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Mélanie RUDZKI, Raffaele SPIEZIA

Faux amis et vrais amis : variables pour la compléxité des textes de langue française pour un public italophone

Mélanie Rudzki
Enseignante FLE
melanierudzki@gmail.com

Raffaele Spiezia
Università degli Studi della Campania « Luigi Vanvitelli »
raffaele.spiezia@unicampania.it

Résumé

L’analyse approfondie des faux amis et des congénères pour un public d’apprenants italophones nous semble un terrain fertile pour détourner certaines barrières linguistiques et donc cerner progressivement un rapport entre lisibilité et complexité linguistique.
Lors de l’apprentissage d’une langue étrangère, les faux-amis – ces paires de mots, en ce qui nous concerne français/italien, qui ayant une origine commune, présentent une grande similarité de forme mais sont néanmoins dotés d’un sens différent ou partiellement différent – constituent un écueil pour la compréhension de textes écrits. En revanche, la présence de vrais amis – il s’agit ici par contre de mots qui sont du point de vue morphologique et sémantique identiques ou presque – concourt à faciliter l’approche au sens d’un texte écrit et parfois même oral. Cet article, après voir défini et précisé les différents types de faux amis et de vrais amis, et explicité en quoi un mot est considéré comme un vrai ami ou un faux ami, s’occupera de confronter une liste de faux amis pour le couple de langues mentionné ci-dessus avec plusieurs bases de données lexicales informatisées auparavant (provenant de domaines et de genres textuels différents) pour en constater la présence plus ou moins nombreuse. On fera de même avec les vrais amis. Cette confrontation sera analysée à partir de différents angles de vue. À quel niveau de l’apprentissage les vrais amis ou faux amis semblent-ils plus présents ? Pourraient-ils être répartis de façon homogène entre les différents niveaux ? En émettant l’hypothèse qu’un apprenant de niveau intermédiaire est plus apte à se méfier des homographes et à parvenir au sens malgré les pièges de la langue, pourrait-on considérer les faux amis et les vrais amis comme de véritables critères de lisibilité et donc de complexité linguistique pour des apprenants ? Quel poids pourrions-nous alors leur attribuer pour mieux déterminer la difficulté d’un texte écrit ?

Abstract

The analysis of false friends and cognates for a public of Italian-speaking learners seems to us a fertile ground for diverting certain linguistic barriers and therefore progressively defining a relationship between readability and linguistic complexity.
When learning a foreign language, false friends - these pairs of words, French / Italian, which have a common origin and have a great similarity of form but are nonetheless endowed with a different or partially different meaning - constitute a pitfall for the comprehension of texts. On the other hand, the presence of true friends - words that are morphologically and semantically identical or almost identical - facilitates the understanding of written and oral texts. This article defines and clarifies the different types of false friends and cognates. It shows the confrontation of a list of false friends (Italian / French) with several computerized lexical databases. The same method is done with cognates. At what level of learning do cognates and false friends seem to be more numerous? Could they be evenly distributed between the different levels? Could false friends and cognates be considered as a true readability criteria for the linguistic complexity of reading comprehension for learners?

Introduction1

Cette étude s’insère dans notre effort d’affiner les connaissances sur le rapport entre lisibilité textuelle et complexité linguistique. Durant l’apprentissage d’une langue étrangère et en particulier lors d’une tâche de lecture en langue voisine, il est admis que les faux-amis constituent un écueil pour la compréhension des textes écrits en langue française tandis que la présence de vrais amis concourt à faciliter l’accès au sens. Reste à savoir dans quelle mesure. L’analyse approfondie des faux amis et des congénères2 en langue française pour un public d’apprenants italophones nous semble un terrain riche pour tenter de tisser des liens entre lisibilité et complexité linguistique au vu du regain d’intérêt concernant ce sujet.

Cette question de la transparence ou de l’opacité morphosémantique du lexique qui plane autour des vrais et faux amis, présente à notre avis certaines problématiques fertiles pour la détermination de critères d’évaluation de la complexité d’un texte écrit pour un public italophone.

Inscrit dans la continuité de nos recherches précédentes (SPIEZIA, 2014 ; 2016) sur la lisibilité des textes écrits en français langue étrangère (FLE) pour italophones, cet article, après avoir explicité la problématique définitoire qui intéresse les vrais et les faux amis, expose et décrit les possibles pistes de recherches obtenues grâce à la confrontation de différentes listes lexicales au moyen du logiciel Textbalancer3 que nous présenterons plus loin. Cette confrontation sera analysée à partir de différents points de vue. À quel niveau de l’apprentissage les congénères et faux amis semblent-ils plus présents ? Leur influence est-elle de même vigueur à tous les niveaux d’apprentissage ? Sont-ils répartis de façon homogène entre les différents niveaux ? En émettant l’hypothèse qu’un apprenant de niveau intermédiaire est plus apte à se méfier des homographes et à parvenir au sens malgré les pièges de la langue, pourrait-on considérer les faux amis et les congénères comme d’ultérieurs critères de lisibilité et donc de complexité linguistique pour des apprenants italophones ? Pourrions-nous alors les considérer en tant que variables prédictives et par conséquent leur attribuer un poids pour la détermination de la difficulté d’un texte écrit en vue de la mise au point d’une future formule de lisibilité ? Autant de questions sur lesquelles nous nous sommes penchés et auxquelles nous apporterons quelques éléments d’élucidations. L’objectif ultime de cette recherche étant l’identification d’une nouvelle variable de complexité des textes écrits en langue française à partir de l’impact des congénères et faux amis sur la compréhension, nous donnerons des éléments de définition les concernant ; dans un second temps, nous présenterons des listes existantes que nous confronterons entre elles. Nous allons créer ainsi une nouvelle liste appelée tronc commun4 que nous allons confronter à son tour avec deux dictionnaires représentatifs de la langue française pour allophones (FLE), l’un publié en France et l’autre en Italie. Enfin, nous dépouillerons les résultats non seulement d’un point de vue qualitatif mais également quantitatif.

1. Les pièges de la langue : faux amis et congénères ?

Les chercheurs ont souligné maintes fois la méfiance des apprenants envers les affinités morphologiques entre la langue source et la langue cible lors de l’apprentissage d’une langue étrangère. Parmi les nombreux travaux récents nous renvoyons à la vaste littérature concernant les recherches sur l’Intercompréhension entre langues romanes : (JAMET 2009 ; 2016), (HÉDIARD 2003), (DABÈNE 1996), (BILLIEZ 1996), (MASPERI 1996) et (DUQUETTE et TREVILLE 1996).

Le professeur enseigne aux étudiants à déjouer les pièges de la langue et les met en garde contre les faux amis tant et si bien que la ressemblance d’une paire de mots appartenant à des langues voisines éveille parfois des soupçons. Les apprenants pourraient pourtant s'appuyer dans l’apprentissage de la langue apparentée sur certains mots semblables au niveau phonique et/ou morphologique. Louise Dabène (1996 : 396) affirmait déjà : « c’est généralement dans un sens négatif que la proximité a été invoquée, l’accent étant mis essentiellement sur les différences et encore plus sur les ressemblances fallacieuses » qui induisent les lecteurs à l’erreur. En d'autres termes, les lecteurs italiens n'optimiseraient pas les liens de parenté entre leur langue maternelle et la langue française. L'utilité des congénères en compréhension écrite pourrait atténuer la barrière linguistique et donc rendre le texte plus accessible. LeBlanc et Séguin (1995) ont insisté sur l’utilité des congénères en ce qu’une telle prise de conscience de la part de l’apprenant permet de mieux appréhender le bagage de connaissances dont il dispose et de faire accéder au sens plus aisément et rapidement. À cela s’ajoute une remarque ultérieure concernant le niveau sémantique souligné par Jamet (2009 : 53) au sein d’une réflexion autour des transferts et interférences linguistiques : « En compréhension lexicale, les problèmes les plus fréquents ne concernent pas tant les faux amis, généralement interprétables en contexte, que les mots dont les signifiants sont similaires dans les deux langues, mais les signifiés ont une distribution qui ne se recouvre que partiellement ».

Cette observation nous permet de nous arrêter sur le problème de la définition de ces mots alliés ou pièges de la langue cible. Derocquigny et Koessler (1928) ont proposé pour la première fois une définition des faux amis. De façon générale, on désigne sous l’appellation de faux amis, les items lexicaux d’une langue cible dont la forme est identique ou quasiment identique à la langue source mais dont le sens est totalement ou partiellement différent, induisant le lecteur en erreur et par conséquent à une mauvaise interprétation du texte. Cette ressemblance lexicale peut être accidentelle ou non.

Quand la ressemblance est accidentelle, il s’agit de mots qui ne sont étymologiquement aucunement apparentés. Leur homonymie et/ou homographie ou quasi homographie résulte d’une simple coïncidence. Il s’agit, comme cela a été attesté ailleurs, pour la plupart de mots constitués d’une seule syllabe.

Lorsque la ressemblance n’est pas accidentelle, elle résulte d’un emprunt linguistique. La langue cible emprunte un mot à la langue source. Etymologiquement parlant, le sens du mot emprunté a acquis au fils du temps une signification différente. On distingue les faux amis complets des faux amis partiels. Les seconds, outre un sens commun, possèdent une ou plusieurs significations différentes ce qui en rend la classification et le traitement plus complexes.

Les vrais amis en revanche sont identiques (homographes) ou presque (parographes) sur le plan morphologique et correspondent sur le plan sémantique même si on se doit d’insister sur le fait que la totale coïncidence morphosémantique est très rare. Ce sont des paires d’items lexicaux transparents qui peuvent être liés en outre sur le plan phonologique (homophones).

Roy (2006 : 18) a soulevé et exposé le problème définitoire des congénères en mentionnant les auteurs qui classifient comme congénères seulement des mots apparentés d’un point de vue historique et étymologique, tandis que Carroll (1992 : 94) comme d’autres :

abandonne totalement la notion de parenté historique dans la définition des congénères et focalise sur le processus de pairage effectué par l’apprenant. En conséquence, il définit les congénères comme des items lexicaux étant d’une quelconque façon identifiés comme représentant la même chose.

La difficulté liée à la définition et par conséquent à la détermination des traits distinctifs de ce type de mots est évidente et doit être mise en relation avec l’ampleur du champ de l’étude lexicologique. La notion de vrais amis et de faux amis au sein de la communauté scientifique de linguistes, lexicologues et lexicographes n’est pas encore univoque ce qui justifierait l’extension variable des listes traitées dans notre communication. Il semble que celles-ci varient en fonction du but des études menées. Nous avons nous-mêmes élaboré deux listes appelées chacune tronc commun afin de pouvoir évaluer un noyau des deux catégories d’items lexicaux en en excluant ainsi un certain nombre et en misant sur leur probable fréquence élevée. Dans le sillon de notre recherche, le premier écueil à dépasser, semble-t-il, est avant tout définitoire, comme nous l’avons suggéré plus haut ce qui explique l’existence de listes divergentes.

2. Présentation des listes examinées

Nous présenterons d’abord les trois listes de vrais amis puis les trois listes de faux amis prises en examen. Nous avons utilisé du matériel en ligne, la nomenclature des dictionnaires commercialisés et des données provenant de recherches menées dans les dernières décennies5. Nous devons signaler l’absence de spécifications méthodologiques au regard de l’élaboration de certaines de ces données.

2.1. Listes de vrais amis

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2.1.1. La liste de « I veri amici » de Carmen Licari

Il s’agit d’une liste publiée en 1992 par Carmen Licari concernant les vrais amis en langue française, anglaise et italienne. Ces travaux visaient à constituer un lexique commun à plusieurs langues pour la sélection et la progression de matériel didactique afin d’éviter, en situation d’apprentissage, les interférences entre langue maternelle et langue d’apprentissage et ainsi établir une liste de mots prioritaires à enseigner/apprendre. Cette liste est composée de 3365 mots et comprend seulement trois catégories grammaticales : verbes, noms et adjectifs. Licari (1992) a également proposé un inventaire de 1081 mots (présents dans la liste des 3365 mots susmentionnés) considérés comme « fondamentaux ». L’auteur a indiqué que cette identification s’est faite sur la base d’expérimentations didactiques personnelles non précisées. Nous avons inséré cette liste6 dans les ressources lexicales de notre logiciel Textbalancer.

2.1.2. La liste de vrais amis de Marie-Christine Jamet

Marie-Christine Jamet, dans le cadre de sa recherche concernant l’intercompréhension de l’oral, a mis au point une liste de 200 mots congénères français–italien basée sur le degré de transparence sonore. C’est dans ce contexte qu’elle précise que « ces mots avaient été choisis dans un corpus de documents oraux authentiques » (JAMET 2016 : 67). Nous avons décidé de nous servir de cette liste de congénères oraux pour la confronter avec la liste que nous avons informatisée et que nous avons décrite ci-dessus. Outre la transparence sonore, ils présentent évidemment une transparence morphologique ce qui nous semble pertinent pour notre recherche.

2.1.3. Liste de « vrais amis italiens »7 de Wikipédia.fr

Cette liste ne présente aucun renseignement ni sur les sources utilisées, ni sur les objectifs. Elle se compose de 1933 mots. Voilà comment elle est présentée par l’(es) auteur(s) :

Cette liste de vrais amis est constituée de mots-sosies, abstraction faite des signes diacritiques (accents, tréma, trait d'union) et des flexions (pluriel, masculin-féminin). Elle comprend des emprunts réciproques (italianismes du français, gallicismes de l'italien et de beaucoup d'emprunts communs à d'autres langues (latinismes, anglicismes, hispanismes...).

2.2. Listes de Faux amis

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2.2.1. La liste de faux amis du Dictionnaire du Français Le Robert Clé & International

Nous avons informatisé la liste de faux amis français/italien qui se trouve en annexe du Dictionnaire de Français Le Robert & Clé International sous la direction de Josette Rey-Debove (1999). La préface nous informe que ce dernier a été conçu pour des apprenants « dont la langue maternelle n’est pas le français » et se compose de 22000 entrées. L’annexe compte 190 faux amis du couple français – italien. Nous l’avons informatisée afin de pouvoir la comparer avec les autres listes.

2.2.2. Le dictionnaire des Faux amis aux aguets

Cette liste est constituée de 486 mots du dictionnaire de fausses analogies et affinités ambiguës entre le français et l’italien (BOCH : 2007). Nous avons informatisé cette liste afin de pouvoir la comparer avec les autres listes. Nous ne nous arrêtons pas sur la description d’un tel ouvrage si ce n’est que pour rappeler que la première édition remonte à 1988.

2.2.3. La liste de faux amis de linguafrancese.it

Cette liste8 se compose de 100 faux amis. Là aussi, comme pour la liste du Dictionnaire du Français, aucune indication quant aux critères d’élaboration n’est donnée. Elle est présentée sur un site Internet consacré à la linguistique française où, outre des aspects phonétiques, grammaticaux, orthographiques de la langue française, on trouve également des renseignements sur l’histoire de la langue française ainsi que de la francophonie.

3. Bases de données lexicales utilisées

rudzki 3

3.1. Les listes du Cadre Européen Commun de Référence pour les langues (CECR)

Afin de comprendre à quel niveau du Cadre apparaissent les faux amis et les vrais amis nous avons utilisé les listes de mots en annexe aux référentiels des niveaux A1, A2, B1 et B2 du CECRL élaborées par l’équipe d’experts de la Division des Politiques linguistiques du Conseil de l’Europe (BEACCO et al : 2004 - 2007 - 2008 - 2011). Ces listes, comme les concepteurs des référentiels eux-mêmes le précisent, ne « représentent pas les connaissances lexicales qui devraient ou pourraient être acquises » aux différents niveaux. Autrement dit, elles constituent une base sur laquelle se dressent et s’affinent les connaissances. Il nous a semblé intéressant d’utiliser cette base de données dans une tentative préliminaire de situer les faux amis et vrais amis sur une échelle de niveau. Ces annexes constituent une donnée quantitative et qualitative idéale des niveaux A et B du CECRL.

3.2. Dictionnaire Larousse du français langue étrangère9

Notre intérêt s’est porté sur cet ouvrage puisqu’il présentait une nomenclature assez réduite qui visait notamment à la production et était destinée à un public débutant en FLE – à un moment où les enseignants et les didacticiens commençaient à utiliser les documents authentiques.

3.3. DAF : Dizionario di apprendimento della lingua francese

Enfin, nous avons procédé à l’enregistrement des 3719 lemmes du Dizionario di apprendimento della lingua francese (DAF) de Michèle Fourment (1998). Ce dictionnaire destiné aux apprenants de FLE est le résultat d’un projet « Progetto Lingua » publié par la maison d’édition Paravia et destiné à fournir des instruments aux apprenants en situation d’apprentissage de la langue française. Il se veut un recueil du vocabulaire de base du français. Les lemmes sont présentés dans une optique contrastive et contextuelle et riches d’informations grammaticales, images et rubriques dans un souci évident de clarté et de lisibilité. Notre choix s’est porté sur ce dictionnaire puisqu’il est lui aussi destiné à un public spécifiquement italien bien que nous ne sachions pas si cet aspect a déterminé le choix de la nomenclature de la part de l’auteur.

4. Dépouillement quantitatif des résultats des confrontations des listes

Pour pouvoir procéder aux analyses reportées ci-dessous, nous avons utilisé le logiciel Textbalancer10. Textbalancer est un logiciel conçu pour l’analyse de textes écrits en langue française et, en particulier, pour le calcul de la lisibilité des textes. On peut le définir « multifonctionnel » comme nous allons l’expliquer. L’un des objectifs de Textbalancer est d’allier la théorie à la pratique en transférant certains acquis de la recherche théorique dans le domaine de la didactique. Pour l’enseignement, c’est un instrument utile pour mesurer de la façon la plus objective possible les principales caractéristiques lexicales et syntaxiques des textes écrits ainsi que leur difficulté globale.

Concrètement, Textbalancer a informatisé des bases de données lexicales (nomenclatures de dictionnaires et bases de données lexicales) et des formules de lisibilité qui permettent à l’utilisateur qui soumet un texte à l’analyse de visionner l’index de lisibilité de celui-ci ainsi que des informations spécifiques à la structure et au découpage lexical du texte. En l’occurrence, l’utilisateur et/ou l’enseignant verra apparaître un index de lisibilité « Kandel & Moles », adaptation à la langue française de la formule de R. Flesch (Flesch Reading Ease), formule conçue pour la langue anglaise concernant la facilité de lecture d’un support écrit.

Parmi les informations supplémentaires obtenues grâce au logiciel figurent le nombre de mots par phrases, le nombre de faux amis (ils sont soulignés en rouge), le nombre de vrais amis identifiables par un trait vert au-dessus du mot, les connecteurs et leur fréquence (c’est-à-dire le nombre d’occurrences dans le texte).

Deux spécificités de Textbalancer sont les suivantes :

  • le texte « travaillé », c’est-à-dire la lemmatisation des mots que l’enseignant peut exploiter en interrogeant les apprenants sur le lemme approprié lorsque le logiciel en propose plusieurs, ou plus simplement en indiquant aux apprenants que le lemme peut les aider à identifier un mot pour en comprendre son sens ou pour en rechercher le sens.

  • deux listes de mots : ceux présents dans le dictionnaire, ainsi que leur fréquence, et ceux qui en sont absents. Cette ressource peut être utilisée de plusieurs façons : de façon immédiate pour l’enseignant, puisqu’il pourrait visualiser les mots du texte qu’il veut soumettre à ses apprenants pour en évaluer la pertinence par rapport à ses objectifs lexicaux ; une autre utilisation, pour les apprenants, serait de vérifier de manière autonome et individuelle l’orthographe des mots qu’ils utilisent dans le remaniement et/ou simplification d’un texte qu’on leur propose car le mot mal orthographié apparaît dans la liste des mots absents du dictionnaire.

Les enseignants pourront donc, grâce à ce logiciel, effectuer une sélection attentive et scientifique valide de leurs documents pour développer la compétence de compréhension écrite de leurs apprenants. Le logiciel représente un outil efficace pour la définition préalable de ses objectifs d’apprentissage. Il est enfin également un outil pour les apprenants car il favorise la réflexion sur leur propre apprentissage et promeut ainsi l’apprentissage autonome de la langue.

Nous reportons donc dans les tableaux ci-dessous les résultats du croisement des différentes données des dictionnaires obtenus grâce au logiciel :

rudzki fig 1

rudzki fig 2

Les résultats que nous avons reportés ci-dessus nous permettent quelques remarques. D’un point de vue quantitatif, le caractère hétérogène des différentes listes est évident. Le nombre de mots communs aux trois listes de vrais amis et aux trois listes de faux amis est relativement bas, respectivement 150 mots pour les premiers et 181 mots pour les seconds. Ces remarques représentent les prémices de nos futurs approfondissements. L’identification de deux listes, l’une de vrais amis et l’autre de faux amis, validées et délimitées par des contours définitoires est à la base de nos prochains avancements. Une fois ces listes établies, nous pourrons alors tenter de répondre aux questions préliminaires formulées au début de cet article et procéder à la vérification, par le biais de recherches empiriques, de l’influence et /ou du poids effectif de ces mots dans la compréhension des textes écrits. Il a été mis en évidence que le nombre de faux amis étant inférieur à celui des transferts positifs opérés lors de la lecture des vrais amis, l’identification des congénères resterait un point d’appui important pour la compréhension et pour stimuler dans tous les cas la réflexion métalinguistique que les apprenants perfectionnent au cours de leur apprentissage. Nous chercherons, en cas de validité de la variable objet de notre hypothèse de recherche, à mettre au point une formule de lisibilité encore plus prédictive que celles qui existent déjà. Ainsi, nous perfectionnerons, grâce à cette variable centrée autour de la compréhension du texte par des « apprentis » de la langue étrangère, le logiciel de lisibilité en langue française spécifique pour un public italophone. Ces variables ont bien été décrites en détail dans Beinborn et al., (2014) et aboutissent à la conclusion suivante : «L1 readability measures cannot be directly mapped to L2 readability», confirmant le besoin d’une formule de lisibilité spécifique à un public donné dans notre cas, pour des italophones en situation d’apprentissage de la langue française.

Les listes en annexe des référentiels du CECRL ne constituent pas une référence d’un point de vue scientifique, il apparaît néanmoins que, si leur élaboration est « référentielle », elles présentent un pourcentage en proportion élevé de vrais et faux amis puisque, à titre d’exemple, 70% des 1067 vrais amis de Licari se trouvent dans la liste B2 composée de 6734 mots. Les données présentées nous permettent de situer les vrais amis en particulier, mais aussi dans une moindre mesure les faux amis, dans le vocabulaire de base de langue française représenté dans notre recherche par les listes du CECRL, le DAF et le Larousse. Pourrions-nous d’ores et déjà affirmer que ces mots ont une fréquence élevée ? Ceci resterait à être confirmé par la création de nouvelles listes d’une part (délimitées et circonscrites par une définition univoque des vrais et des faux amis) et au moyen de la vérification de la présence ou non de ces mots dans un corpus de textes écrits.

5. Conclusion

Cet article a présenté les résultats de comparaisons entre différentes données. La principale contribution de celui-ci est d’avoir mis en évidence la nécessité d’élaborer de nouvelles listes de référence en ce qui concerne les congénères lexicaux entre l’italien et le français, c’est-à-dire, dans le contexte de notre recherche, de nouveaux outils. Il semble important de souligner à ce stade que toute démarche méthodologique retenue devra obligatoirement passer d’abord par le choix d’une définition des items lexicaux traités dans cet article afin d’en délimiter la quantité. Ainsi, on pourra procéder à l’identification de corpus des deux langues objets d’étude et du choix de leur ampleur en vue de l’élaboration du pairage des items lexicaux même si nous sommes bien conscients qu’il existe un seuil de subjectivité dans l’identification et la reconnaissance des paires de mots voisins pour les apprenants.

Références bibliographiques

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JAMET, Marie-Christine, « La reconnaissance de mots isolés à l’oral. Expérience en miroir entre français et italien », in BONVINO, Elisabetta, JAMET, Marie Christine, (éds), Intercomprensione: lingue, processi e percorsi, Venezia, SAIL Edizioni Ca’ Foscari, 2016, p. 59-80.

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MASPERI, Monica, « Quelques réflexions autour du rôle de la parenté linguistique dans une approche de la compréhension écrite de l'italien par des francophones débutants », in Études de Linguistique Appliquée, n° 104, p. 491-502.

REY-DEBOVE, Josette, (dir.) Dictionnaire du français, Dictionnaires Le Robert & Clé international, Paris, 1999.

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TREVILLE, Marie-Claude, DUQUETTE, Lise, Enseigner le vocabulaire en classe de langue, Paris, Hachette, 1996.

1
Cet article est le résultat d’une collaboration ainsi que de discussions théoriques entre les auteurs. Nous précisons que l’introduction et le premier paragraphe ont été rédigés par Mélanie Rudzki. Les paragraphes suivants ont été rédigés par Raffaele Spiezia.

2
Le terme “congénères” est utilisé par certains auteurs pour désigner les vrais amis, appelés également “cognates”, tandis que pour les faux amis, l’appellation de “false friends” et “amis pervers” est également adoptée. Dans cet article, nous optons pour les termes de « congénères » et « faux amis » même si nous n’ignorons pas que certains auteurs entendent par congénères l’ensemble des faux amis et vrais amis, c’est-à-dire l’ensemble des mots semblables d’un point de vue orthographique et immédiatement reconnaissables morphologiquement pour un italophone que la transparence sémantique existe ou non.

3
Le logiciel Textbalancer est le fruit d’une collaboration entre Raffaele Spiezia et l’informaticien Giuseppe Annunziata. Le logiciel est actuellement disponible à l’adresse suivante : www.textbalancer.it. Deux objectifs ont été à la base de la création de ce logiciel. On peut en effet s’en servir pour la recherche, comme nous allons le montrer par la suite dans cette contribution, et dans un but didactique comme nous l’avons déjà fait, pour la création d’un module didactique publié en ligne pour la formation des enseignants, sur la plateforme INDIRE (Institut National Documentation, Innovation et Recherche Educative) Ce parcours est disponible à l’adresse suivante : http://www.scuolavalore.indire.it/nuove_risorse/faciliter-la-comprehension-ecrite-pour-mieux-supporter-la-production-ecrite/

4
Voir annexes.

5
Nous nous référons aux recherches menées par les auteurs cités dans la bibliographie.

6
L’enregistrement informatique de la base de Licari a comporté la réduction de celle-ci de 1081 mots à 1067 mots à cause de l’impossibilité actuelle de notre logiciel de considérer les unités polylexicales.

7
Site consulté au mois de septembre 2017 : https://fr.wikibooks.org/wiki/Vrais_amis_italiens.

8
Elle est repérable à l’adresse suivante : http://www.linguafrancese.it/linguistica/falsi_amici2.htm.

9
Pour ces deux bases de données lexicales, nous renvoyons aux publications dans lesquelles nous avons amplement décrit leur contenu et formation.

10
Voir note 3.

Per citare questo articolo:

Mélanie RUDZKI, Raffaele SPIEZIA, Faux amis et vrais amis : variables pour la compléxité des textes de langue française pour un public italophone, Repères DoRiF n. 16 - LITTÉRATIE ET INTELLIGIBILITÉ : POINTS DE VUE SUR LA COMMUNICATION EFFICACE EN CONTEXTE PLURILINGUE, DoRiF Università, Roma novembre 2018, http://dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=406

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