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Maria Francesca BONADONNA

Compte rendu: M.T. Zanola, Che cos'è la terminologia

Maria Teresa Zanola (2018), Che cos’è la terminologia, Roma, Carocci editore, collana: Le bussole, p. 119.

Cet ouvrage de Maria Teresa Zanola se penche sur la terminologie, en s’intéressant à ses multiples dimensions, diachronique et synchronique, théorique et appliquée. La terminologie est décrite certes en tant que discipline, affirmée au niveau international depuis le XXe siècle, mais également comme un patrimoine de la réalité quotidienne et professionnelle, donc commun à tous. Comme l’affirme l’auteure dans les premières lignes du volume, « la terminologie contribue à la diffusion des connaissances, en développant des rapports profonds avec l’évolution socio-économique, technique et scientifique des référents dénommés » (p. 7, notre traduction). C’est la prise en compte de la dimension culturelle qui ouvre et accompagne la réflexion autour de l’entrelacement de ces relations complexes, auxquelles sont consacrés six chapitres.

Le premier (La terminologia, percorsi di lingua e cultura) illustre l’apport incontestable que la terminologie fournit à la transmission des savoirs, dans un continuum entre langue et culture, au fil des siècles. L’auteur retrace ainsi des étapes cruciales, à partir des expériences de nomenclature menées en Italie par Léopold de Médicis sur les arts et métiers et par Filippo Baldinucci sur le patrimoine artistique, les deux remontant au XVIIe siècle. C’est au cours du siècle suivant qu’a lieu le passage de la systématisation descriptive des termes à une véritable création terminologique, grâce au travail pionnier de Guyton de Morveau, puis de Lavoisier, dans le secteur de la chimie. La parution de l’Encyclopédie consacre la méthode de la terminologie technique et scientifique : « la description des termes par domaine et leur morphologie, la définition sémantique » (p. 17). De leur côté, les considérations sur la terminologie des arts et métiers, que ce soit par Bertrand en France ou par Buonmattei en Italie, démontrent les retombées économiques et sociales de la précision terminologique. Le transfert des connaissances et des techniques nouvelles ne passe pas exclusivement par l’étape, fondamentale, de la dénomination, mais aussi par la définition, qui permet de placer le terme dans le réseau conceptuel du domaine concerné.

Le deuxième chapitre (La terminologia diventa una disciplina) approfondit le développement de la terminologie en tant que discipline au XXe siècle, dont l’auteure reconstruit, d’abord, les approches et les modèles théoriques principaux : la théorie générale de la terminologie ; les approches basées sur la dimension discursive ; la terminologie diachronique ; la néologie terminologique ; la linguistique computationnelle appliquée à des projets terminologiques. Ensuite sont rappelées les contributions de la démarche sémasiologique, fondée sur « l’observation et la description de textes et de discours spécialisés » (p. 33, notre traduction) et la formation des unités terminologiques. Le chapitre se conclut par le rapport entre terminologie et traduction, d’où ressort l’importance d’une distinction nette entre sources documentaires primaires et secondaires.

Les questions théoriques au cœur de la terminologie, étroitement liées à la pratique terminographique, sont examinées dans le troisième chapitre (Le problematiche teoriche). L’auteure se penche sur la nature même du terme, en évoquant quelques études de référence : les travaux sur les deux dimensions, linguistique et cognitive, du terme par Rondeau et Lerat, le schéma de Conceiçao sur les relations entre niveau linguistique, schéma définitoire et niveau cognitif, la réflexion sur la dénomination et la désignation par Humbley. Les liens entre terminologie et ontologie, des travaux de Rastier à l’ontoterminologie par Roche, et ceux entre concept et terme sont aussi analysés. À ce propos, sont abordées les relations sémasiologiques allant de la dénomination au concept, principalement la monosémie et la polysémie, et les relations onomasiologiques allant du concept à la dénomination, par exemple la mononymie et la synonymie, qu’il est essentiel de définir dans une perspective plurilingue (p. 48). Enfin, une attention particulière est accordée à la question de la définition. Destinée à la communication spécialisée et distinguée de la définition tant encyclopédique que lexicographique, la définition terminologique, qui est le plus souvent une définition par compréhension, vise à identifier le concept au sein de son champ conceptuel.

La dimension appliquée de la terminologie est explorée dans le quatrième chapitre (Le attività terminologiche), sans perdre de vue sa complémentarité avec les approches théoriques abordées au préalable. Les principales activités terminologiques y sont examinées. Premièrement, l’extraction terminologique, qu’elle soit manuelle ou automatique, permet d’extraire les unités terminologiques et d’autres données pertinentes à partir d’un corpus spécialisé. L’extraction automatique est considérée dans ses traits saillants, y compris les méthodes (linguistiques, statistiques, hybrides), la constitution préliminaire des corpus et les finalités, dont la recherche et la traduction. L’intérêt se focalise ensuite sur les banques de données : les banques canadiennes, en particulier le Grand Dictionnaire Terminologique et Termium Plus®, qui font figure de référence au niveau international grâce à leur tradition solide, et les banques européennes, dont sont mentionnés les cas de IATE par l’Union européenne et de TERMDAT par la Confédération helvétique. L’auteure présente également les activités des associations nationales et internationales de terminologie, nées à partir des années 1990, et en fournit trois exemples remarquables : Ass.I.Term (Associazione italiana per la terminologia), AET (Association Européenne de Terminologie), REALITER (Réseau Panlatin de Terminologie). La section finale du chapitre illustre les initiatives universitaires en terminologie orientées vers la formation des traducteurs spécialisés.

Le chapitre 5 (Il glossario e la schedatura terminologica) considère la méthode de travail en vue de la création d’un glossaire et de fiches terminologiques. En ce qui concerne le glossaire, son élaboration se fonde sur des données nécessairement synchroniques (p. 76), sur le destinataire et la finalité, ainsi que sur le classement thématique. La qualité et la fiabilité des sources, sélectionnées sur la base de critères telles l’authenticité, la représentativité et la qualité rédactionnelle, revêtent une importance capitale ; suit la sélection des termes, dont sont reconstruites les étapes principales, dont l’inclusion dans l’arbre du domaine, l’annotation et l’indication de la source. L’auteure rappelle, enfin, les différents types de glossaires, chacun ayant ses traits spécifiques, identifiés à partir des auteurs : les institutions, les universités, les entreprises, les amateurs du secteur. Quant à la fiche terminologique, qui représente « la base du travail terminologique » (p. 83, notre traduction), sont illustrés les champs principaux d’une fiche standard ayant une fonction traductive : l’entrée, la catégorie grammaticale, le domaine, la définition, le contexte, les synonymes, les équivalents dans les autres langues et les notes encyclopédiques.

Dans le dernier chapitre (La terminologia, una rete fra saperi) est exploré le réseau de relations que la terminologie noue avec la réalité technique, productive, scientifique et culturelle. D’abord, la précision terminologique est décrite comme une conditio sine qua non de la communication économique et productive, l’usage inapproprié d’un terme pouvant provoquer des dégâts considérables : les cas de ecopelle en italien et des produits du secteur agroalimentaire le montrent bien. Ensuite, l’intérêt se focalise sur l’importance de la terminologie pour la pratique professionnelle orale et écrite, pour l’internationalisation des connaissances spécialisées et pour sa promotion dans les langues naturelles. L’auteure observe ensuite la place de la terminologie tant au sein de la politique linguistique, menée par les gouvernements et les institutions de plusieurs pays et régions, que pour la communication au citoyen. Deux dernières questions sont soulevées : la contribution de la terminologie, pas nécessairement anglaise, à la diffusion de la science hors du cercle des savants et à la clarté de la communication technique, scientifique, publique et institutionnelle.

À notre connaissance, cet ouvrage représente la première monographie sur la terminologie en langue italienne. Par rapport aux volumes d’introduction à la terminologie au niveau international, il se caractérise par un regard constant sur le rapport entre les principes de la terminologie actuelle et ceux qui ont traversé la culture européenne, principalement dans les contextes français et italien, au fil des siècles. La lecture de l’ouvrage bénéficie d’un style clair et élégant, qui permet de suivre l’enchaînement des contenus tout au long des chapitres. Les réflexions théoriques s’appuient sur les principales études conduites au niveau international, avec une attention particulière à la scène francophone, sans négliger les apports de traditions différentes. À ce propos, les références bibliographiques, outre la bibliographie récapitulative en fin de volume, offrent d’utiles points de repère. L’analyse s’enrichit au fur et à mesure d’exemples tirés de plusieurs domaines (entre autres, la chimie, l’aéronautique, les arts et métiers) qui ont le mérite de rendre compte des multiples retombées de la terminologie. Quant à la pratique terminographique, les cas mentionnés parviennent à illustrer l’abondance des initiatives menées aujourd’hui tant au niveau académique qu’au sein de l’industrie linguistique. Le volume peut ainsi s’adresser à de nombreux destinataires, y compris les chercheurs, les spécialistes des domaines, les traducteurs spécialisés, les étudiants 4.0, etc.

Per citare questo articolo:

Maria Francesca BONADONNA, Compte rendu: M.T. Zanola, Che cos'è la terminologia, Repères DoRiF n.19 - Enjeux de l’acquisition des langues secondes en contextes migratoires, DoRiF Università, Roma septembre 2019, http://dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=443

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