    □ oui
    □ non
    Chacho/chachaud/chachao (espèce de galette au beurre)
    □ oui
    □ non
    Croute au beurre/croute dorée (tartine de beurre)
    □ oui
    □ non
    Bugnet (beignet)
    □ oui
    □ non
    Bombonaille (grande quantité de friandises)
    □ oui
    □ non
    Gout de ”bon-né” d’une soupe
    □ oui
    □ non
    Des fruits cassés (des fruits tombés de l’arbre et meurtris)
    □ oui
    □ non
    Des petits fruits ( fruits rouges , fruit des bois)
    □ oui
    □ non
    Des greffions (cerises bigarreau)
    □ oui
    □ non
    Un coraillon de pomme (le trognon/le cœur d’un fruit
    □ oui
    □ non
    Haricot à l’étouffée (à l’étuvée)
    □ oui
    □ non
    Pois goulus (pois gourmands)
    □ oui
    □ non
    Gouter soupatoire (qui tient lieu de souper)
    □ oui
    □ non
    De la soupe aux grus (terme de fromagerie)
    □ oui
    □ non
    Des Herbettes (fines herbes pour la salade ou le potage)
    □ oui
    □ non
    Un Crezenet (petite tome ou fromage)
    □ oui
    □ non
    Chevrotin (petit fromage de chèvre)
    □ oui
    □ non
    Soupe avec des catolions (avec des grumeaux)
    □ oui
    □ non
    Le cervelas (charcuterie/fromage de cochon)
    □ oui
    □ non
    Une viande échemie (filandreuse desséchée et sans saveur)
    □ oui
    □ non
    Galimaufrée/galimafrée (fricassée de reste de viandes)
    □ oui
    □ non
    Des greubons (sédiments de lard fondu)
    □ oui
    □ non
    Poire blesson
    □ oui
    □ non
    Poire Crasane
    □ oui
    □ non
    Pomme calvine
    □ oui
    □ non
    Chatagne
    □ oui
    □ non
    Angurine (melon d’eau)
    □ oui
    □ non
    Courgeron (potiron)
    □ oui
    □ non
    Unelongeole (charcuterie /andouillette
    □ oui
    □ non
    Agouter un fromage (gouter)
    □ oui
    □ non
    Amassersonassiette (nettoyer avec du pain)
    □ oui
    □ non
    Appondredubouillon (ajouter du bouillon)
    □ oui
    □ non

    1
    Cet attrait du grand public se retrouve sur la toile qui offre aux aussi bien des glossaires ou lexique en ligne comme le Petit lexique du parler de Suisse romande et de Savoie www.henrysuter.ch/glossaires/patoisQ0.html ; le Lexique français suisse romand, Mapage.noos.fr/r.ferreol/langage/fr-ch.htm ; le Dictionnaire franco-suisse 2005 www.skippas.com ou bien encore des blogs comme www.yapalefeuaulac.ch/taisez-ces-mots-interdits (un blog d’expat), sans oublier de citer le Dictionnaire francophone universel en ligne www.lexilogos.com/suisse_romanddictionnaire.htm.

    2
    A. Nicollier, Dictionnaire des mots suisses de la langue française : mille mots inconnus en France, usités couramment par les Suisses, Genève, Ed. GVA, 1990 ; H. Perrochon, Le langage des Vaudois, Lausanne, Ed. 24h, 1979 ; E. Pidoux, Le langage des Romands, Lausanne, Ed. L’ensemble, 1980 ; C. Hadacek, Le suisse romand tel qu’on le parle, lexique français –romand, Lausanne, Ed. Favre1984 ; P. Guichonnet, Le parler savoyard, mots et expressions du terroir, Paris , Ed. Rivage, 1986 ; P. Henry, Le parler jurassien ou l’amour des mots, mille chroniques du langage, Lausanne, Ed. Le Pays, 1992, G. Arès, Parler suisse, parler français, Genève, Ed. De l’Aire, 1994.

    3
    La rédaction de la Notice suit l’article nécrologique publié par M. le professeur L. Vaucher dans Le Journal de Genève, numéros du 11 et du 12 octobre 1851.

    4
    « un négociant fixe pendant plusieurs années dans une ville étrangère m’a assuré qu’il se faisait adresser chaque mois un recueil de nos Feuille d’Avis, uniquement pour avoir le plaisir d’y retrouver les termes et les tours de notre idiome dont on sait qu’abondent les petites affiches genevoises » (ibid. : 14).

    5
    Le questionnaire a été aussi complété par un résident de la Savoie très proche qui utilise un lexique teinté d’helvétismes.

    6
    La distinction de sexe signalée dans les réponses, 12 femmes et 6 hommes, ne modifie pas les résultats du questionnaire et constitue une information purement statistique.

    Per citare questo articolo:

    Marie-Berthe VITTOZ, À propos de deux glossaires genevois du XIXe siècle : focus sur les mots de l’alimentation, Repères DoRiF n.11 - Francophonies européennes : regards historiques et perspectives contemporaines - Coordonné par C. Brancaglion et C. Molinari, DoRiF Università, Roma novembre 2016, http://dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=323

    Ritorna alla Barra di Navigazione