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Wim Remysen

Décrire le français en usage au Québec dans un dictionnaire, oui, non, peut-être… ? Le discours des chroniqueurs de langage au sujet de la lexicographie québécoise et française

Wim Remysen
Centre d’analyse et de traitement informatique du français québécois, Université de Sherbrooke
wim.remysen@usherbrooke.ca

Riassunto
Questo articolo riguarda l’accoglienza che i cronisti della lingua quebecchese hanno riservato ai diversi progetti lessicografici proposti ai Quebecchesi a partire dal 19° secolo e sulle loro reazioni, attorno anni 70, all’inserimento degli usi quebecchesi nei dizionari redatti in Francia. A partire da un’analisi di 15 cronache, mostreremo che i cronisti trasmettono diversi modi di concepire il dizionario che può essere visto come “arbitro” in ambito linguistico, come un “testimone” dell’uso o ancora come un’“opera nazionale”. Questi concetti divergenti del dizionario e del suo ruolo come riferimento normativo sono strettamente legati alla concezione del francese quebecchese e della lingua francese stessa.

Abstract
In this article, we look into the different ways in which language columnists from Québec have discussed the legitimacy of describing Québec French either in dictionaries published intentionally for a Québécois audience or in French dictionaries willing to include usages from elsewhere in the Francophonie. Our analysis, based on opinions expressed in 15 different language columns, shows that dictionaries are portrayed differently by language columnists according to their conception of the French as it is used in Québec and their idea of the French language in general.

Mots-clés : français au Québec, chronique de langage, représentations linguistiques, lexicographie, normes linguistiques.

Parole chiave : francese del Québec, cronaca linguistica, rappresentazioni linguistiche, lessicografia, norme linguistiche.

Key-words : French in Québec, language column, language attitudes, lexicography, linguistic norms.

1. La description lexicographique du français en usage au Québec1

Le Dictionnaire de la langue française : le français vu du Québec, qui vient d’être officiellement lancé sur le marché sous le nom d’Usito2, est le projet lexicographique le plus récent dans l’histoire des dictionnaires québécois dont il marquera à n’en pas douter une étape importante. Résolument engagé dans la description globale du français québécois (ce dictionnaire ne décrit pas seulement les québécismes, mais l’ensemble des ressources lexicales dont disposent les Québécois) et destiné à faire le pont avec d’autres variétés de français (celle qui a cours en France, notamment), le dictionnaire Usito a pu voir le jour grâce à tout le chemin que la lexicographie québécoise a parcouru depuis la fin du 19e siècle. C’est en effet à ce moment-là que sont apparus les premiers glossaires de la langue utilisée au Québec (ou, selon l’appellation courante à l’époque, au Canada français) en réaction au mouvement de correction de la langue qui avait commencé à se développer à partir du milieu du 19e siècle (voir MERCIER 1996).

Si j’évoque ici la récente sortie du dictionnaire Usito, c’est qu’elle nous fournit l’occasion de revisiter en quelque sorte l’histoire de la lexicographie québécoise. Plus précisément, l’aboutissement de ce projet de longue haleine nous invite à revenir sur les conditions dans lesquelles les principaux dictionnaires québécois ont vu le jour depuis le tournant du 19e siècle. Il est en effet frappant de constater à quel point les articles publiés par l’équipe du dictionnaire Usito depuis le début de son entreprise permettent de passer en revue l’ensemble des questions auxquelles les lexicographes québécois ont dû faire face pendant un peu plus d’un siècle3: quelle est la légitimité des québécismes ? Faut-il les identifier à l’aide d’une marque topolectale ? Comment situer, dans un seul ouvrage, la variété québécoise par rapport aux autres variétés de français ? Quelle place faut-il réserver aux anglicismes qui sont utilisés au Québec ? Toutes ces questions, qui font intervenir des considérations de toutes sortes, ont donné lieu à des débats et à des prises de position très variées au fil du temps. Ainsi, les lexicographes québécois ont constamment dû naviguer entre plusieurs approches et considérations : faut-il décrire ou prescrire ? Si on décrit, quelle place devrait-on accorder au point de vue prescriptif ? Faut-il se limiter à décrire les québécismes (approche différentielle) ou, au contraire, inclure dans la description l’ensemble des unités lexicales qui ont cours en français du Québec (approche globale)  ?4

Comme le montre bien Nadine Vincent dans un autre article publié dans ce même numéro (« La lexicographie québécoise du 21e siècle : après les tempêtes, l’affirmation tranquille »), les réponses à toutes ces questions sont intimement liées aux prises de position adoptées par les différents individus ayant porté les projets lexicographiques qui ont été proposés aux Québécois au cours de l’histoire. Son article montre que malgré des consensus, plusieurs divergences importantes ont toujours existé entre les linguistes, même entre ceux qui poursuivaient un seul et même but, celui d’offrir aux Québécois un ouvrage de référence susceptible de rendre compte de leur propre réalité linguistique (et culturelle, d’ailleurs). Pour ma part, je voudrais me concentrer dans cet article sur le rôle qu’a pu jouer la réception de ces dictionnaires dans l’histoire de la lexicographie au Québec. On ne saurait en effet oublier le débat public auquel plusieurs de ces dictionnaires ont donné lieu au moment de leur publication5. Je m’intéresserai plus particulièrement à l’accueil qui leur a été réservé dans les nombreuses chroniques de langage6 qui ont été publiées dans la presse québécoise depuis les années 1860. Les auteurs de ces textes, faut-il le rappeler, ont toujours accordé une place de choix au(x) dictionnaire(s). Or, dans la mesure où les chroniques étaient généralement signées par des personnalités à qui était reconnue une autorité certaine en matière de langue, la façon dont les chroniqueurs ont présenté les dictionnaires dans leur discours a pu avoir un impact certain auprès de leur lectorat.

En même temps, la question de la description du français québécois ne se pose pas seulement en termes de production de dictionnaires faits au Québec. En effet, le sujet soulève aussi la question de la description des usages québécois dans les dictionnaires faits en France, qui sont restés longtemps et qui restent encore des références normatives importantes pour le public québécois. On sait que les lexicographes français se sont progressivement ouverts à l’inclusion de particularismes topolectaux dans leurs dictionnaires à partir des années 1970 et cette pratique a elle aussi fait réagir plusieurs chroniqueurs de langue. C’est donc à cette double question –l’accueil réservé par les chroniqueurs aux dictionnaires québécois ainsi qu’à la prise en compte des usages québécois dans les dictionnaires français – que je m’intéresserai dans cet article. Le corpus utilisé pour cette analyse est composé de quinze chroniques écrites par des auteurs qui ont marqué le genre de la chronique de langage au Québec7. Toutes les chroniques à l’étude proviennent de la base de données textuelles ChroQué : chroniques québécoises de langage, disponible en ligne8.

2. La place « du » dictionnaire dans les chroniques de langage

Les auteurs des chroniques de langage publiées dans la presse canadienne-française et québécoise accordent une place très importante aux dictionnaires dans leur discours. Ces ouvrages servent d’abord et avant tout de « juges » en matière de langue : les chroniqueurs se servent en effet abondamment des dictionnaires qui font autorité pour fonder leurs prises de position normatives, c’est-à-dire pour légitimer ou pour condamner les différents faits de langue, le plus souvent lexicaux, qu’ils commentent :

Nicolet me demande ce que je pense du mot extradé. [/] Rép. – Je pense que c’est excellent français. On le trouve dans les meilleurs dictionnaires. Il en est de même du mot entraîner, dans le sens de préparer quelqu’un pour un but spécial. Entraîner un athlète pour la lutte, un cheval pour la course, etc. C’est la traduction du verbe anglais to train. (Louis FRÉCHETTE, « À travers le dictionnaire et la grammaire : corrigeons-nous ! », La Patrie, Montréal, 14 octobre 1893, p. 1 ; nos gras).

Outre le fait que ces ouvrages sont souvent invoqués pour justifier une acceptation ou une condamnation, ils servent aussi à renforcer d’autres arguments ou à récuser des arguments jugés peu valables (voir REMYSEN 2009). En d’autres termes, sur le plan normatif, les autorités que sont les dictionnaires ne sont pas seulement importantes d’un point de vue quantitatif (il s’agit d’un argument d’autorité fréquent sous leur plume) ; elles le sont aussi d’un point de vue qualitatif (il s’agit d’un argument qui a un poids décisif) :

[…] On traduit généralement en France rocking chair par « fauteuil à bascule. » C’est absurde comme signification et comme forme. [/] Notre mot berceuse, qui est aussi charmant que suggestif, s’imposait. Aussi la dernière édition de Bescherelle ajoute-t-elle aux autres significations du mot berceuse, celle-ci : « Siège communiquant un balancement. » La question est réglée. (Louis Fréchette, « À travers le dictionnaire et la grammaire : corrigeons-nous ! », La Patrie, Montréal, 21 octobre 1893, p. 1 ; nos gras).

Compte tenu de l’importance que revêt la langue telle qu’elle est utilisée en France pour la plupart des chroniqueurs, ce sont essentiellement les dictionnaires faits en France qui jouent un rôle décisif dans leurs prises de position normatives. Du point de vue normatif, les dictionnaires faits au Québec occupent plutôt une place marginale dans le discours des chroniqueurs, notamment chez les chroniqueurs les plus puristes, qui ne les invoquent que très peu. Ainsi, on cherchera en vain le Dictionnaire général de la langue française au Canada (publié en 1957 par Louis-Alexandre Bélisle) dans les chroniques parues au milieu du 20e siècle, ou encore le Dictionnaire du français plus (1988) ou le Dictionnaire québécois d’aujourd’hui (1992) dans les chroniques plus récentes. Mis à part quelques exceptions, le plus souvent pour les dénoncer, les chroniqueurs n’en soufflent mot. C’est qu’à leurs yeux, les seuls dictionnaires québécois qui sont légitimes et utiles sont ceux qui poursuivent un objectif de correction :

L’Académie dirige sagement les destinées de la langue française. Ici, nous la défendons contre les barbarismes, les solécismes, les exotismes, et, comme elle commence à vieillir, contre les rhumatismes. Vous accueillez, Monsieur le secrétaire, les mots de bonne venue, frappés au coin du véritable esprit français, et vous en faites un dictionnaire. Nous aussi, nous fabriquons des dictionnaires, mais ce sont des dictionnaires à l’envers. Ce sont des dictionnaires de mots mal venus, des dictionnaires de fautes contre la langue française, consacrant ainsi le dicton qui veut qu’une dictée donnée aux élèves en classe, c’est un concours de fautes de français. (Jacques Clément [pseud. d’Étienne Blanchard], « Propos philologiques : à travers les mots », La Presse, Montréal, 5 janvier 1952, p. 24 ; nos gras).

Sans surprise, ils acclament ce genre de répertoires de fautes, de dictionnaires de difficultés ou d’autres publications du même acabit. Nombreuses sont donc les citations provenant du Dictionnaire de nos fautes contre la langue française (de Raoul Rinfret, paru en 1896), d’une des multiples éditions du Dictionnaire de bon langage (publié par Étienne Blanchard à partir de 1914) ou encore du Dictionnaire des difficultés de la langue française au Canada (publié en 1967 par Gérard Dagenais).

Seuls certains chroniqueurs, nettement moins nombreux, se sont montrés plus ouverts sinon à la réalisation d’ouvrages faits par et pour des Québécois, du moins à la prise en compte du français québécois dans les dictionnaires faits en France. En réalité, la position adoptée par les chroniqueurs à l’endroit « du » dictionnaire (au singulier) et à l’endroit de la description lexicographique du français tel qu’il a cours au Québec dépend largement de la conception qu’ils se font du français comme langue (ou encore du dictionnaire comme gardien de cette langue). À ce sujet, j’ai proposé, dans un article consacré aux représentations identitaires des chroniqueurs (voir REMYSEN 2012), de classer les chroniqueurs en fonction de trois groupes, les chroniqueurs puristes, régionalistes et autonomistes, selon leur façon de concevoir le français comme langue. C’est cette catégorisation que je reprendrai ici pour mieux situer les différences dans leur discours à propos de la représentation lexicographique du français québécois.

3. Le dictionnaire comme « arbitre » chez les chroniqueurs puristes

La majorité des chroniqueurs québécois adoptent une position qu’on peut qualifier de « puriste ». Partant de l’idée que seuls les Français sont les détenteurs de la langue française, ils s’en remettent à l’usage hexagonal pour définir le bon usage, y compris en contexte québécois. Apparu au milieu du 19e siècle, ce point de vue a profondément marqué l’imaginaire linguistique des Québécois et il n’a jamais vraiment disparu, même si le visage de ce discours a changé au fil du temps.

On comprend que les chroniqueurs puristes voient d’un très mauvais œil la réalisation de dictionnaires québécois et qu’ils refusent d’envisager que puisse voir le jour un dictionnaire qui rendrait compte de l’usage qui a cours au Québec. S’ils condamnent les dictionnaires faits au Québec, c’est généralement sous prétexte que ces dictionnaires ne feraient que consacrer des usages jugés tout à fait illégitimes. Voici comment Gérard Dagenais (années 1960), un des chroniqueurs les plus puristes que le Québec a connus, s’insurge contre le Dictionnaire général de la langue française au Canada de Louis-Alexandre Bélisle, paru en 1957 :

On dit : M. Dagenais, retranché derrière le dictionnaire de l’Académie, a raison […], mais n’est-ce pas une absurdité d’avoir raison de cette manière ? [/] Derrière quel dictionnaire et derrière quel usage devrions-nous donc nous retrancher pour ne pas être absurdes ? Derrière cette abomination qu’est le dictionnaire Bélisle (qui, à la rigueur, peut être de quelque utilité pour les chercheurs, un certain nombre d’éducateurs et surtout les censeurs) vendu bon marché à la foule par de grands magasins d’alimentation comme pour faire croire au peuple, déjà si mal informé par l’enseignement, que ce « français » du Canada est du français et qu’on est justifié de le parler et de l’écrire ? Ce serait trop bête. Ce serait participer délibérément à une tentative collective de suicide national. (Gérard Dagenais, « Réflexions sur nos façons d’écrire et de parler », Le Devoir, Montréal, 13 avril 1960, p. 14 ; nos gras).

Les chroniqueurs puristes sont du reste très réfractaires à l’idée d’inclure des mots québécois dans les dictionnaires faits en France. Dans une série d’articles consacrés au dictionnaire Bordas, par exemple, le chroniqueur Pierre Beaudry (années 1970) condamne fermement la décision prise par les auteurs de cet ouvrage d’inclure une liste de « tournures propres au Canada » :

Je ne sais par quelle motivation démagogique ou par quel processus d’aberration ces gens [les auteurs du dictionnaire Bordas] se sont crus autorisés à ajouter en annexe à leur ouvrage des pages consacrées à des « mots, locutions et tournures propres (?) à la Belgique, au Canada, à la Suisse romande ». Mais je leur dis et j’aimerais bien le leur crier de toutes mes forces, qu’ils ont fait une bourde monumentale. Et, ce qu’ils ne savent peut-être pas, c’est que notre enseignement du français étant ce qu’il est, bon nombre de Québécois se croiront autorisés à perpétuer et même à ressusciter nos plus grossières fautes auxquelles ce dictionnaire semble vouloir donner droit de cité dans la francophonie. Le plus incompréhensible, c’est qu’ils ont tout simplement choisi au hasard parmi les quelque trois mille fautes qui étaient, autrefois, courantes chez nous, pour caractériser notre parler. (Pierre Beaudry, « Les maux de notre langue », La Presse, Montréal, 3 novembre 1973, p. H14 ; nos gras).

Pourtant, tous ces chroniqueurs puristes sont d’avis que les lexicographes ont principalement pour tâche d’enregistrer et de suivre l’usage, de « constate[r] la langue », plutôt que de la « faire »9. À ce sujet, voici ce que répond Gérard Dagenais à un de ses lecteurs qui cherche à savoir s’il est raisonnable de suivre les dictionnaires qui indiquent que toast « tranche de pain grillée » est masculin, contrairement à ce que disent les Québécois :

[…] les auteurs de dictionnaires ne dictent pas le genre des substantifs. Les auteurs de dictionnaires ne font rien d’autre que constater des faits. Ils consignent l’usage. C’est une idée farfelue que celle d’opposer l’usage aux dictionnaires. Si tous les dictionnaires usuels indiquent que tel nom est masculin, ce ne peut évidemment s’expliquer que parce que tel est l’usage. (Gérard Dagenais, « Est-ce français ? », Allô Police, Montréal, 24 janvier 1971, p. 15 ; nos gras).

Seulement, pour les chroniqueurs puristes, l’usage dont il s’agit, ce n’est pas celui qui a cours dans toutes les communautés francophones, mais seulement celui qui a cours dans l’Hexagone. À ce sujet, les puristes sont on ne peut plus clairs : « si un mot mérite d’entrer dans le dictionnaire, c’est qu’il est dans l’usage, par la volonté majoritaire des Français qui en ont besoin »10. Les seuls emplois québécois dont la présence dans les dictionnaires est jugée acceptable par ces chroniqueurs sont des statalismes, c’est-à-dire des mots ou expressions qui désignent des réalités typiquement québécoises ou canadiennes, à condition qu’ils soient bien formés :

Certes, les Français de la Nouvelle-France et, après eux, les sujets francophones du souverain d’Angleterre en Amérique étaient justifiés de former des mots par dérivation ou d’emprunter des vocables à d’autres langues pour désigner des choses qui leur étaient propres, c’est-à-dire qu’on ne trouvait pas en France et que, par conséquent, le français n’avait jamais nommées, comme certains poissons de nos eaux tels l’achigan et le maskinongé qui étaient inconnus en Europe. Pour autant que ces termes nés au Canada respectent les structures du français, ils sont à vrai dire français et devraient tous figurer dans les dictionnaires français. Ce sont les seuls termes auxquels la dénomination canadianisme s’applique dans un sens nullement péjoratif. (Gérard Dagenais, « Nos écrivains et le français », La Presse, Montréal, 12 mars 1966, p. 6 ; nos gras).

La principale objection à la réalisation d’un dictionnaire québécois réside donc dans l’absence de légitimé des usages qui seraient décrits dans un tel ouvrage. Ainsi, les chroniqueurs puristes en viennent à interpréter les marques topolectales qui identifient les canadianismes ou les québécismes dans les dictionnaires français comme des indications du caractère « non français » des emplois qu’ils accompagnent plutôt que comme des commentaires concernant la variation topolectale :

Ce calque [collet blanc] de « white collar (worker) » figure dans le Dictionnaire canadien de MM. Vinay, Daviault et Alexander, mais affecté du signe des canadianismes (c). Or, comme l’ouvrage contient aussi « bâdrer » (to bother : gêner, importuner), et jusqu’au terme « fun », dans l’expression « avoir un fun vert », il est légitime d’inférer que les auteurs n’ont pas de prétentions normatives, qu’ils n’entendent pas sanctionner l’usage de « collet blanc ». (Jacques Poisson, « À la recherche du français », Le Devoir, Montréal, 13 février 1967, p. 4).

[…] on a même trouvé moyen de faire entrer dans le Petit LAROUSSE, sous le mot souffleuse, la complaisante définition que voici : « Au Canada, sorte de chasse-neige ». Remarquons aussitôt que LAROUSSE n’a pas dit que le mot était français. Il a dit « au Canada ». […] (Pierre Beaudry, « Les maux de notre langue », La Presse, Montréal, 5 janvier 1974, p. A10 ; nos gras).

Cette association entre « (mot) français » (c’est-à-dire « appartenant à la langue française ») et « (usage) français » (c’est-à-dire « appartenant à la France ») est commune chez les chroniqueurs puristes (voir REMYSEN 2009). Elle est la conséquence directe de la conception du français comme langue unique et homogène et elle est à l’origine du refus d’utiliser le mot français pour qualifier les usages qui ont cours au Québec et au Canada :

Des ouvrages comme le Glossaire du parler français au Canada, le Dictionnaire général de la langue française au Canada (Louis-A. Bélisle) et Le français du Canada11(Victor Barbeau) prêtent par leurs titres au mot français un sens qu’il ne peut avoir étant donné le degré particulier d’uniformité et d’universalité auquel le français a atteint. Le français n’est pas multiple, mais un. (Gérard Dagenais, « Nos écrivains et le français », La Presse, Montréal, 14 mai 1966, p. 6).

Ce court extrait en dit long sur l’idée qu’un chroniqueur comme Dagenais se fait de la langue des Québécois. Le français en usage au Québec devient à tel point suspect que même les dictionnaires français adaptés spécialement pour le public québécois ne trouvent pas grâce aux yeux des chroniqueurs puristes. Ainsi, interpellé par une lectrice au sujet du Dictionnaire Beauchemin canadien publié en 1968, le chroniqueur consacrera pas moins de quatre billets à cet ouvrage, dans lesquels il affirme entre autres ce qui suit :

Étant persuadé depuis que j’ai l’âge de raison de l’impossibilité pour ainsi dire absolue de faire au Canada un dictionnaire du vocabulaire français usuel qui soit autre chose qu’une mauvaise copie des dictionnaires parus en France, je n’avais même pas songé à me procurer un exemplaire de cet ouvrage. […] [/] La Librairie Beauchemin, disent les Éditeurs, est […] fière d’avoir fait œuvre de pionnier en offrant au grand public le dictionnaire usuel de la langue française que tous les milieux canadiens souhaitaient depuis un bon nombre d’années. Une fois de plus, le monstre qui s’appelle indigénisme voudrait priver les Canadiens de nationalité française des nourritures françaises dont ils ont vitalement besoin. Ce n’est pas au Canada que l’on peut faire des lexiques de base du français usuel. (Gérard Dagenais, « Est-ce français ? », Allô Police, Montréal, 3 octobre 1971, p. 33).

Il faut savoir que la maison Beauchemin avait commencé à publier, dès la fin du 19e siècle, des adaptations canadiennes de dictionnaires parus chez Larousse, en France (voir LAJEUNESSE 2010), et que le Dictionnaire Beauchemin canadien se situe dans cette lignée. Or, le caractère québécois de ces ouvrages se limite essentiellement à l’ajout d’un supplément encyclopédique pour le Québec et pour le Canada. Mais rien n’y fait : même s’il constate avec joie que le dictionnaire n’a pas inclus « nos particularismes indésirables », Dagenais fait plusieurs remontrances à l’ouvrage, et il reproche entre autres aux auteurs de la partie encyclopédique de mal écrire. Son verdict est sans appel : ce dictionnaire « n’a de Canadien que ses fautes et le fait qu’il a été imprimé au Canada »12.

En résumé, le discours des chroniqueurs puristes illustre très clairement l’attitude de dénigrement qui est typique dans les communautés linguistiques considérées comme « périphériques » par rapport au « centre ». Les tentatives de codification ou de standardisation qu’on observe dans certaines de ces communautés sont en effet souvent ridiculisées non seulement par les locuteurs qui s’expriment dans la variété dominante, celle qui est considérée comme la variété de « référence », mais aussi par certains locuteurs de la variété dominée elle-même, qui voient leur façon de parler comme inférieure (voir PÖLL 2005). De toute évidence, les puristes dont il est question ici appartiennent à ce dernier groupe.

4. Le dictionnaire comme « témoin » chez les chroniqueurs régionalistes

Si la majorité des chroniques publiées au Québec depuis la deuxième moitié du 19e siècle ont des visées correctives, des chroniques plus descriptives feront leur apparition dès les années 1900. Certains chroniqueurs, dont la position pourrait être qualifiée de « régionaliste », témoignent en effet d’une ouverture à l’endroit du français québécois (et de ses particularismes), qu’ils voient essentiellement comme une langue populaire ou, dépendamment des époques, rurale et qui mérite, à ce titre, d’être étudiée et décrite. Dans bien des cas, toutefois, on remarque la présence de considérations normatives : bien des chroniqueurs régionalistes sont d’avis que le français québécois s’oppose à un français « standard » unique à l’ensemble des francophones et qu’il faut corriger la langue des Québécois afin de préserver une certaine unité et de rester vigilant face au « danger de dialectalisation »13.

Sans surprise, bon nombre de chroniqueurs régionalistes affichent des réticences à faire des dictionnaires du français québécois ou encore à inclure des québécismes dans les dictionnaires faits en France. Louis-Paul Béguin (années 1970-1980), par exemple, est d’avis que la langue des Québécois varie trop d’une région à l’autre pour qu’une véritable norme se dégage. Selon lui, il serait illusoire de concevoir un dictionnaire qui permette de dégager un modèle de langue valorisé au Québec :

Il n’existe pas une seule variété québécoise de français à l’intérieur du Québec. Il paraît donc illogique de vouloir faire un dictionnaire de mots représentatif d’un modèle unique de langage proprement québécois. Les diverses régions du Québec ont leurs différentes parlures. Et c’est très bien comme cela. Unifiant, liant ces parlures, le français standard ou moyen avec ses vocabulaires techniques, et surtout le français écrit, se retrouve[,] lui, partout. Ce français standard est le français dit universel. C’est ce qui se passe dans tous les pays et dans toutes les langues. (Louis-Paul Béguin, « Au fil des mots », Le Devoir, Montréal, 20 juillet 1981, p. 9 ; nos gras).

Que les Québécois utilisent des « régionalismes » qui leur sont propres semble tout à fait évident pour Béguin, mais il est néanmoins d’avis que ces mots n’ont pas leur place dans un dictionnaire, a fortiori dans un dictionnaire français (comme Larousse ou Robert) qui a pour but de rendre compte du « français international » :

Les mot[s] québécois (ils sont peu nombreux) désignant une réalité inconnue ailleurs que chez nous deviennent des mots français, font partie intégrante de la langue française et n’ont pas à être singularisés. S’il s’agit de mots qui font double emploi avec d’autres mots français, ce sont des régionalismes, que nous pourrions mettre dans un glossaire du parler canadien, par exemple, mais ils n’ont pas leur place dans un dictionnaire Larousse. Ils y sèment la confusion […]. [/] Toute région a ses régionalismes. Que les habitants de ladite région emploient, et c’est normal. Là n’est pas la question. Mais dans un dictionnaire international, seuls les mots connus partout doivent figurer, à titre de mots authentiquement français, pour les besoins des communications internationales […]. (Louis-Paul Béguin, « Au fil des mots », Le Devoir, Montréal, 30 avril 1976, p. 8 ; nos gras).

On retiendra deux éléments de la citation qui précède. D’abord, que les dictionnaires faits en France peuvent prétendre à un caractère international. Ensuite, que les particularismes des français régionaux sont à leur place seulement dans un glossaire, où ils ont droit de figurer à titre de mots « peu connus », ce qui en dit long sur leur légitimité. Cette idée revient régulièrement sous la plume de Béguin (et d’autres chroniqueurs régionalistes). Le seul projet auquel il croit correspond à un inventaire de tous les emplois régionaux de la francophonie :

Au lieu d’un Trésor général de la langue du Québec, alors que nous avons déjà tous les dictionnaires français, plus le Glossaire du parler français au Canada qui nous rend des services énormes, je propose à tous les lexicographes du monde francophone, à tous les linguistes sérieux, de collaborer ensemble et de se mettre derechef à l’ouvrage pour faire un DICTIONNAIRE UNIVERSEL DU FRANÇAIS, oeuvre qui pourrait tenir compte de TOUS les régionalismes de tous les pays francophones du monde entier. Pas seulement du Québec, mais de France (il y en a, Seigneur, des régionalismes en France), Belgique, Québec, Afrique, Asie, etc., etc. Il n’y a pas de raison de ne pas signaler les mots employés en Afrique noire par les francophones. Et de grâce, éliminons alors de la partie consacrée au Québec les prétendus régionalismes qui ne sont que des mots anglais camouflés. Là, M. Cellard, on aurait quelque chose pour la francophonie qui n’est pas, quoi qu’on pense, un mythe planétaire, pour employer votre expression. (Louis-Paul Béguin, « Au fil des mots », Le Devoir, Montréal, 1er novembre 1976, p. 13 ; nos gras).

Les chroniqueurs régionalistes ont ainsi contribué à véhiculer l’idée selon laquelle le français québécois n’est en réalité rien d’autre que le français qu’on trouve ailleurs dans la francophonie auquel on ajoute tout simplement une série de particularismes (voir MERCIER 2002b). Ils sont donc généralement en faveur seulement de dictionnaires de type différentiel, c’est-à-dire de dictionnaires qui font l’inventaire de québécismes. Les chroniqueurs régionalistes se distinguent ainsi des puristes, qui n’ont jamais envisagé l’intérêt que pourraient avoir les recueils de québécismes, sauf ceux qui poursuivent des visées normatives. Les recueils de québécismes sont même fréquemment exploités par plusieurs chroniqueurs régionalistes dont le ton adopté est souvent relativement neutre et dont le discours est généralement descriptif plutôt que prescriptif. Des chroniqueurs comme Narcisse Degagné (années 1920-1930), René de Chantal ou encore Pierre Daviault (années 1950-1960), par exemple, citent fréquemment le Glossaire du parler français au Canada (publié en 1930 par la Société du parler français au Canada) dans le but d’enrichir leur discours, le plus souvent pour fournir une attestation de telle ou telle tournure ou expression :

Au Canada, nous employons ce mot [malcommode] là où un Français dirait hargneux, acariâtre, grincheux, d’humeur maussade, agressif, haineux, etc. Le Glossaire du parler français au Canada donne les exemples suivants : « Un enfant malcommode : indocile. Quand on vieillit, on devient malcommode : on devient peu endurant ». (René de Chantal, « Défense et illustration de la langue française », Le Droit, Ottawa, 11 janvier 1962, p. 2).

Ces recueils ne sont toutefois pas invoqués pour faire valoir la légitimité du français québécois, comme c’est le cas chez les chroniqueurs autonomistes.

5. Le dictionnaire comme « œuvre nationale » chez les chroniqueurs autonomistes

Même s’ils sont plus rares, certains chroniqueurs vont jusqu’à souhaiter une plus grande reconnaissance de la langue des Québécois, qu’ils jugent injustement attaquée et dénigrée des chroniqueurs plus puristes. Parmi eux, il faut mentionner le chanoine Lionel Groulx, cet intellectuel du début du 20e siècle dont les idées sur la nation et la culture canadiennes-françaises ont marqué toute une époque. Sa chronique « Le parler canadien » (1906), qu’il signe du pseudonyme Lionel Montal, est une des rares à réclamer sans ambages la reconnaissance du français québécois qui, s’il n’est pas parfait, n’en reste pas moins tout à fait légitime. Voilà pourquoi Groulx est d’avis que les Québécois devraient avoir un certain mot à dire dans l’établissement d’un bon usage proprement québécois en matière de français :

[J]’ai demandé pour le canadianisme droit de cité dans le vocabulaire canadien, et pour les peuples et pour nos littérateurs, le droit naturel de parler notre langue. Est-ce si extravagant et si criminel ? [/] A-t-on pesé les conséquences plutôt considérables qui ne manqueraient pas de découler d’une sorte d’autonomie linguistique ? En imprégnant notre parler de l’esprit de chez nous, non seulement nous créerons une tradition littéraire véritablement nationale, mais du même coup, nous produirons une littérature qui, du moins, dans ses formes dialectales, aura une forte couleur d’originalité et qui nous vaudra devant les académies et sur le marché littéraire, de devenir un peu mieux que les émules malheureux et toujours dédaignés des écrivains de France. (Lionel Montal [pseud. de Lionel Groulx], « Le parler canadien », L’Album universel, Montréal, 5 mai 1906, p. 11 ; nos gras).

Groulx voit donc d’un œil plutôt favorable la réalisation d’un dictionnaire qui permette de rendre compte du français tel qu’il a cours au Québec. Ainsi, quelques années à peine après l’annonce de la Société du parler français au Canada de son intention de publier un glossaire14, Groulx encourage fortement les membres de la Société à réaliser cet ouvrage :

Que la Société du parler français poursuive ferme[ment] son projet d’un dictionnaire du français à l’usage des Canadiens ; qu’elle nous donne ce dictionnaire où, à côté des mots de la langue académique, nous pourrons trouver tous les bons mots canadien-français, produits de notre crû ou formes dialectales anciennes, mais d’où sera banni tout anglicisme qui n’est pas absolument nécessaire, qui ne prend pas au dépourvu les ressources linguistes [sic] de la langue ou qui résiste à la francisation ; qu’elle ne se croie pas tenue de ne pas dépasser la célérité de l’Académie française dans son travail, et le jour où le livre attendu aura comme consacré officiellement le parler canadien, l’âme canadienne-française en aura fini avec une tutelle dangereuse et ce sera pour elle l’heure d’une nouvelle émancipation, et elle se dégagera, plus libre, plus originale et plus fière. (Lionel Montal [pseud. de Lionel Groulx], « Le parler canadien », L’Album universel, Montréal, 5 mai 1906, p. 11 ; nos gras).

La citation montre bien que Groulx voit ce projet comme une œuvre nationale qui permettrait de « consacrer » le français de ses compatriotes et de fixer les contours d’un modèle normatif, par exemple en faisant le tri des anglicismes, qu’il juge plutôt négativement. Il faut toutefois noter que, contrairement à ce que souhaite Groulx, le Glossaire de la Société ne décrira pas toute la langue usitée au Canada ; il adoptera, en effet, plutôt une perspective différentielle (voir MERCIER 2002a) à l’instar des autres glossaires publiés au tournant du siècle. Le point de vue ainsi exprimé par Groulx est tout à fait original et avant-gardiste.

6. Conclusion

Dans la mesure où les chroniqueurs bénéficient d’une autorité en matière de langue15 et que leurs propos et prises de position normatives sont susceptibles d’avoir un impact certain auprès de leurs lecteurs, ils jouent un rôle important dans la construction de l’imaginaire linguistique de la communauté au sein de laquelle ils œuvrent. Ce faisant, les chroniqueurs peuvent contribuer à faire ou à défaire la réputation d’un dictionnaire. Dans le contexte québécois, où les rapports complexes avec la norme posent un défi particulier au lexicographe qui se donne pour mission d’expliciter les consensus normatifs, les opinions exprimées par les chroniqueurs ont ainsi créé un contexte qui n’a pas toujours été propice à la réalisation de dictionnaires faits par et pour des Québécois. En effet, la majorité des chroniqueurs adoptant une prise de position résolument puriste, les chroniques ont généralement véhiculé une image plutôt négative de la lexicographie québécoise. Elles ont ainsi contribué à consolider l’idée reçue selon laquelle « le » dictionnaire, objet sacralisé s’il en est un, n’a d’intérêt que s’il fait la promotion d’un seul modèle standard, en l’occurrence celui qui a cours en France. Même les chroniqueurs régionalistes, dont plusieurs témoignent pourtant d’un intérêt pour les recueils différentiels qui inventorient des québécismes, n’ont pas nécessairement fait preuve d’un grand enthousiasme à l’endroit des dictionnaires faits au Québec ou encore par rapport à la prise en compte des québécismes dans les dictionnaires faits en France. Comment s’étonner alors que les dictionnaires québécois n’ont pas toujours reçu l’accueil favorable qui était souhaité et, surtout, espéré de la part de leurs auteurs ? Or, quand on regarde de plus près les jugements stéréotypés que les utilisateurs, même les plus « avertis » d’entre eux, continuent à porter sur les dictionnaires dont ils se servent (voir DUBOIS 2012), on comprend que l’avenir de la lexicographie québécoise passera non seulement par sa capacité à être attentive aux attentes des utilisateurs, mais aussi par sa capacité à mieux faire comprendre ce qu’est un dictionnaire, quels sont ses objectifs, ses forces ou ses limites, et quels sont les défis particuliers auxquels sont confrontés les lexicographes québécois.

Corpus analysé

BEAUDRY, Pierre (1972-1979), « Les maux de notre langue », La Presse, Montréal, 18 décembre 1972 – 16 juin 1979. [Sigle : BeaudMaux-0001/1281.]

BEAUDRY, Pierre (1995-1996), « Langue », Le Devoir, Montréal, 11 septembre 1995 – 3 septembre 1996. [Sigle : BeaudLang-001/048.]

BÉGUIN, Louis-Paul (1975-1982), « Au fil des mots », Le Devoir, Montréal, 2 mai 1975 – 14 mai 1982. [Sigle : BéguinMots-001/973.]

BLANCHARD, Étienne (1918-1919), « Chronique du bon langage », La Presse, Montréal 15 juin 1918 – 31 janvier 1919. [Sigle : BlanchBLang-001/065.]

CHANTAL, René de (1953-1963), « Défense et illustration de la langue française », Le Droit, Ottawa, 5 février 1953 – 31 janvier 1963. [Sigle : ChantDéf-001/482.]

CLÉMENT, Jacques [pseud. d'Étienne Blanchard] (1949-1952), « Propos philologiques : à travers les mots », La Presse, Montréal, 8 octobre 1949 – 19 avril 1952. [Sigle : ClémMots-001/132.]

DAVIAULT, Pierre (1952-1960), « Propos sur notre français », La Patrie, Montréal, 2 novembre 1952 – 25 décembre 1960. [Sigle : DavPropos-001/160.]

DAGENAIS, Gérard (1959-1961), « Réflexions sur nos façons d’écrire et de parler », Le Devoir, Montréal, 13 avril 1959 – 20 février 1961. [Sigle : DagRéfl-001/080.]

DAGENAIS, Gérard (1966), « Nos écrivains et le français », La Presse, Montréal, 5 mars 1966 – 27 août 1966. [Sigle : DagÉcriv-001/021.]

DAGENAIS, Gérard (1970-1973), « Est-ce français ? », Allô Police, Montréal, 12 avril 1970 – 12 août 1973. [Sigle : DagFr-001/125.]

DEGAGNÉ, Narcisse (1927-1940), « Questions de français », Le Progrès du Saguenay, Chicoutimi, 26 avril 1927 – 9 mai 1932, L’Action catholique, Québec, 15 juin 1932 – 21 octobre 1932, Le Progrès du Saguenay, Chicoutimi, 8 septembre 1932 – 9 mai 1940. [Sigle : DegQFr-001/567.]

FRÉCHETTE, Louis (1893-1903), « À travers le dictionnaire et la grammaire : corrigeons-nous ! », La Patrie, Montréal, 8 juillet 1893 – 15 février 1896, La Presse, Montréal, 3 mars 1897 – 13 janvier 1900, Le Canada, Montréal, 30 mai 1903 – 25 juillet 1903. [Sigle : FréchCorr-001/155.]

LEFRANC, Paul [pseud. d'Étienne Blanchard] (1920-1924), « Autour de la langue française », La Presse, Montréal, 31 janvier 1920 – 1er mars 1924. [Sigle : LefrLangFr-001/212.]

MONTAL, Lionel [pseud. de Lionel Groulx] (1906), « Le parler canadien », L’Album universel, Montréal, 17 avril 1906 – 28 juillet 1906. [Sigle : MontParlCan-001/013.]

POISSON, Jacques (1966-1968), « À la recherche du français », Le Devoir, Montréal, 12 septembre 1966 – 23 septembre 1968. [Sigle : PoissRechFr-001/053.]

Références bibliographiques

BOISVERT, Lionel, BOULANGER, Jean-Claude, DESHAIES, Denise, DUCHESNEAU, Lise, « Le dictionnaire comme révélateur d’insécurité linguistique », Cahiers de l’institut de linguistique de Louvain, Louvain-la-Neuve, vol. 19, n. 3-4, 1993, p. 187-198.

BOISVERT, Lionel, POIRIER, Claude, VERREAULT, Claude (éds.),, La lexicographie québécoise : bilan et perspectives. Actes du colloque organisé par l’équipe du Trésor de la langue française au Québec et tenu à l’Université Laval les 11 et 12 avril 1985, Québec, Presses de l’Université Laval (« Langue française au Québec, 3e section : Lexicologie et lexicographie, 8 »), 1986.

CAJOLET-LAGANIÈRE, Hélène, « Attentes et besoins du public québécois en matière de dictionnaires de langue », in MERCIER Louis, VERREAULT, Claude (éds.), Les marques lexicographiques en contexte québécois. Actes de la table ronde tenue à Montréal les 3 et 4 novembre 1994, Québec, Office de la langue française (« Études, recherches et documentation »), 1998, p. 61-70.

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CORMIER, Monique C., BOULANGER, Jean-Claude (éds.), Les dictionnaires de la langue française au Québec : de la Nouvelle-France à aujourd’hui, Montréal, Presses de l’Université de Montréal (« Paramètres »), 2008.

DUBOIS, Caroline, « La représentation sociale du dictionnaire de langue : proposition de catégories conceptualisantes dégagées à partir d’un corpus de chroniques linguistiques étudiantes », communication présentée au colloque Les français d’ici : Acadie, Québec, Ontario, Ouest canadien, Université de Sherbrooke, 13 juin, 2012.

LAJEUNESSE, Marcel, « Le dictionnaire dans les écoles francophones du Québec, 1880-1960 », Cahiers de la société bibliographique du Canada, Toronto, vol. 48, n. 2, 2010, p. 237-252.

MERCIER, Louis, « L’influence de la lexicographie dialectale française sur la lexicographie québécoise de la fin du xixe siècle et du début du xxe siècle », in LAVOIE, Thomas (éd.), Français du Canada – Français de France. Actes du quatrième Colloque international de Chicoutimi, Québec, du 21 au 24 septembre 1994, Tübingen, Max Niemeyer (« Canadiana Romanica, 12 »), 1996, p. 239-255.

MERCIER, Louis, La Société du parler français au Canada et la mise en valeur du patrimoine linguistique québécois (1902-1962) : histoire de son enquête et genèse de son glossaire, Québec, Presses de l’Université Laval (« Langue française en Amérique du Nord »), 2002a.

MERCIER, Louis, « Le français, une langue qui varie selon les contextes », in VERREAULT, Claude, MERCIER, Louis, LAVOIE, Thomas (éds.), Le français, une langue à apprivoiser. Textes des conférences prononcées au Musée de la civilisation (Québec, 2000-2001) dans le cadre de l’exposition Une grande langue : le français dans tous ses états, Québec, Presses de l’Université Laval (« Langue française en Amérique du Nord »), 2002b, p. 41-60.

MERCIER, Louis, VERREAULT Claude (éds.), Les marques lexicographiques en contexte québécois. Actes de la table ronde tenue à Montréal les 3 et 4 novembre 1994, Montréal, Office de la langue française (« Études, recherches et documentation »), 1998.

PÖLL, Bernhard, Le français langue pluricentrique ? Études sur la variation diatopique d’une langue standard, Frankfurt am Main, Peter Lang, 2005.

REMYSEN, Wim, « La chronique de langage à la lumière de l’expérience canadienne-française : un essai de définition », in BÉRUBÉ, Julie, GAUVIN, Karine, REMYSEN, Wim (éds.), Les Journées de linguistique. Actes du 18e colloque 11-12 mars 2004, Québec, Centre interdisciplinaire de recherches sur les activités langagières (« B-225 »), 2005, p. 267-281.

REMYSEN, Wim, Description et évaluation de l’usage canadien dans les chroniques de langage : contribution à l’étude de l’imaginaire linguistique des chroniqueurs canadiens-français, Québec, thèse de doctorat, Université Laval, 2009.

REMYSEN, Wim, « Les représentations identitaires dans le discours normatif des chroniqueurs de langage canadiens-français depuis le milieu du xixe siècle », Journal of French Language Studies, vol. 22, n. 3, 2012, p. 419-445.

TREMBLAY-DESROCHERS, Alexandra, « La “représentation du discours autre” et le recours au dictionnaire dans la chronique de langage “Des mots et des phrases” de Gérard Dagenais », in REMYSEN Wim (éd.), Les français d’ici : Acadie, Québec, Ontario, Ouest canadien. Actes du 4e colloque tenu à l’Université de Sherbrooke du 13 au 15 juin 2012, Québec, Presses de l’Université Laval (« Voies du français »), (à paraître).

Usito, dictionnaire électronique disponible à l’adresse www.usito.com.

1 Le présent article s’inscrit dans le cadre du projet « Chroniques de langage et dictionnaires : la pratique des chroniqueurs québécois », subventionné par le Fonds de recherche du Québec – Société et culture (FRQSC, 2010-2013). Je remercie Alexandra Tremblay-Desrochers et Bianca de La Fontaine, qui ont collaboré au dépouillement du corpus analysé dans cet article, et Nadine Vincent, professeure associée à l’Université de Sherbrooke, qui a relu et commenté une première version du texte.

2 On peut s’abonner à ce dictionnaire électronique en se rendant sur le site www.usito.com, où on trouve également une section consacrée à l’historique de l’ouvrage (www.usito.com/du-projet-franqus-au-dictionnaire-usito). Le lancement officiel a eu lieu en mars 2013.

3 À titre d’exemple, le lecteur pourra se reporter entre autres aux articles de CAJOLET-LAGANIÈRE et D’AMICO (à paraître), CAJOLET-LAGANIÈRE et MARTEL (2009, 2008), CAJOLET-LAGANIÈRE et al. (2004), CAJOLET-LAGANIÈRE (1998), CAJOLET-LAGANIÈRE, MARTEL et VINCENT (1998). Voir aussi, dans ce numéro, l’article « Un nouveau dictionnaire général de la langue française qui vient du Québec, mais pourquoi donc ? » signé par Louis Mercier, un des principaux artisans de ce projet lexicographique.

4 Toutes ces questions ont donné lieu à un nombre impressionnant d’articles et de publications qu’il serait impossible d’énumérer in extenso ici. Je me limite à signaler les collectifs édités par BOISVERT, POIRIER et VERREAULT (1986), MERCIER et VERREAULT (1998) et CORMIER et BOULANGER (2008).

5 Dans le cas des dictionnaires québécois, l’exemple du Dictionnaire québécois d’aujourd’hui (1992) est sans doute le plus éloquent : les réactions essentiellement négatives qu’a provoquées la publication de cet ouvrage chez plusieurs commentateurs a joué un rôle important dans l’insuccès qu’il a connu par la suite (voir BOISVERT et al., 1993).

6 J’entends ici par chronique de langage des rubriques à propos de la langue publiées sur une base régulière dans la presse écrite. Chaque article faisant partie d’une chronique reçoit le nom de billet. Pour plus d’information à propos de ces textes dans la presse québécoise, voir entre autres REMYSEN (2005 et 2009).

7 La liste des chroniques qui ont été analysées figure à la fin de l’article.

8 Cette base, qui contient à l’heure actuelle une soixantaine de chroniques parues entre 1865 et 1996, est accessible à l’adresse catfran.flsh.usherbrooke.ca/chroque. Les chroniques sont citées d’après le texte original tel que paru dans les journaux.

9 Jacques Clément [pseud. d’Étienne Blanchard], « Propos philologiques : à travers les mots », La Presse, Montréal, 23 juin 1951, p. 38.

10 Pierre Beaudry, « Langue », Le Devoir, Montréal, 10 juin 1996, p. A2.

11 Il ne s’agit pas d’un dictionnaire, mais plutôt d’un inventaire de mots et d’expressions en usage au Canada que l’auteur juge fautifs. Barbeau y reprend essentiellement le contenu d’une autre de ses publications, Le ramage de mon pays : le français tel qu’on le parle au Canada, publié en 1939.

12 Gérard Dagenais, « Est-ce français ? », Allô Police, Montréal, 24 octobre 1971, p. 33.

13 Louis-Paul Béguin, « Au fil des mots », Le Devoir, Montréal, 1er novembre 1976, p. 13.

14 Le projet de glossaire a été lancé dès le printemps 1902, à peine quelques mois après la fondation de la Société du parler français au Canada (voir MERCIER 2002a).

15 Les chroniqueurs, surtout ceux qui sont les plus puristes, ont d’ailleurs recours à plusieurs stratégies discursives dans le but de construire leur image d’autorité ; c’est le cas entre autres de Gérard Dagenais (voir Tremblay-Desrochers, à paraître).

Per citare questo articolo:

Wim Remysen, Décrire le français en usage au Québec dans un dictionnaire, oui, non, peut-être… ? Le discours des chroniqueurs de langage au sujet de la lexicographie québécoise et française, Repères DoRiF n. 2 Voix/voies excentriques: la langue française face à l'altérité - volet n.2 - juillet 2013 - AUTOUR DU FRANÇAIS QUÉBÉCOIS : PERSPECTIVES (SOCIO-)LINGUISTIQUES ET IDENTITAIRES , DoRiF Università, Roma juillet 2013, http://dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=79

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