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M’hand AMMOUDEN

Le plurilinguisme dans le paysage linguistique algérien : catégories, objectifs et impacts

M’hand Ammouden
Laboratoire LAILEMM – Université de Bejaia
m.ammouden@yahoo.fr

Résumé

Cette étude s’inscrit dans le champ des littéracies plurilingues et porte particulièrement sur le bi-multilinguisme dans le paysage linguistique algérien. Elle consiste notamment à rendre compte des principales manières par lesquelles se manifeste le mélange des langues dans un corpus constitué de divers textes de la sphère publique et à s’interroger, en s’appuyant sur les résultats issus d’une enquête par questionnaires, sur les principaux objectifs qui pourraient être visés à travers ces choix scripturaux bi-plurilingues. Elle montre entre autres que les usagers pratiquent un bi- ou plurilinguisme qui accorde une place non seulement aux langues étrangères, mais aussi aux langues maternelles. Elle permet également de conclure que le choix des langues à utiliser et de la nature du mélange des langues à privilégier est dicté par des raisons d’ordre pragmatique, mais aussi d’ordre affectif.

Abstract

This study belongs to the field of multilingual literacies and focuses on bi-multilingualism in the Algerian linguistic landscape. It particularly consists of reporting the main ways in which language mixing occurs in a corpus composed of various texts from the public sphere and questioning ourselves, on the basis of the results obtained from a questionnaire survey, about the main objectives that could be targeted through these bi- multilingual scriptural choices. It also demonstrates that users practice a bi- or multilingualism that grants a place not only to foreign languages, but also to mother tongues. Furthermore, it leads to the conclusion that the choice of languages ​​to be used as well as the nature of the mixture of languages ​​to be favored is dictated by both pragmatic and emotional reasons.

Introduction

Le bi-multilinguisme et bi-plurilinguisme sont aujourd’hui, théoriquement du moins, considérés comme positifs et prônés par de nombreux chercheurs, pour les divers avantages qu’ils permettent sur plusieurs plans. S’il existe des pays qui optent pour « des politiques linguistiques pluralistes qui valorisent la diversité linguistique », bien d’autres appliquent « des politiques linguistiques assimilationnistes qui favorisent une langue unique tout en cherchant à éradiquer les variétés concurrentes » (BENRABAH 2007 : 56). Force est de constater ainsi que, pour plusieurs raisons, les politiques linguistiques de plusieurs pays n’encouragent pas le plurilinguisme, quand elles ne vont pas jusqu’à l’interdire. Les pratiques langagières des usagers des langues peuvent soit subir les lois de ces politiques, soit leur résister. Qu’en est-il du plurilinguisme dans le contexte algérien ?

Nous inscrivons ce questionnement dans le champ des littéracies. Ceux qui définissent celles-ci insistent sur les liens écriture/lecture, sur les impacts des caractéristiques linguistiques, sociales, culturelles, etc. des contextes sur les pratiques de lecture/écriture (BARRÉ-DE MINIAC et al. 2004a) et sur les relations oral/écrit/littéracie (FRIER et al. 2004 ; GEROLIMICH 2004). On traite aussi de plus en plus, des implications de la coexistence des langues sur la littéracie (AMMOUDEN 2009, 2015, 2016 ; MOLINIÉ et MOORE 2012). La relation littéracies/plurilinguismes est particulièrement traitée dans plusieurs des publications réunies sous les intitulés Littéracies et Plurilinguismes (BENHADJ HACEN et DELCAMBRE 2015) et La Littéracie en Contexte Plurilingue (KADI et BARRÉ-DE MINIAC 2009). On rappelle dans l’introduction de ce volume que l’appel à contributions « invitait à réfléchir à la manière dont les pratiques littéraciées s’adaptent au contexte plurilingue ou comment ce dernier est déterminant dans la connaissance, la compréhension et le développement des littéracies » (KADI 2009a : 12). On y traite d’une nouvelle conception de la personne bi-plurilingue, et on y affirme :

Cette conception a des implications importantes sur la littéracie: moins restrictive, elle autorise que soient considérées l’expression, la compréhension plus ou moins réussies dans diverses langues. Elle nous éloigne du schéma juxtapositif des langues et des systèmes et admet dès lors tous les phénomènes inhérents aux contacts des langues. (KADI 2009a : 12)

Deux des contributions de ce même volume ont pointé du doigt la nécessité de décrire le plurilinguisme qui caractérise les pratiques littéraciées et de développer par enseignement/apprentissage les compétences en littéracies/littératies plurilingues (AMMOUDEN 2009 ; LEGROS et al. 2009).

Il est à noter par ailleurs que de nombreuses études ont été consacrées aux caractéristiques sociolinguistiques et discursives des paysages linguistiques plurilingues (ABBES-KARA 2010 ; BOURHIS et LANDRY 2002 ; QUITOUT 2007). Elles ont surtout interrogé ce que nous avons proposé d’appeler les littéracies ordinaires, qui concernent globalement les pratiques langagières ordinaires (AMMOUDEN 2015 : 153), et elles ont accordé une importance particulière aux caractéristiques linguistiques et discursives des genres de discours scripturaux de la sphère publique tels que les affichages publics d’une manière générale ou la signalétique particulièrement (AMMOUDEN 2009, 2015 ; BILLIEZ et KADI 1998 ; KAHLOUCHE 2002).

Les études qui portent sur les paysages linguistiques s’inscrivent dans une « approche sémiotique et sociolinguistique » et décrivent « l'utilisation de textes dans l'espace public » (BOSCHUNG 2016 : 161). Elles étudient tous les écrits, institutionnels ou privés, affichés dans cet espace : « Le paysage linguistique est constitué de la langue de la signalisation routière, de la toponymie, de l’affichage sur les bâtiments administratifs (écoles, hôpitaux, cours de justice, ministères) et de l’affichage commercial (Leclerc 1989) » (BOURHIS et LANDRY 2002 : 124). Boschung (2016 : 162) conclut que cette notion concerne « l'utilisation du langage sous sa forme écrite dans la sphère publique, le langage visible sur une surface publique donnée ».

S’inscrire dans le champ des littéracies conduit tout d’abord à accorder une place importante aux caractéristiques des contextes. Pour Barré-de Miniac, Brissaud et Rispail (2004b : 8), « les compétences de base, linguistiques et graphiques, mobilisées pour lire et pour écrire ne peuvent se comprendre indépendamment des contextes dans lesquels ces compétences se trouvent mobilisées ». Kadi (2009a : 12) est persuadée qu’on ne doit pas « isoler l’individu qui lit et/ou écrit du contexte dans lequel il le fait ». Barré-de Miniac (2009 : 164) soutient que « les pratiques de l’écrit et celles d’enseignement de l’écrit sont des éléments de ces contextes sociolinguistiques qui les déterminent en partie, mais qu’elles contribuent aussi à déterminer ». Par ailleurs, nous considérons qu’« outre les liens étroits établis entre les littéracies et les contextes, le champ de recherche de la littéracie se distingue, entre autres, par la place qui y est réservée aux pratiques langagières ordinaires » (AMMOUDEN 2015 : 153). Il a été également montré que la notion de paysage linguistique et celle des genres de discours ordinaires « sont très compatibles avec […] les préoccupations actuelles des recherches portant sur les littéracies » (p. 147-148).

Les « littéracies ordinaires » portent notamment sur les genres de discours scripturaux ordinaires (AMMOUDEN 2015). Nous définissons les genres de discours ordinaires comme étant un ensemble de textes qui se caractérisent, entre autres, par le fait qu’ils concernent des situations de communication informelles (même dans des milieux professionnels), qu’ils sont souvent produits par des scripteurs non spécialistes dans l’utilisation de l’écrit et destinés surtout à un large public, formé de lecteurs qui n’ont pas forcément un niveau d’instruction élevé et qui peuvent être monolingues ou plus ou moins plurilingues. La prise en compte de l’hétérogénéité des profils linguistiques, voire des biographies langagières (MENGUELLAT 2012 ; MOLINIÉ 2015) des récepteurs et la focalisation sur l’aspect pragmatique conduit fréquemment leurs auteurs à faire fi des lois qui ont décrété le monolinguisme (AMMOUDEN 2015) pour produire ce que Kadi (2009b : 291) qualifie de « cocktails de langues ». Les particularités des visées communicationnelles des textes de ces genres, mais aussi de leurs scripteurs et surtout récepteurs potentiels (AMMOUDEN 2015) obligent, particulièrement dans le contexte de notre étude, à s’interroger sur les choix discursifs et sur leurs impacts sur la lisibilité des textes : n’est-ce pas un aspect que devrait privilégier tout scripteur qui s’adresse par affichage public à un large public, hétérogène, dont les répertoires langagiers des usagers des langues ne sont pas forcément plurilingues ? Force est de constater que dans les genres de discours ordinaires les conditions de production/réception des écrits « sont étroitement liées et [que] les secondes déterminent largement les premières » (AMMOUDEN 2015 : 159).

Si le recours simultané à plus d’une langue est souvent exclusivement associé aux interactions orales, il a déjà été montré qu’il peut également concerner des genres de discours scripturaux (AMMOUDEN 2015 ; AMMOUDEN et CORTIER 2016). Les textes de notre corpus reflètent la situation de plurilinguisme de l’Algérie : nous sommes donc en présence de différents cas d’alternance des langues. Toutefois les définitions concernant l’alternance codique se basent pour la plupart sur des interactions verbales. Pour Gumperz (1989 : 64), par exemple, c’est la « juxtaposition, à l’intérieur d’un même échange verbal, de passages où le discours appartient à deux systèmes ou sous-systèmes grammaticaux différents. ». Notre corpus se basant sur des textes écrits, la plupart des fois non spontanés, nous avons opté, à la suite de plusieurs chercheurs qui travaillent sur les écrits, pour l’appellation mélange des langues pour nous démarquer des contextes interactionnels, ne maintenant que l’aspect « linguistique » de la définition, à savoir la présence de deux systèmes différents dans un même discours, que ce soit sous la forme de deux phrases qui se suivent ou de deux éléments dans un même énoncé, qui reste bien structuré grammaticalement. Ainsi notre étude recouvre différents cas de combinaison des langues, allant de la simple traduction, à l’interphrastique ou à la translittération.

C’est dans cette perspective que nous nous interrogeons ici sur la manière par laquelle le plurilinguisme se manifeste dans le paysage linguistique scriptural algérien, sur les objectifs qui peuvent justifier le choix de telle ou telle forme de mélange des langues et sur la pertinence et impacts de ce choix sur la réception du message.

1. Caractéristiques sociolinguistiques du contexte de l’étude

L’Algérie est un pays multilingue, dans la mesure où il se caractérise par la coprésence de plusieurs variétés linguistiques. On parle souvent d’une situation de quadrilinguité composée par l’arabe conventionnel (dit aussi moderne, standard ou fusha), l’arabe algérien (dit aussi dialectal ou derja), le tamazight (dit aussi le berbère)1 et le français (ABBÈS-KARA et al.. 2013 ; CHERIGUEN 1997 ; SEBAA 2002). Après son indépendance, en 1962, au lieu d’opter pour une politique linguistique pluraliste, l’Algérie a choisi une politique linguistique assimilationniste « plus connue sous le nom de politique d’arabisation » (BENRABAH 2007 : 60), qui ne tient compte « ni du statut des langues en présence, ni des pratiques langagières réelles des apprenants » (ABBES-KARA 2010 : 77). L’arabe conventionnel « est la langue que l'État s'efforce d'imposer depuis l'indépendance de l'Algérie (1962) » (CHERIGUEN 1997 : 62) ; pourtant, force est d’admettre que « s’il ne s'agit pas d'une langue tout à fait étrangère à ce peuple, celle-ci n'est pas pour autant fondamentalement la langue de ce peuple » (CHERIGUEN 1997 : 62). En effet, la langue maternelle des Algériens est, selon le cas, l’une des variétés qui constituent l’arabe algérien ou le tamazight. Cette politique linguistique, véhiculée par une armada de textes de lois, commence par imposer l’arabe conventionnel, à partir des années 1970, comme langue d’enseignement dans le système éducatif à la place du français ; puis par essayer de faire en sorte qu’elle soit la seule langue des échanges officiels scripturaux notamment dans les organismes et institutions étatiques, avant de terminer par des lois qui visent la généralisation de cette langue même dans les pratiques scripturales extrascolaires et informelles et de prévoir même, pendant les années 1990, des amendes allant jusqu’à 5000 dinars algériens à l’encontre de ceux qui enfreindraient ces lois (ABBES-KARA 2010 ; BENRABAH 2007 ; KAHLOUCHE 2002). Même si cette politique linguistique a fait fi de la pluralité qui caractérise le contexte algérien et a relégué, en réalité, au second plan toutes les langues du quotidien, y compris les langues maternelles, pour viser « un changement linguistique » : « Tout se passe comme si la nation une exigerait la langue une sans aucune autre concurrente » (CHERIGUEN 1997 : 64). Les prometteurs et partisans de cette politique linguistique ont fait croire qu’il s’agissait de substituer l’arabe au français et ont fini par « exacerbe[r] le sentiment anticolonialiste de manière excessive » (BENRABAH 2007 : 60). Des tensions persistent aujourd’hui encore malgré le changement véhiculé par la nouvelle constitution. Celles-ci se traduisent par exemple dans les régions berbérophones, et en Kabylie particulièrement, par les ratures fréquentes, à titre symbolique, des écriteaux en langue arabe conventionnel par ceux qui la rejettent par racisme ou pour dénoncer l’absence de leur langue maternelle dans ces affichages et manifester leur revendication identitaire (cf. photos n° 1, 2, 3, 4).

Quelles en ont été les conséquences ? La première retombée de cette configuration sur laquelle ont insisté plusieurs sociolinguistes est celle faisant état d’une certaine concurrence, voire guerre de langues, qui a engendré plusieurs conflits linguistiques, tensions identitaires et favorisé les comportements racistes. Certains ont ainsi essayé de faire en sorte que l’arabe conventionnel soit associé à la patrie et par extension à la religion, et d’inculquer l’idée que le français représente la langue des colonialistes, des mécréants et par ricochet une langue qui va à l’encontre de la religion de l’État. En traitant de la coexistence de plusieurs variétés langagières dans le contexte algérien, Khaoula Taleb Ibrahimi (2004 : 207) explique :

Dynamique dans les pratiques et les conduites des locuteurs qui adaptent la diversité à leurs besoins expressifs, cette coexistence se révèle houleuse, fluctuante et parfois conflictuelle dans un champ symbolique et culturel traversé de rapports de domination et de stigmatisation linguistique, des rapports aggravés par les effets d’une politique unanimiste, volontariste et centralisatrice qui exacerbe les enjeux d’une problématique identitaire fortement malmenée par les vicissitudes de l’histoire.

Si un amalgame « volontairement entretenu » entre l’arabe conventionnel et l’arabe algérien a largement contribué à exclure « du débat politico-linguistique contestataire et revendicatif » les locuteurs de cette langue, les berbères ont continuellement et très activement exigé la reconnaissance de leur langue à partir des années 1980 (CHERIGUEN 1997). Le tamazight sera alors décrété langue nationale en 2002 et officielle en 20162.

La loi 91-05 du 16 janvier 1991 ordonne l’usage exclusif de l’arabe conventionnel dans les pratiques langagières de plusieurs secteurs :

Art. 4. Les administrations publiques, les institutions, les entreprises et les associations, quelle que soit leur nature, sont tenues d’utiliser la seule langue arabe dans l’ensemble de leurs activités telles que la communication, la gestion administrative, financière, technique et artistique.
Art. 19. La publicité sous quelque forme qu’elle soit, se fait en langue arabe.
Art. 20. (…) les enseignes, les panneaux, les slogans, les symboles, les panneaux publicitaires ainsi que toute inscription lumineuse, sculptée ou gravée indiquant un établissement, un organisme, une entreprise ou un local et/ou mentionnant l’activité qui s’y exerce, sont exprimés dans la seule langue arabe (JOURNAL OFFICIEL)3.

Le décret présidentiel n° 92-303 du 4 juillet 1992 relatif aux modalités de la mise en œuvre de cette loi réitère dès son premier article ces décisions :

La généralisation de l'utilisation de la langue arabe, comme langue nationale et officielle, dans toutes les administrations publiques, les institutions, les entreprises et les associations, qu'elle que (sic) soit leur nature, est un principe fondamental irréversible (JOURNAL OFFICIEL).

L’avenir révèlera que cette politique d’arabisation a échoué, qu’elle va même engendrer des effets inverses et conférer une meilleure place à la langue française (ABBES-KARA 2010 ; BENRABAH 2007 ; KAHLOUCHE 2002).

Si la langue française est officiellement décrétée, notamment à partir de 1976, simple langue étrangère au même titre que l’anglais, l’allemand, le russe, etc.4, l’observation de la réalité sociolinguistique révèle pourtant que « sans être la langue officielle, elle véhicule l'officialité, sans être la langue d'enseignement, elle reste une langue de transmission du savoir, sans être la langue d'identité, elle continue à façonner de différentes manières et par plusieurs canaux, l'imaginaire collectif » (SEBAA 2002). Il s’avère que son usage « est toujours omniprésent », que « cette langue se réapproprie peu à peu l’espace qu’elle avait perdu » et qu’elle « occupe encore une place prépondérante dans la société algérienne, et ce, à tous les niveaux : économique, social et éducatif » (RAHAL 2001). Cela conduit d’ailleurs de nombreux chercheurs tels que Cuq, Dourari, Martinez à conclure que cette langue, qualifiée d’étrangère dans les discours officiels algériens, a en réalité le statut de langue seconde (AMMOUDEN 2012).

Par ailleurs, la réalité a montré que le multilinguisme du contexte algérien implique souvent des pratiques langagières plurilingues. Il s’est avéré que les usagers ont refusé de rejeter la pluralité (BENRABAH 1997) et ont accepté que les langues que leur offre leur contexte « co-interagissent [et] s’influencent entre elles par les usages polyfonctionnels » (ABBES-KARA 2010 : 79). Sebaa (2002) constate que « les frontières entre ces différentes langues ne sont ni géographiquement ni linguistiquement établies ». Il ajoute que « le continuum dans lequel la langue française prend et reprend constamment place, au même titre que l'arabe algérien, les différentes variantes de tamazight et l'arabe conventionnel redéfinit de façon évolutive les fonctions sociales de chaque idiome ». Cela fait que les usagers puisent en toute liberté dans ce riche répertoire de variétés linguistiques et pratiquent volontiers tous les phénomènes linguistiques des contacts de langues : « Ainsi, le paysage sociolinguistique qui se donne à voir en Algérie aujourd’hui, est plurilingue, situation complexe et multiforme où les langues/variétés de langues en contact semblent créer une configuration sociolangagière kaléidoscopique et singulière » (ABBES-KARA 2010 : 78).

Comment se traduisent ces caractéristiques sociolinguistiques dans le paysage linguistique algérien, et qu’en pensent nos enquêtés ?

2. Corpus de l’étude

Nous nous appuyons sur les résultats issus de trois corpus.

Le premier est constitué de 227 photos issues du paysage linguistique algérien. Il s’agit de textes appartenant à divers genres de discours qui se donnent à lire à un public plus au moins large et qui dominent largement dans le paysage linguistique qui nous concerne : plaques des noms des rues et signalétique routière, enseignes d’institutions et d’entreprises, affiches et panneaux publicitaires, communiqués et tracts, invitations publiques et appels, divers avis (de ventes publiques, de décès, de recherches, de transfert, de perte, etc.), etc. (cf. quelques exemples de photos dans les Annexes). L’hétérogénéité est notamment due à la coexistence de genres qui relèvent de la communication formelle et de ceux servant la communication informelle, les genres de discours scripturaux ordinaires. Précisons que ces genres de discours font par excellence partie de ceux concernés par les différentes lois institutionnelles, dont celle de 1991, imposant l’usage du seul arabe conventionnel dans l’affichage public. Ce corpus a été essentiellement collecté entre 2016 et 2017.

Le second provient d’un questionnaire, que nous avons conçu sur Google Forms5 et diffusé sur Facebook au cours de l’année 2017. Il a été rempli par 277 enquêtés répartis sur 41 villes algériennes, situées dans le nord pour la plupart (Alger, Bejaia, Blida, Tizi-Ouzou, etc.). Leurs profils sociolinguistiques sont forcément très diversifiés et assez représentatifs de la diversité et pluralité linguistique qui caractérisent l’Algérie. Nous comptons 147 enquêtées et 130 enquêtés. Leurs niveaux scolaire ou universitaire sont très diversifiés, mais la plupart ont un niveau universitaire (licence, master, doctorat). Pour ce qui est des tranches d’âges, les statistiques révèlent que si un peu plus de la moitié des enquêtés ont entre 20 et 30 ans, toutes les tranches d’âge sont représentées comme le montrent les données du tableau suivant :

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Pour compléter les résultats issus de ces deux premiers corpus, nous avons décidé de lancer, fin 2017, un deuxième questionnaire, destiné à une population très réduite, constituée de 41 universitaires (doctorants et enseignants). Nous avons reçu 40 réponses (un formulaire étant renvoyé sans aucune réponse). La majorité de ces enquêtés sont d’origine amazighophone (kabyles notamment).

3. Catégories de mélanges des langues

Un premier examen de notre premier corpus permet de noter que le nombre de langues utilisées dans les 227 textes varie entre deux et quatre langues et que le bilinguisme y domine largement (80,17%) :

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Pour ce qui est des langues utilisées, nous obtenons les résultats suivants :

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L’examen des formes de mélanges des langues nous a conduit à distinguer quatre typologies :

  1. la traduction : reprendre le même écriteau dans une ou plusieurs langues ;
  2. la complémentarité : exprimer par les langues utilisées des contenus qui diffèrent ;
  3. l’intraphrastique : combiner deux langues dans un même écriteau ;
  4. la translittération : s’exprimer dans une langue en s’appuyant sur la graphie d’une autre.

Le recensement du nombre de fois que chaque type est repéré donne les résultats suivants :

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Le nombre total d’occurrences s’élève à 261 car il arrive parfois que plus d’un type de mélange soit pratiqué dans le même texte.La forme de mélange des languesla plus utilisée est la traduction. Elle se manifeste, dans notre corpus, essentiellement par le recours à deux langues (arabe et français) et à trois langues (arabe, français, tamazight) notamment dans les régions berbérophones :

- Barbecue interdit / مشواة ممنوعة [français/arabe conventionnel] (Photo 5)
- A Dieu nous appartenons et à lui nous retournons /إنا لله و إنا إليه راجعون [arabe conventionnel/français] (Photo 6 et 16)
- Remontez votre serviette à la « réception » après la douche. SVP. Merci
- ارجعوا منشفتكم إلى قاعة الاستقبال بعد الدوش من فضلكم ...شكرا [français/arabe conventionnel] (Photo 7)
- Cimetière Timqbert مقبرة [français/tamazight/arabe conventionnel] (Photo 8)
- Bibliothèque Salmi Ameziane / Tamkerdit Salmi Amezyan / مكتبة الشهيد سالمي أمزيان [français/ tamazight/ arabe conventionnel] (Photo 9)
- Établissement Public Hospitalier les frères HADBI / SVITAR ATMATEN HADBI / مؤسسة عمومية إستشفائية الإخوة حادبي [français/ tamazight/ arabe conventionnel] (Photo 10)

Si dans ces exemples le tamazight est écrit en caractères latins, il arrive aussi qu’il soit écrit en caractères tifinaghs (cf. photos n° 11, 12 et 13). Notons enfin qu’il arrive (très rarement) que le même message soit présenté en quatre langues (cf. Photo n° 14).

Le mélange des langues par complémentarité se manifeste à plusieurs reprises dans les avis de décès et appels de solidarité – écrits généralement en français – par l’insertion d’écriteaux religieux, tels que « A Dieu nous appartenons et à lui nous retournons » (Photo 15) et « Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux » (Photo 16) ou autre (Photo 17), en langue arabe. À titre d’illustration on mentionnera des affichages véhiculant des écriteaux comme les suivants6 :

- Lina Shoes Hommes – Femmes – Enfants (Photo 18)
- Valléria Shoes CHAUSSURE FEMMES & ENFANTS (Photo 19)
- Afrodite Perfumaria EXTRAITS DE MARQUES HOMMES ET FEMMES [Parfumerie Aphrodite en portugais] (Photo 20)
- Association culturelle Tanekra (…) ANSUF YESWEN [Soyez les bienvenus en tamazight] (Photo 21)
- Association socio-culturelle Racines et traditions commune d’El-flaye "Ansuf yeswen atarwa imazighen" [bienvenue à vous enfants des Amazighs en tamazight] (Photo 22)
- Association socio-culturelle Racines et traditions commune d’El-flaye "Aghref mebla idles am umdan mebla iles" [un peuple sans culture est comme un homme sans langue en tamazight] (Photo 23)
- Association Humanitaire (…) Organisent Timecret [français/tamazight]7 (Photo 24)
- Alimentation générale Tourna [virage en tamazight]
- AGWNI N TIZI / Village AIT AZIZ [Nom d’un lieu en tamazight] (Photo 25)
- Résidence Thagmats [fraternité en tamazight] (Photo 26)
- AREZ ANZEF AR IDIR / RESTAURANT / SPECIAILE GRILLADES [casse-croûte chez Idir en tamazight] (Photo 27)
- THANK YOU / Première marque d’assurance
- Fermeture du laboratoire aujourd’hui le 12/01/2017 / Asseggas ameggaz [bonne année en tamazight] (Photo 28)

Le mélange interphrastique se manifeste dans des écriteaux dans des écriteaux de ce genre :

- TAXI PHONE THILLELI [Liberté en tamazight] (Photo 29)
- MOTEL Thélleli [Liberté en tamazight] (Photo 30)
- KHALOUNA TRANQUILLE S.V.P ["Laissez-nous" en arabe algérien] (Photo 31)
- New Look a la Bougiote (Photo 32)
- Miss Mode (Photo 33)
- SALLE DES FÊTES idourar [Les montagnes en tamazight] (Photo 34)
- DÉCHARGE INTERDITE AYAGHYOUL [espèce d’un âne en tamazight] (Photo 35)
- Cirque international Cirta di Roma pour la première fois en Algérie [cirque de Rome en italien] (Photo 36)
- Tamusni Library ["savoir/connaissance" en tamazight] (Photo 37)
- PHONE BOUTIC TELECOM (Photo 38)
- FRIPERIE The Best (Photo 39)
- AVEC L’EXPERTISE RENAULT DERNAHA DJAZAIRIA ["Nous l’avons faite algérienne" en arabe algérien] (Photo 40)
- Musée n Ath Ouaghlis ["des Ait Ouaghlis" en tamazight] (Photo 41)

Le mélange par translittération peut être illustré par les exemples suivants :

- ASSABAH [Le matin en arabe conventionnel] (Photo 42)
- MAZAL WAKFiN ["Nous sommes toujours debout" en arabe algérien] (Photo 43)
- Wesh ya kho / Maraksh tban [utilisation des caractères latins pour un message en arabe algérien] (Photo 44)
- SAHA RAMDHANKOUM BNP PARIBAS EL DJAZAÏR [Bon ramadan en arabe algérien] (Photo 45)
- L’enterrement aura lieu le mardi 11/04/2017 au nouveau cimetière SIDI OUALI APRES SALAT EL ASR ["prière de l’asr" en arabe conventionnel] (Photo 46)
- L’enterrement aura lieu le : 12/05/2017 au cimetière de Oued-Ghir après SALAT EL DJOUMOUA ["prière du vendredi" en arabe conventionnel]
- La levée du corps et l’enterrement auront lieu le 09/07/2017 à 12h30 après SALAT EDDOHR ["prière du dohr" en arabe conventionnel] (Photo 47)

4. Mélange des langues : cocktail ou contre nature ?

Le multilinguisme, le plurilinguisme et les phénomènes qui en découlent (emprunts, alternance codique, traduction, etc.) donnent lieu fréquemment dans tous les contextes à des positions nettement divergentes. Pour certains, le plurilinguisme est source de nombreux bienfaits, il permet d’obtenir des « cocktails de langues » (KADI 2009 b: 291), il offre à Bejaia « au natif ou à l’étranger, au passant ou au chercheur le spectacle d’une ville hétéroclite dont l’identité peut être multiple » (MAHROUCHE 2013) et favorise par exemple la beauté et la réception des messages (AMMOUDEN 2016).

Qu’en pensent nos enquêtés ? Sur leur sentiment concernant le mélange des langues d’une manière générale, un peu plus de la moitié des 277 enquêtés du corpus 2 en ont offert une image plutôt positive :

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Il convient d’ajouter que sur les 27 qui ont opté pour une réponse ouverte, nous en comptons 4 dont la position tend vers « la maîtrise insuffisante » ; 6 qui estiment globalement que cela peut indiquer, selon le cas, l’une ou l’autre des deux possibilités, et 9 autres dont les propos prônent clairement le plurilinguisme :

- E.106. nature de la vie quotidienne spontanéité : efficacité et rapidité dans la transmission de message 
- E.148. pour passer le message 
- E.199. un besoin d'élargir son univers et de faciliter les échanges 
- E. 261. peut être nécessaire et par utilité

5. Objectifs et impacts du bi-plurilinguisme

Quels sont les objectifs visés par le recours au bi-plurilinguisme ? Le dépouillement des réponses données à une question portant sur la principale visée du bi-multilinguisme dans l’affichage public donne les chiffres suivants :

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Si la majorité des 277 enquêtés estime que le mélange des langues permet surtout la clarté, plusieurs des 23 qui ont opté pour une autre réponse (libre) les rejoignent, partiellement du moins :

E 98 : assure le passage de l'information
E 120 : toucher un max de personnes
E. 156 : la compréhension du client
E. 165 : vu la différence ethnique en Algérie il permet à tout le monde de comprendre
E. 176 : Vise un large public en fonction toujours de la réalité linguistique du pays
E. 213 : atteindre et intéresser un public plus large
E. 220 : il assure un langage familier et tente d'établir une sorte de "complicité" avec le destinataire.
E. 227 : à arranger tout le monde
E. 229 : que le message atteint le plus grand nombre possible de personnes
E. 270 : facilité de communication

Nous pouvons donc conclure que le pourcentage de ceux qui pensent que le bi-multilinguisme vise à favoriser la lisibilité dépasse les 77%.

Le dépouillement des résultats obtenus à la suite de la question relative à l’utilité du mélange de langues dans l’affichage public a révélé que la plupart estiment que cette pratique est utile :

Ammouden 7

Les questions qui portent sur l’utilité d’utiliser l’anglais, l’arabe (conventionnel et algérien), le français et tamazight dans l’affichage public ont donné les résultats suivants :

Ammouden 8

Pour compléter les résultats issus du premier questionnaire, diffusé à un large public, nous en avons distribué un deuxième qui a été rempli par 40 enquêtés. Interrogés sur la forme de mélange des langues qui favoriserait le plus la lisibilité, la majorité de nos enquêtés a choisi la traduction8 :

Ammouden 9

Parmi les raisons évoquées, nous citons les suivantes :

2. Le fait de traduire permet au récepteur de saisir ce qui ne l’a pas été dans l’autre langue
5. Cela permet d'avoir le sens de l'expression dans la première langue qui peut parfois être inaccessible à certains
6. Car on présente le même contenu sémantique en deux langues différentes, ce qui évite la confusion de sens
8. La traduction est la meilleure locomotive de l’information parce qu’elle offre la possibilité au lecteur de choisir la langue dans laquelle il va lire le message
13. Car la traduction présente exactement le même sens, il s’agit d’une explication avec une autre langue en gardant le même sens
14. Un affichage public bien traduit n’engendre pas d’effort pour la compréhension du message : il facilite non seulement la compréhension mais aussi l’effort qu’il faut avoir pour décortiquer le sens du message écrit
20. 1. Pour la clarté du message. 2. Le message traduit cible les monolingues comme les bilingues.
27. C’est plus lisible pour les arabophones et les francophones
29. Elle permet à chacun de comprendre selon la langue qu’il maîtrise
31. Les langues sont disposées de manière claire, elles reproduisent fidèlement le même sens
32. Parce qu’elle traduit exactement le même message, qu’il soit en arabe ou en français (ou même en anglais), les personnes qui ne maîtrisent ou ne comprennent pas une de ces langues (français par exemple notamment parmi la communauté arabophone) peuvent comprendre une autre (l’arabe)
35. C’est plus représentatif du message original et c’est plus fidèle

Pour ce qui est de la forme qui ne favorise pas la lisibilité, nous avons obtenu les résultats qui suivent9 :

Ammouden 10

La translittération est considérée comme étant une forme qui ne favorise pas la réception du message pour les raisons suivantes :

2. Je ne suis pas sûr mais je crois, quand même, que souvent les gens n’arrivent pas à lire quand il s’agit de translittération. Il s’agit d’un encodage le plus souvent non conventionnel. Les lettres ne sont pas toujours rendues par les mêmes sons. Les réseaux sociaux ont, tout de même accéléré cette tendance. Sur Facebook, l’arabe s’écrit en caractères latins. Le 7, par exemple, qui rappelle le h en caractère (ح) arabe est utilisé justement pour transcrire cette lettre
3. Plus rien, à mon sens, ne justifie l’utilisation des mots d’une langue avec la graphie d’une autre langue. Cela peut dérouter le consommateur et rendre le message incompréhensible
4. La translittération est un mélange de langues et de caractères qui ne vont pas ensemble conventionnellement. On ne sait pas si les affiches utilisant un tel procédé s'adressent à des monolingues ou à des plurilingues monographes. En tout cas, le décodage se fait à plusieurs niveaux : reconnaissance de la langue, association aux caractères utilisés, lexique, syntaxe, sémantique. Le lecteur est ainsi susceptible d'abandonner ce qui peut lui sembler être plus une énigme qu'un message
7. Parfois, le message est difficilement lisible
12. La translittération favorise moins la lisibilité du message car il s'agit, généralement, d'un écrit non compris par des sujets qui ne maîtrisent pas la langue 1 même s'ils maîtrisent les caractères de la langue 2.
13. Difficulté de la lecture et de la compréhension aussi
16. Je ne vois pas l’intérêt d’écrire de l’arabe en caractères français, il me semble que lorsqu’on sait lire en français on préfère que le message soit français
17. Parce que la translittération n’obéit pas à des règles de correspondances conventionnelles communément admises permettant de lire le message correctement sans faire d’effort d’interprétation de la part du destinataire
18. On ne fait pas attention au message et on ne donne pas une importance
25. la translittération car si je ne connais pas l’arabe ou le kabyle ou l’anglais si on me fait de la translittération avec des lettres de l’alphabet français je ne suis pas plus avancé
26. Car j’ai du mal à lire et à comprendre les messages je préfère quand c’est écris (sic) clairement avec les caractères de la même langue
27. La translittération peut poser un problème de compréhension pour un arabophone qui ne maîtrise pas l’alphabet de la langue française. Pareil pour un francophone qui ne maîtrise pas l’alphabet de la langue arabe. C’est aussi un problème de lecture. Si on n’a pas l’alphabet, on ne peut déchiffrer les mots, ainsi que leurs sens
31. A première vue, on pourrait le considérer comme un massacre de la langue 2
33. Parce qu’automatiquement on se met à articuler avec la langue qui fait usage de ces signes et ça prend du temps avant de se rendre compte que c’est de la translittération et on se met alors comme des Gogols en espérant bien lire
34. Demande plus de réflexion pour lire et comprendre le message
35. Il y a risque d’ambiguïté dans certains messages

En ce qui concerne la combinaison de langues qui favoriserait le plus la lisibilité, le dépouillement des réponses a donné les résultats suivants10 :

Ammpuden 11

Pour justifier le choix de la combinaison français/arabe algérien, on explique que « Ce sont les deux langues qui sont maîtrisées par la majorité des Algériens » (3).C’est globalement le même motif qui est exprimé par les enquêtés n° 5, 6, 10, 11,19, 20, 26, 27, 30 et 35. D’autres précisent que

2. En termes de pratiques de lecture, l’arabe classique dépasserait l’arabe dialectal. Ce dernier ne se pratique pas, il n’y a pas de « vraie » littérature écrite (donc à lire) dans cette langue … C’est plus de l’ordre de l’oral. Mais la tendance actuelle fait qu’elle apparaît dans certaines circonstances (mais souvent avec des caractères latins) … Cette tendance se remarque surtout dans la téléphonie mobile à l’échelle des trois pays du Maghreb.
4. (…) Langues naturelles en Algérie quoiqu'inégalement véhiculaires, une affiche en arabe dialectal et en tamazight peut être décodée par une majorité d'Algériens. En impliquant un codage en langue étrangère -le français-, par ailleurs assez largement répandue, dans une affiche dont le message est aussi écrit en arabe dialectal, la lisibilité est plus forte. Elle pourrait s'avérer plus sélective si elle est écrite en arabe classique et en français.
13. L’arabe dialectal ou le tamazight en caractères latins+ le français, sont devenus comme une habitude, on voit ces affichages quotidiennement. On peut dire aussi la facilité et la simplicité de la transmission des messages.
16. Le français est une langue véhiculaire, un message en français est l’idéal pour un francophone. L’arabe dialectal et le tamazight sont les langues maternelles de la plupart des algériens, un message écrit en ces deux langues favorise donc la lisibilité. (…)
21. Le choix de ces deux mélanges [français combiné avec l’arabe dialectal et le tamazight] revient au contexte linguistique algérien (langues maternelles des algériens).
25. Français/ arabe dialectal/ tamazight en caractère latins ; car une majorité de gens, je crois connaissent les caractères latins et parlent soit darija [arabe dialectal] soit tamazight ; donc en utilisant une espèce de créole de ces 3 langues ça me semble chouette pour se faire comprendre de tous partout.

En ce qui concerne la forme de mélange des langues qui favorise le moins la lisibilité, la plupart ont opté pour les combinaisons français/tamazight en caractères tifinagh et français/anglais :

Ammouden 12

Huit des enquêtés ont simultanément cité les deux. Ils expliquent globalement que leur choix est motivé par le fait que les deux langues associées au français sont les moins maîtrisées en Algérie :

4. (…) car les caractères tifinagh engagent à connaître au moins l'une de leurs variétés (caractères forgés par l'académie berbère de Paris, caractères adoptés par l'Institut royal marocain de langue amazigh, caractères libyens anciens, caractères tifinagh du Tassili) ainsi qu'en dialectologie touareg. Associés à une langue étrangère inégalement maîtrisée par les Algériens réduirait de sa lisibilité. Une affiche bilingue en français et en anglais serait une affiche s'adressant à un public étranger ou expert en langues étrangères.
11. tifinagh n’est pas connu par tous les Algériens. L’arabe classique est un mythe. L’anglais n’est pas accessible à tout le monde.
14. (…) parce que les algériens ne maîtrisent pas tamazight ni en caractère tifinagh ni en caractère latin, ils ne connaissent pas l’anglais donc cela n’aide surement pas à lire ni à comprendre (…).
17. Parce que l’anglais n’est pas maitrisé par le public et elle est considérée comme une langue étrangère. Les caractères tifinaghs ne sont pas faciles à lire et ils servent le plus souvent à la décoration calligraphique identitaire.
21. L’anglais est une langue non maîtrisée par la majorité des algériens. De même pour le caractère tifinagh.
29. Les langues tamazight et anglaise sont encore faiblement maitrisées par la majorité de la société.

Ce sont globalement les mêmes raisons qui sont évoquées par ceux qui ne traitent que de l’une des deux combinaisons.

6. Discussion

Si les politiques linguistiques tentent d’imposer une langue ou une pratique discursive bien précise, les usagers dont notamment les scripteurs des genres de discours ordinaires, font souvent fi de ces lois pour rentabiliser le multilinguisme qui caractérise leur contexte et pratiquer un bi- plurilinguisme qui leur permet parfois de produire de véritables bijoux discursifs. Paradoxalement si les lois sur l’arabisation ont été rejetées par le recours fréquent à l’usage exclusif du français (KAHLOUCHE, 2002), les scripteurs des affichages ont contrecarré davantage, ces dernières années, ces lois en accordant une meilleure place aux autres langues nationales, minorées par les textes, et aux pratiques plurilingues. Le rejet des lois institutionnelles conduit assez fréquemment à rejeter la langue imposée en la barrant dans les plaques étatiques notamment. En Kabylie, l’arabe conventionnel, envisagé contrairement à la langue maternelle (l’arabe algérien), comme langue du pouvoir, qui n’avait pas reconnu le tamazight, est fréquemment barré.

C’est ce qui nous conduit à accorder une importance particulière aux littéracies ordinaires, qui s’occupent davantage des pratiques de lecture/écriture d’usagers dont le niveau d’instruction n’est généralement pas élevé. Nous avons fait le choix de nous limiter à l’une des familles de genres de discours les moins étudiées par ceux qui traitent des littéracies : celle des genres de discours scripturaux ordinaires, parce que ces écrits sont souvent caractérisés, dans le contexte de notre étude du moins, entre autres, par leur caractère « rebelle » (AMMOUDEN 2015). Cette caractéristique conduit leurs scripteurs à ignorer même les lois institutionnelles, pour favoriser notamment la lisibilité du message. Que révèle notre étude à ce sujet ?

Si les avis de nos enquêtés divergent au sujet des objectifs du mélange des langues (clarté ou beauté du message) c’est justement parce que les deux intentions coexistent également chez les scripteurs. Nous avons en effet déjà distingué deux principales visées pragmatiques des affichages publics : l’information et l’incitation (AMMOUDEN 2009). Nous postulons que le besoin d’informer privilégierait les procédés qui favorisent la clarté et que celui d’inciter (publicités, appels, enseignes commerciales, etc.) impliquerait le recours à des procédés plus élaborés, mais aussi à la combinaison de langues qui peut agir, par ce choix même, sur l’affect du récepteur. C’est le cas du recours aux langues maternelles ou à une langue étrangère, tel que le français, auxquelles des représentations positives sont associées.

Si l’anglais est considéré par nos enquêtés peu utile dans l’affichage public, il est à retenir d’une part que des importateurs et distributeurs de produits étrangers se voient forcés de reproduire les slogans d’origine des produits qu’ils importent. D’autre part, il est possible que le recours à cette langue et à d’autres (allemand, italien, espagnol, portugais, etc.) puisse suffire à suggérer au récepteur/client, quand bien même il ne comprendrait pas le contenu, que le produit dont il s’agit est importé ; seul motif qui justifierait à notre sens, le fait de prendre le risque par ce choix de diminuer la lisibilité du message.

L’utilisation de l’arabe algérien et du tamazight, surtout avec les caractères tifinagh, s’explique davantage par le rejet de la reconnaissance institutionnelle insuffisante de ces langues et par leurs valeurs symboliques et affectives que par leurs éventuels impacts sur la clarté du message. C’est uniquement à ce titre qu’elles pourraient favoriser une forme particulière de lisibilité : remarquer/accepter de lire l’affichage. C’est la raison pour laquelle nos enquêtés qui sont pourtant majoritairement kabyles, ont répondu que les mélanges des langues les moins lisibles en Algérie sont ceux dans lesquels sont utilisés l’anglais et le tamazight en caractère tifinagh. La position pragmatique de ces enquêtés, qui sont par ailleurs très nombreux à penser que le français (combiné à l’arabe algérien et au tamazight en caractère latin) est la langue qui favorise le plus la lisibilité, suffit en soi pour montrer :

  • l’impact de ces politiques linguistiques qui ont favorisé l’implantation de langues étrangères au détriment des langues maternelles ;
  • le besoin de recourir même dans les affichages écrits en français à un mélange par complémentarité (et parfois par translation) qui se manifeste par l’insertion en langue arabe d’écriteaux religieux qu’on ne peut pas ou qu’on n’ose pas traduire ou par le recours aux langues maternelles pour tout ce qui concerne profondément l’affect (souhait de bienvenue, vœux de nouvel an, colère et insulte) probablement pour mieux s’exprimer et mieux agir sur le destinataire ;
  • le refus des usagers des langues (et de nos enquêtés) de bannir le plurilinguisme au profit du monolinguisme décrété par les textes de lois.

Par ailleurs, si le mélange des langues est fréquemment considéré comme étant propre à l’oral (AMMOUDEN et CORTIER 2016 : 12), il serait intéressant de noter que notre corpus dément largement cette représentation. La didactisation des genres scripturaux ordinaires peut d’ailleurs largement contribuer à reconstruire ce rapport à l’écrit « qui fait peur » par les représentations de difficulté, de « surnorme », de sacré, etc. qui y sont associées (ibid. : 10-13).

Le choix des langues à combiner et de la nature du mélange des langues (traduction, complémentarité, translittération ou intraphrastique) répond globalement à la même logique. Dans les textes dont l’intention est essentiellement informative, le recours à plus d’une langue vise surtout à favoriser la lisibilité. Dans ceux qui sont davantage incitatifs, le simple fait de recourir aux langues maternelles, peu importe la nature du mélange des langues choisi, suffirait pour sensibiliser les récepteurs. La dominance du procédé de la simple traduction peut être justifié par la production fréquente des affichages par des scripteurs ordinaires et/ou par des agences de communication insuffisamment sensibilisés aux techniques de persuasion publicitaire et aux impacts que peuvent avoir les autres types de mélanges des langues.

Le refus de la présence d’une langue étrangère et l’acceptation d’une autre dans les mêmes affichages (cf. photos n° 1 à 4) exprime une revendication identitaire. Cela s’explique par l’association de la langue rejetée au pouvoir et le rejet des lois qui veulent imposer l’utilisation du seul arabe conventionnel. Le fait que les écriteaux en arabe algérien ne subissent pas le même sort joue en faveur de ce postulat.

L’écriture en langue arabe d’écriteaux qui concernent la religion fait à notre avis exception. Nous ne pensons pas que ce soit le souci de lisibilité qui l’expliquerait. Cela pourrait être dû à la difficulté de traduire ces contenus ou à leur caractère « sacré » qui n’encouragerait pas à les traduire. Notons d’ailleurs à ce sujet qu’il est fréquent que l’usage d’une autre langue que l’arabe soit explicitement et formellement interdit dans certains lieux de culte, cimetières, etc.

Nous retenons enfin une conclusion que nous jugeons aussi intéressante qu’inattendue, et qui mérite d’être interrogée davantage : si ceux qui ont qualifié positivement le mélange des langues d’une manière générale ne représente que la moitié des 277 enquêtés, ceux qui estiment qu’il n’est pas utile dans l’affichage public ne représentent que 5%. Même si la nature hétéroclite du corpus de notre étude empêche de raffiner les réponses par genres de discours, il convient de rappeler que loi portant sur l’arabisation concerne de toute manière la totalité des genres de discours scripturaux de l’affichage public. L’étude montre ainsi le rejet de ces lois aussi bien par les scripteurs que par les récepteurs, à savoir nos enquêtés, représentatifs d’une quarantaine de villes algériennes de différentes wilayas, au profit du plurilinguisme, dont de nombreux bienfaits ont été mentionnés.

En définitive, même si nos corpus ne permettent pas une étude quantitative très fiable, ils donnent néanmoins une idée assez représentative des manières avec lesquelles les langues se combinent dans le paysage linguistique algérien et sur l’interprétation de celles-ci par les usagers. Le pragmatisme des usagers, leur attachement aux langues maternelles et aux langues étrangères, et semble-t-il le simple fait de manifester le rejet du monolinguisme imposé par la politique linguistique, les poussent à pratiquer le plurilinguisme par différents procédés et à le mettre essentiellement au service de la communicabilité et de la beauté de leurs écrits. Les différentes langues en usage cohabitent harmonieusement, se combinent et se mélangent de différentes manières privilégiant les seuls soucis de lisibilité et de beauté du message.

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Annexes

Questionnaire n° 1

Ce questionnaire anonyme (sauf pour ceux qui veulent mentionner leur nom) servira à une étude universitaire portant sur le mélange de langues. Il est distribué par AMMOUDEN M’hand (Maître de conférences au département de français de l’université de Bejaia). Merci de répondre aux questions, le plus objectivement possible.

Sexe : F M ………………… Ville : ……………. Niveau d’instruction : ……………………………..

Age : Mois de 20 ans – moins de 30 ans – moins de 40 ans – moins de 50 ans – Plus de 50 ans

1. Le mélange de langues d’une manière générale renseigne surtout sur

o la maîtrise de 2 ou plusieurs langues
o la maîtrise insuffisante des langues

2. Le mélange de langues dans l’affichage public vise surtout

o la clarté du message
o la beauté du message
o autre ?

3. Le mélange de langues dans l’affichage public est

o utile
o peu utile
o inutile

4. L’utilisation de l’anglais dans l’affichage public est

o utile
o peu utile
o inutile

5. L’utilisation de l’arabe algérien (ederja) dans l’affichage public est

o utile
o peu utile
o inutile

6. L’utilisation de l’arabe classique (elfusha) dans l’affichage public est

o utile
o peu utile
o inutile

7. L’utilisation du français dans l’affichage public doit être

o utile
o peu utile
o inutile

8. L’utilisation du tamazight dans l’affichage public est

o utile
o peu utile
o inutile

Merci encore pour votre précieuse collaboration


Sélection de photos

Ammouden 1 bis

Ammouden 2 bis

Ammouden 3 bis

Ammouden 4 bis

Ammouden 5 bis

1
Le tamazight dispose de son propre alphabet, appelé le tifinagh, mais s’écrit aussi fréquemment par les caractères latins.

2
Présidence de la République, Secrétariat Général du Gouvernement, Constitution de la République algérienne démocratique et populaire, mars 2016, art. 4 « Tamazight est également langue nationale et officielle », URL : www.joradp.dz/trv/fcons.pdf

3
Le journal officiel de la république algérienne est édité en langue arabe et en langue française. La totalité des numéros est téléchargeable sur le site réservé à cet effet :https://www.joradp.dz/hfr/. Les articles que nous citons sont pris tel qu’ils figurent dans la version française des textes de loi parus dans le journal officiel.

4
Nous renvoyons notamment à l’ordonnance n° 76-35 du 16 avril 1976 (Journal officiel, mais également à plusieurs textes de lois du début des années 90, parues dans le sillage de la politique de promotion de l’arabisation (Journal officiel).

5
Voir https://www.google.com/intl/fr/forms/about/

6
Nous reproduisons dans la totalité des exemples cités dans cet article les écriteaux exactement tels qu’ils figurent sur les affichages de notre corpus. Par contre, ce que nous mentionnons entre crochets à côté des exemples sont des traductions personnelles qui ne figurent pas sur les affichages.

7
Pratique consistant à collecter de l’argent pour égorger des bœufs ou autres pour un partage de viande de tout le village : « Abattage collectif de viande distribuée entre tous les habitants d’un village » (DALLET 1982 :106).

8
Bien que la question ait été formulée de manière à ce que les enquêtés ne donnent qu’une seule réponse, 4 d’entre eux ont coché plus d’une réponse. C’est la raison pour laquelle le total des réponses s’élève à 46 au lieu des 40 attendues.

9
Un des 40 enquêtés n’a coché aucune réponse. Il a inséré le commentaire suivant :« toutes ces formes favorisent la lisibilité du message parce que les langues utilisées font partie du paysage linguistique des Algériens ».

10
Bien que la question ait été formulée de manière à ce que les enquêtés ne donnent qu’une seule réponse, quelques-uns ont coché plus d’une réponse. C’est la raison pour laquelle le total des réponses s’élève à 59 au lieu des 40 attendues.

Per citare questo articolo:

M’hand AMMOUDEN, Le plurilinguisme dans le paysage linguistique algérien : catégories, objectifs et impacts, Repères DoRiF n. 16 - LITTÉRATIE ET INTELLIGIBILITÉ : POINTS DE VUE SUR LA COMMUNICATION EFFICACE EN CONTEXTE PLURILINGUE, DoRiF Università, Roma novembre 2018, http://dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=407

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