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Sonia GEROLIMICH, Claire MARTINOT

La répétition chez les enfants de 4, 6 et 8 ans : de quoi parle-t-on au juste ?

Sonia Gerolimich
Université de Udine & Dorif (groupe “Grammaire et Syntaxe”)
EA 4509, STIH
sonia.gerolimich@gmail.com
http://cereli.fr/membres/sonia-gerolimich

Claire Martinot
Université Paris-Sorbonne
EA 4509, STIH
martinot.claire@gmail.com
http://cereli.fr/membres/claire-martinot

Résumé 

Dans le cadre de la théorie acquisitionnelle fondée sur les procédures de reformulation – définies comme maintien d’un invariant articulé à un changement – cet article décrit les reformulations par répétition, telles qu’elles sont attestées dans les restitutions d’une histoire auparavant lue à des enfants de 4, 6 et 8 ans. L’analyse est fondée sur le type et le degré du différentiel qui existe entre les prédications du texte source et les prédications répétées par les enfants, en effet les répétitions à l’identique sont rares quand on retient l’empan minimal d’une prédication élémentaire. L’article discute les critères linguistiques que l’on peut retenir pour considérer qu’une reformulation est une répétition et non pas une paraphrase. Les résultats montrent que ce sont les enfants de 6 ans qui exploitent au maximum la reformulation par répétition, quelle que soit la prédication source. Les enfants de 8 ans, à l’inverse, font le choix d’autres procédures reformulatoires tandis que les 4 ans produisent à la fois peu de répétitions à l’identique et introduisent peu de modifications dans leurs répétitions. Il ressort que, même dans la répétition, ce sont les différences attestées entre les prédications sources et les prédications répétées qui nous éclairent sur la façon dont les enfants apprennent à faire fonctionner leur langue maternelle.

Introduction1

Le rôle de la répétition au début de l’acquisition est au centre de nombreuses recherches (DEMETRAS et al. 1986, VENEZIANO et al. 1990, BAZZANELLA 1997, BERTHOUD et al. 2006, CLARK 2006) qui considèrent que l’enfant acquiert sa langue en imitant l’adulte. Ces recherches ne distinguent pas la répétition stricte d’autres modes de reprises qui introduisent des modifications plus ou moins importantes. D’un point de vue linguistique2, nous pensons qu’il y a un enjeu important à distinguer les différentes formes de répétitions par rapport à des formes que nous désignons comme des reformulations non répétitives. Nous pensons aussi que, pour rendre compte du fonctionnement d’une langue, on ne peut pas dissocier le choix des formes qui constituent un énoncé, du sens véhiculé par l’énoncé. Ainsi, par exemple, dire qu’un enfant a répété tel mot, signifie uniquement que cet enfant a reproduit le signifiant. Dire qu’un enfant a répété une séquence de mots véhiculant un sens, ce que nous désignons par le terme de prédication, signifie qu’il a reproduit le même sens qu’un énoncé source avec les mêmes formes ou presque. Ce sont ces cas de répétitions que nous allons analyser dans cet article.

Par ailleurs, notre propos s’inscrit dans un cadre acquisitionnel selon lequel les enfants acquièrent leur langue maternelle en transformant les énoncés prédicatifs qu’ils entendent et sur lesquels ils s’appuient pour produire à leur tour leurs propres énoncés prédicatifs (MARTINOT 2000, 2007, 2009, 2016, MARTINOT et al. à paraître, GEROLIMICH et al. 2016). Nous désignons par le terme de reformulation l’ensemble des procédures transformatoires que les enfants mettent en œuvre pour acquérir leur langue maternelle :

Tout processus de reprise d’un énoncé antérieur qui maintient, dans l’énoncé reformulé, une partie invariante à laquelle s’articule le reste de l’énoncé, partie variante par rapport à l’énoncé source, est une reformulation. (MARTINOT 1994)

Toute reformulation est une procédure hybride, dans le sens où plusieurs changements, souvent de nature différente, ont lieu en même temps. Par exemple, un mot de la prédication reformulée a changé de place par rapport au même mot de la prédication source, un autre mot est un synonyme, la construction est modifiée, le verbe n’est pas au même temps, etc. En nous appuyant à la fois sur des critères sémantiques et sur des critères formels, nous pouvons dégager la procédure reformulatoire dominante, c’est-à-dire celle qui détermine les autres (MARTINOT 2008). L’ensemble des procédures reformulatoires que nous avons mis au point dans le projet international Acquisition et reformulation (2003-2010) et que nous avons affiné dans le projet actuel Acquisition de la complexité linguistique de 6 à 14 ans (2013 …) constitue un continuum dont les deux extrémités sont la répétition d’un côté, le changement de sens de l’autre. La reformulation par répétition est la procédure dans laquelle l’invariant (sémantique et formel) est maximal et les modifications minimales, la reformulation avec changement de sens est la procédure dans laquelle le changement est maximal, puisque l’information est différente, et l’invariant, nécessairement formel, minimal. Entre ces deux extrêmes prennent place les différentes procédures de reformulation par équivalence sémantique (MARTINOT 2009, MARTINOT, GEROLIMICH 2012) que nous ne traiterons pas ici.

L’objectif de cet article est de savoir comment les enfants des 3 tranches d’âge, 4, 6 et 8 ans, répètent un certain nombre de prédications du texte source. Les enfants de 4 ans ont-ils davantage tendance à répéter que les plus grands, comme on pourrait s’y attendre ? Les changements introduits dans les répétitions sont-ils de même nature dans les trois tranches d’âge ? En effet, les répétitions strictes au niveau d’une prédication sont rares. Ces changements peuvent-ils nous apprendre quelque chose sur le processus acquisitionnel, qui n’est pas terminé à 8 ans ?

Après avoir décrit le protocole semi-expérimental dans lequel les restitutions enfantines ont été recueillies, nous discuterons des critères que nous retiendrons pour distinguer les reformulations par répétition des reformulations par équivalence sémantique, la frontière entre les deux étant pour nous un enjeu important puisque nous défendons l’hypothèse que la dynamique de l’acquisition se trouve dans les aptitudes transformatoires que manifestent déjà les très jeunes enfants (MARTINOT et al. à paraître). Les changements introduits par les enfants dans les énoncés que nous considérons comme des répétitions ne sont pas de même nature que les changements introduits dans les reformulations paraphrastiques. Nous analyserons ensuite les répétitions produites à partir de cinq prédications élémentaires du texte source, dont la construction et le lexique sont parfaitement accessibles à des enfants de 4 ans (parties 3 à 5) et une sixième prédication qui est syntaxiquement complexe et informativement dense (partie 6). Ces six prédications ont été choisies du fait qu’elles ont été fréquemment reformulées d’une façon ou d’une autre (répétition, changement de sens ou paraphrase).

1. Le protocole expérimental

Notre analyse s’appuiera sur un corpus recueilli auprès d’enfants de 4 à 8 ans qui restituent tous la même histoire (cf. annexe : Tom et Julie). Les enfants sont volontaires pour ce type d’expérimentation qui a eu lieu dans différentes écoles maternelles et élémentaires de France. Dans chaque tranche d’âge, 15 enfants tout-venants de 4;0 à 4;3, 6;0 à 6;3 et 8;0 à 8;4 ont été enregistrés. La lecture est faite individuellement à chaque enfant par l’expérimentateur. La consigne qui lui est donnée est de bien écouter l’histoire et de la raconter à son tour tout de suite après la lecture, en essayant de ne rien oublier, avec ses mots à lui. L’expérimentateur rassure les enfants en insistant sur le fait qu’ils ne sont pas obligés de réutiliser les mots de l’histoire et que s’ils oublient quelque chose, ce n’est pas grave du tout. Le fait de se savoir enregistrés et d’entendre ensuite leur voix motive beaucoup les enfants.

La tâche de restitution permet de contrôler le texte source et par conséquent de comparer des enfants d’âges différents dans la même tâche. Seules seront analysées les reformulations que nous évaluons comme des répétitions et non celles que nous évaluons comme des reformulations avec changement de sens, ou comme des équivalences sémantiques (paraphrases).

2. Reformulation par répétition versus reformulation par équivalence sémantique

Nous considérons a priori comme répétition toute reprise d’un énoncé source (ES) qui véhicule la même information que ce dernier, qui ne modifie pas sa construction ni son lexique, qui peut introduire des changements minimes de forme (affectant de façon négligeable l’information véhiculée).

Lors de l’analyse des six prédications, nous fournirons des exemples de reformulation par répétition qui nous amèneront à modifier éventuellement cette première définition de travail. Nous indiquons ci-dessous quelques exemples contrastés dans lesquels le premier énoncé reformulé est une répétition, le second est une paraphrase3.

ES - elle tenait par la main une petite fille
Erép (énoncé répété) - Pauline X (4a) : elle tena par la main une petite fille.
Epar (énoncé paraphrasé) - Antoine X (4a) : elle prenait dans sa main une petite fille

ES - que personne n’avait encore jamais vue
Erép - Adrien (4a) : que tout le monde n’avait jamais vue
Epar : Rémy (8a) : qu’on ne connaissait pas

ES - Ouvre la boîte
Erép - Daphné (6a) :Tom ouvre la boîte 
Epar - Alexia(6a) : elle lui a dit d’ouvrir la boîte

ES - le tronc s’ouvrit
Erép - Léa (8a) : ça s’est ouvert
Epar - Anne (6a) : après la porte s’ouvra

ES : l’arbre se referma derrière eux
Erép - Marion (4a) : l’arbre se refermait derrière eux
Epar - Ilan (8a) : la porte se referma

ES : Je t’attends ce soir à 8h, sous le gros arbre, à l’entrée de la forêt 
Erép – [Aucune occurrence de répétition dans notre corpus de 45 enfants]
Epar - Chloé X (6a) : rendez-vous ce soir à 8h au grand arbre au début de la forêt 

Les changements minimes, en gras, sont, selon nous, compatibles avec la posture répétitive. Ils montrent aussi que les répétitions prédicatives strictement identiques sont exceptionnelles dans une tâche de restitution comme le montre le tableau 1 ci-dessous. Malgré le faible nombre d’occurrences de répétitions strictes, le nombre de celles-ci triple entre 4 et 6 ans, puis se maintient à 8 ans.

Gerolimich 1

<P2a> : Elle tenait par la main une petite fille, séquence 1
<P2b> : que personne n’avait encore jamais vue, séquence 1
<P1b> : « Ouvre la boîte ! », séquence 6
<P1> : le tronc s’ouvrit, séquence 11
<P4> : L’arbre se referma derrière eux, séquence 11
<P3c> « Je t’attends ce soir à 8h, sous le gros arbre, à l’entrée de la forêt », séquence 6

3. Analyse des répétitions dans la séquence 1

Séquence 1 : Ce matin-là, <P1a> la maîtresse est arrivée dans la cour de l’école <P1b> plus tard que d’habitude. <P2a> Elle tenait par la main une petite fille <P2b> que personne n’avait encore jamais vue.

Cette séquence est constituée de quatre prédications élémentaires, notées <P1a>, <P1b>, <P2a> et <P2b>. <P2a-b> forment ensemble une prédication complexe. Nous analyserons séparément les répétitions de <P2a> et de <P2b>.

3.1. <P2a> Elle tenait par la main une petite fille

Exemples de répétitions

Clara (4a) : ce matin-là la maîtresse est arrivée plus tard que d’habitude elle tenait dans sa main une petite fille que personne n’avait encore jamais vue elle s’appelait Julie
Alexandre Y (4a) : Un jour la maîtresse elle tenait une petite fille + et elle s’appelait Julie
Pauline X (4a) : Un jour + la maîtresse vena très tard parce que elle alla a convenable convenu la cour elle tena par la main une petite fille.
Pauline Y (4a) : Une fois Julie ++ une fois dans la cour de l’école la maîtresse elle tenait par la main une petite fille
Margot (6a) : un jour la maîtresse arriva très tard dans la cour (…) elle tenait par la main
Clara (6a) : Il était une fois Tom et Julie et qui étaient dans une école et puis un jour la maîtresse à l’école elle était arrivée en retard et puis à sa main elle tenait une petite fille et après elle arriva
Edward (6a) : Ce matin la maîtresse arriva à dans la cour plus tard que toujours et *tena à la main une petite fillette 
Léa (8a) : c’est l’histoire d’une petite fille qui rentra à l’école qui rentra à l’école et la maîtresse elle la tient par la main
Ninon (8a) : La maîtresse arriva plus tard que d’habitude + et elle tenait par la main un enfant que les élèves n’avaient encore jamais vu
Antonin (8a) : il était une fois la maîtresse elle vena en retard elle tenait une petite fille à sa main que personne ne connaissait

Les changements attestés (en gras) sont compatibles avec l’étiquette de répétition. Le même enfant peut introduire plusieurs changements (cf. Clara, 4a, tableau 2). Ces changements sont les suivants :

  • répétition incomplète (Alexandre Y, Margot),
  • changement de préposition (Clara, 4a, Clara, 6a),
  • changement de déterminant (Antonin, Clara, 4a, Clara, 6a),
  • changement de temps (Edward, Pauline X),
  • changement de forme pour le pronom sujet (Edward),
  • changement de forme pour l’argument de rang 1 (petite fille) à condition que le référent soit le même (Edward, Léa, Ninon : petite fillette / la / enfant),

  • permutation des arguments (Antonin, Clara, 6a)4.

À l’inverse, les changements suivants ne permettent pas de considérer que les enfants ont produit une répétition mais une paraphrase : changement du lexique verbal (Antoine X : tenait -> prenait), réduction de la prédication à un complément prépositionnel (Antoine Y), introduction de l’adjectif nouvelle résultant de la réduction de la relative <P2b> (Chloé X), transformation de la prédication en relative (Arthur).

Antoine X (4a) : elle prenait dans sa main une petite fille
Antoine Y (4a) : la maîtresse arriva très en retard avec une petite fille
Chloé X (6a) : la maîtresse elle arrive plus en retard que d’habitude avec une nouvelle petite fille
Arthur (8a) : la maîtresse arrivait dans l’école avec une petite fille qu’elle tenait dans la main

Gerolimich 2

Sur 15 enfants de 4 ans qui ont reformulé la séquence 1, six ont répété la prédication <P2a>, soit 40%. Deux enfants ont produit une répétition incomplète en omettant une partie de l’information. Les trois autres ont introduit des changements, concernant la préposition, le déterminant ou le temps du verbe.

Dix enfants de 6 ans sur 15, soit 66,6%, ont répété la prédication <P2a>, se montrant ainsi plus disposés que les 4 ans à employer ce moyen. En dehors des trois enfants qui ont répété strictement à l’identique la prédication source, les sept autres ont produit à chaque fois une variante au moins, ce qui montre la variété des micro-changements introduits par les enfants de 6 ans. Six sur dix ont modifié la préposition. En plus de ce changement, ils ont introduit une, deux ou trois autres modifications, bien plus nombreuses que chez les 4 ans.

A 8 ans, le nombre des répétitions est tombé à six sur 14 locuteurs, soit 42,8% de répétitions, mais paradoxalement, les 8 ans ont produit des répétitions plus fidèles à l’ES.

3.2. <P2b> que personne n’avait encore jamais vue

Exemples de répétitions

Adrien (4a) : La maîtresse rentrait plus tard que d’habitude + (fragment qui appartient à la séquence 2. « et en rentrant dans la classe ») elle tenait une petite fille que tout le monde n’avait jamais vue
Sacha (6a) : Ce matin la maîtresse était dans la cour de récréation elle tenait par la main une petite fille qu’on (n’) a jamais vue
Ninon (8a) : La maîtresse arriva plus tard que d’habitude + et elle tenait par la main un enfant que les élèves n’avaient encore jamais vu

Les changements suivants sont compatibles avec une répétition :

  • changement du pronom sujet (Adrien, Sacha, Ninon : personne > tout le monde / on /les élèves)

  • suppression de encore (Sacha)
  • changement de temps (Sacha).

N’ont pas été considérées comme des répétitions, les réductions de la relative à un adjectif intégré à la prédication précédente (Gabriel), les cas de dérelativisation (Arthur) :

Gabriel (4a) : Un jour Tom et Julie ++ la maîtresse elle tenait une nouvelle camarade
Arthur (8a) : la maîtresse arrivait dans l’école avec une petite fille qu’elle tenait dans la main personne n’avait jamais vu

Gerolimich 3

A 4 ans, 3 enfants sur 15, soit 20%, utilisent la procédure de répétition. Un enfant répète à l’identique ; les deux autres produisent une prédication incomplète (absence de « encore »), tout en modifiant le temps dans un cas (imparfait -> présent) ou le pronom sujet dans l’autre (personne –> tout le monde).

A 6 ans, cinq enfants sur 15, soit 33,3%, ont répété la prédication <P2b> contre un seul enfant de 8 ans, soit 7,1%.

Ces taux sont très inférieurs à ceux de la prédication précédente <P2a>. On peut en conclure que le petit nombre de répétitions provient du fait que la forme (personne …) et /ou la construction relative de <P2b> entravent la répétition de cette prédication bien que l’information qu’elle véhicule : une petite fille inconnue arrive à l’école, soit nouvelle. Dans ce cas, les enfants simplifient la prédication complexe <P2a-P2b> en supprimant la relative (MARTINOT et al, 2009).

4. Analyse d’une première prédication répétée dans la séquence 6

Séquence 6 : Un jour, <P1a> Julie chuchota à Tom : <P1b> « Ouvre la boîte ! » <P2> Tom souleva le couvercle et <P3a> découvrit un morceau de papier <P3b> sur lequel Julie avait écrit : <P3c> « Je t’attends ce soir à 8h, sous le gros arbre, à l’entrée de la forêt ».

Cette séquence est constituée de 5 prédications élémentaires et d’une prédication complexe <P3c>. <P1b> complète <P1a>

4.1. <P1b> « Ouvre la boîte ! »

Exemples de répétitions

Edward (6a) : et un jour Julie donna une boîte à Tom « ouvre Tom »
Daphné (6a) : elle chuchota à Tom : « Tom ouvre la boîte »
Anne (6a) : un jour Julie *disa à Tom : « Tom ouvre cette boîte »
Claire (8a) : Julie dit à Tom « ouvre la boule »5
Solène (8a) : Un jour Julie dit : « ouvre la boîte Tom »
Lauriane (8a) : Un jour Julie dit à Tom : « Tom ouvre la boîte il y a quelque chose dedans »

Les changements suivants sont compatibles avec la reformulation par répétition :

  • répétition incomplète (Edward) ou erronée (Claire),
  • ajout d’un nom d’adresse, à savoir le prénom de l’interlocuteur (Daphné, Solène),
  • changement de déterminant (Anne).

En revanche, la modification de l’impératif : Ouvre ! en Tu peux ouvrir (Christina) est une reformulation paraphrastique, de même que la transformation du discours direct en discours indirect (Alexia) :

Christina (4a) et Julie chuchota à Tom : « tu peux ouvrir la boîte »
Alexia (6a). Et un jour elle lui a dit d’ouvrir la boîte

Gerolimich 4

Sur les 12 enfants de 4 ans qui ont reformulé la séquence 6, seulement deux, soit 16,6%, ont répété la prédication <P1b> « Ouvre la boîte ! ». Ces deux répétitions sont identiques à la prédication source.

Dix enfants de 6 ans sur 15, soit 66,6%, ont répété cette prédication. Sept l’ont répétée à l’identique, l’un a modifié une chose et deux autres deux choses, par suppression ou par ajout. Un enfant a modifié le déterminant. Ces modifications sont mineures.

Neuf enfants de 8 ans sur 15, soit 60%, ont répété la prédication. Cinq l’ont répétée à l’identique, les quatre autres ont modifié une seule chose.

Dans le cas de cette prédication, à chaque tranche d’âge, les enfants ont plus souvent répété à l’identique que dans les autres cas. Malgré cela, on retrouve les mêmes tendances que précédemment : les 4 ans répètent moins que leurs ainés. Les 6 ans sont ceux qui répètent le plus et font le plus de modifications.

5. Analyse des répétitions dans la séquence 11

Séquence 11 : Tout à coup, <P1> le tronc s’ouvrit et <P2a> les enfants furent éblouis par la lumière <P2b> qui inondait l’intérieur de l’arbre. <P3> Ils firent quelques pas et <P4> l’arbre se referma derrière eux.

Cette séquence, située à la fin de l’histoire6, est constituée de trois prédications élémentaires <P1, P3, P4> et d’une prédication complexe <P2a-P2b>. Nous analyserons les répétitions de <P1> et de <P4>, comparables l’une à l’autre du point de vue lexical et syntaxique mais se distinguant du point de vue informatif. En effet, si l’ouverture du tronc d’arbre est une information attendue – cf. séquence 10 de l’histoire : l’arbre était en train de tourner sur lui-même - et déterminante pour la suite de l’histoire, sa fermeture n’a pas d’incidence particulière, l’important étant que les enfants se trouvent à l’intérieur de l’arbre, ce que de nombreux enfants ont rendu par : ils sont rentrés dans l’arbre, ou un équivalent.

5.1. <P1> le tronc s’ouvrit

Exemples de répétitions :

Marion (4a) : et puis il s’est + l’arbre il s’est ouvert
Chloé X (6a) : et quelques minutes après il s’ouvra
Sacha (6a) :l’arbre se ouvre
Léa (8a) : et ça s’est ouvert (avec des lumières)7
Lauriane (8a) : [séq .10 : et le tronc tourna] et s’ouvrit

Nous admettrons que les changements suivants sont compatibles avec une répétition : le remplacement de tronc par arbre, la pronominalisation du sujet, le changement du temps verbal ainsi qu’une erreur au niveau du temps verbal. N’est pas considéré comme répétition, un énoncé tel que celui de Anne, du fait d’un changement de référent :

Anne (6a) : après la porte s’ouvra

Aucun enfant de 4 et 6 ans n’a répété à l’identique la prédication source. Deux enfants de 8 ans l’ont fait mais l’un d’eux a produit un passé simple erroné (le tronc s’ouvra), tous les autres ont modifié au moins un élément.

gerolimich fig 5 rifatta

Les 4 ans sont les moins nombreux à avoir répété la prédication <P1> : 66,6% contre 73,3% à 6 ans et 86,6% à 8 ans. Les enfants de 4 ans ont tous modifié la forme du sujet et/ou le temps verbal (1 présent, 1 passé composé) mais 4/6 ont maintenu le passé simple.

Chez les 6 ans, aucun sujet n’est effacé et un enfant (Madeleine, tableau 5) a même précisé le référent en disant tronc de l’arbre. Chez les 8 ans, 2 enfants ont répété à l’identique (dont 1 avec un passé simple erroné), 3 enfants ont réduit, sans erreur, le sujet à la suite d’un coordonnant (cf. Lauriane) et ont utilisé majoritairement le passé composé (contre un cas à 4 ans et un cas à 6 ans). Les 8 ans sont aussi deux fois plus nombreux que les 4 et 6 ans à avoir modifié le nom sujet en pronom. Ces modifications montrent que les enfants s’approprient les marques anaphoriques de la co-référence : effacement du sujet coréférent à la suite d’un coordonnant ou pronominalisation. Pour cette prédication, contrairement aux autres cas analysés dans cette livraison, les 8 ans sont plus nombreux que les 6 ans à avoir répété mais, si 2 enfants ont répété à l’identique – nous l’avons déjà constaté plus haut chez les 8 ans – les autres enfants introduisent un grand nombre de changements contrairement aux 6 ans qui se contentent de modifier essentiellement le nom sujet en un autre nom hyperonyme (tronc > arbre).

5.2. <P4> l’arbre se referma derrière eux.

Exemples de répétition

Marion (4a) : (les enfants sont rentrés dans l’arbre) et l’arbre se refermait derrière eux
Alexandre X (4a) : (et quand ils sont rentrés dans l’arbre) l’arbre se refermait
Clara (6a) : (et après ils sont rentrés) et l’arbre il était déjà refermé
Claire (8a) : et aussitôt l’arbre se refermait
Jeanne (8a) : il s’est refermé
Maxima (8a) : l’arbre se ferme derrière eux.

Nous admettons que les changements suivants sont compatibles avec une répétition :

  • pronominalisation de No (Clara),
  • suppression du préfixe verbal de se refermer > se fermer (Maxima),
  • changement du temps verbal (Marion),
  • suppression du complément prépositionnel (Claire) dans la mesure où il est facultatif syntaxiquement et redondant du fait de : <P3> ils firent quelques pas, énoncé juste avant <P4> mais surtout de : (séq. 12) Tom et Julie se trouvaient dans un jardin merveilleux, énoncé juste après <P4>.

Les énoncés reformulés dans lesquels le référent du sujet a changé ne sont pas des répétitions :

Ilan (8a) : la porte se referma

Un seul enfant (Sacha, 6 ans) a répété à l’identique.

Gerolimich 6

Nous avons remarqué plus haut que la prédication <P4> exprimait un contenu qui n’avait pas d’incidence particulière sur la suite de l’histoire contrairement à la prédication <P1>. De façon attendue, les enfants des trois tranches d’âge répètent beaucoup moins cette prédication que <P1> : les 4 ans répètent trois fois moins, les 8 ans quatre fois moins. Les 6 ans sont encore sept à répéter <P4> mais moins qu’ils ne l’ont fait pour <P1>.

Deux enfants de 4 ans sur neuf, soit 22,2%, répètent et aucun ne le fait de façon strictement identique : ils ont modifié le temps du verbe en le mettant à l’imparfait. Les 6 ans, 7/15, soit 46,6%, ont employé, comme les 4 ans, un temps-aspect verbal (imparfait & plus-que-parfait) incompatible avec le sens du verbe dans le co-texte de l’histoire. Cette erreur n’est présente que chez un enfant de 8 ans mais, à cet âge, seulement 3 enfants sur 15 ont répété, soit 20%. Si l’on compare les temps employés dans la prédication <P1> et dans la prédication <P4> dans lesquelles, rappelons-le, le sens et la valeur aspectuelle sont comparables le tronc s’ouvrit (…) et l’arbre se referma, on remarque qu’un seul enfant de 8 ans (Jeanne, tableaux 5 & 6) utilise à bon escient le même temps (passé composé) pour le verbe des deux prédications. Quant au complément prépositionnel derrière eux, il a été omis par la plupart des enfants.

6. Analyse d’une seconde prédication répétée dans la séquence 6

Séquence 6 : Un jour, <P1a> Julie chuchota à Tom : <P1b> « Ouvre la boîte ! » <P2> Tom souleva le couvercle et <P3a> découvrit un morceau de papier <P3b> sur lequel Julie avait écrit : <P3c> « Je t’attends ce soir à 8h, sous le gros arbre, à l’entrée de la forêt ».

La prédication <P3c> se distingue des prédications que nous avons analysées précédemment en ce que les prédications précédentes n’ont pas posé de problème d’étiquetage, selon nous. Cela vient du fait que les cinq premières prédications étaient particulièrement simples du point de vue informationnel mais aussi syntaxique – on remarquera que même dans ce cas, les enfants ont introduit de nombreux changements. La prédication <P3c> est longue, elle contient deux informations temporelles et deux informations locatives dont l’une est une relative déterminative effacée, à l’entrée de la forêt, que l’on reconstruit en : (…) sous le gros arbre qui est à l’entrée de la forêt. La prédication <P3c> est donc syntaxiquement et informationnellement complexe. Du point de vue de l’efficacité de l’information à transmettre, le second complément temporel à 8h et les deux compléments locatifs sont nécessaires.

Un seul enfant de 8 ans a produit une reformulation qui s’apparente à une répétition mais qui n’en est pas une, si l’on applique les critères que nous avons utilisés jusqu’à présent :

Maxima (8a) : « viens ce soir à 8h je t’attends sous le grand arbre à l’entrée de la forêt »

En effet, Maxima a modifié la structure prédicative source puisqu’elle a introduit une nouvelle prédication : viens ce soir à 8h, ce qui lui permet de « diminuer » le nombre des compléments de je t’attends. Aucun enfant de 4 et 6 ans n’a pu répéter cette longue prédication à l’identique.

Signalons quelques reformulations paraphrastiques qui présentent de plus grandes différences par rapport à la prédication source que celle de Maxima. Nous trouvons un cas chez les 4 ans, trois cas chez les 6 ans et un cas chez les 8 ans.

 
Alexandre X (4a) : « viens à 8h près du premier arbre de la forêt ».
Chloé X (6a) : « rendez-vous ce soir à 8h au grand arbre au début de la forêt »
Claire (6a) : « rejoins-moi à 8h au pied du grand arbre au début de la forêt »
Jean-Alexandre (6a) : « Tom viens ce soir auprès du grand arbre à l’entrée de la forêt à 8h du soir »
Noa (8a) : « rendez-vous à 8h au au gros arbre euh devant la forêt »

Au total, ce sont six enfants seulement qui ont reformulé la prédication <P3c> en maintenant les informations pragmatiquement nécessaires pour que le rendez-vous soit effectif, mais – rappelons-le – aucune répétition n’est attestée parmi les six enfants.

Conclusion

Notre étude a montré, nous semble-t-il, la nécessité d’analyser la répétition à partir d’une unité linguistique à la fois sémantique et syntaxique, cette unité minimale correspondant à une prédication élémentaire. En deçà, on ne peut que comparer les signifiants, et au-delà, on ne peut plus déterminer quelle est la procédure de reformulation dominante. Cette étude a également mis au jour la rareté des répétitions identiques, même dans les cas où les énoncés sources sont particulièrement simples, comme le tronc s’ouvrit. Il est donc nécessaire de faire l’inventaire, même provisoire et limité à nos exemples, des critères de changements compatibles avec la répétition. Les nombreuses occurrences de changements dans les répétitions confirment que la définition que nous avons élaborée de la reformulation (MARTINOT 1994) s’applique parfaitement aux procédures de reformulation par répétition.

Les modifications que nous avons admises pour considérer un énoncé reformulé comme une répétition et non pas comme une paraphrase sont les suivantes :

  • répétition incomplète (suppression d’un mot syntaxiquement nécessaire à la complétude prédicative ou facultatif)

  • changement de préposition,
  • changement de déterminant,
  • changement de temps-aspect (verbe),
  • changement de forme des pronoms sujets
  • changement de forme des noms à condition que le référent soit le même (les relations de métonymie et d’hyperonymie sont admises),

  • modification d’un adjectif à condition que le sens soit équivalent
  • permutation de certains constituants,
  • ajout d’un nom d’adresse
  • erreur au niveau du temps-aspect verbal

Toute répétition prédicative doit en revanche véhiculer la même information, maintenir la même structure syntaxique et le plus souvent la même construction et le même lexique.

La comparaison quantitative (tableau 7) des reformulations prédicatives de notre corpus fait ressortir des différences liées à l’âge. Le premier résultat est que ce sont les enfants de 6 ans et non les enfants de 4 ans qui répètent le plus (parallèlement aux autres procédures de reformulation qui sont également employées mais que nous n’avons pas signalées ici).

Gerolimich 7

<P2a> : Elle tenait par la main une petite fille, séquence 1
<P2b> : que personne n’avait encore jamais vue, séquence 1
<P1b> : « Ouvre la boîte ! », séquence 6
<P1> : le tronc s’ouvrit, séquence 11
<P4> L’arbre se referma derrière eux, séquence 11
<P3c> « Je t’attends ce soir à 8h, sous le gros arbre, à l’entrée de la forêt », séquence 6

Toutefois, s’il y a plus de répétitions à 6 et 8 ans, on observe en même temps, plus de changements introduits dans les répétitions qu’à 4 ans. Le total de toutes les modifications introduites par les enfants des trois tranches d’âge pour répéter les six prédications est de 21 à 4 ans, 51 à 6 ans et 37 à 8 ans. La différence entre les âges est essentiellement quantitative (nombre de changements introduits dans les répétitions) et assez peu qualitative. Ainsi, quel que soit le type de changement introduit dans la répétition, ce sont toujours les 6 ans qui en produisent le plus, sauf pour les changements apportés aux temps verbaux qui sont un tout petit peu plus fréquents chez les 8 ans. Les 6 et les 8 ans modifient également dans les mêmes proportions les noms.

Comment expliquer à la fois que les 4 ans et les 8 ans répètent moins que les 6 ans ?

Les 4 ans, on l’a vu dans le tableau 1, répètent trois fois moins à l’identique que les 6 et 8 ans. Parallèlement, ils introduisent beaucoup moins de modifications que les enfants plus âgés dans leurs répétitions. Ils ne peuvent donc pas encore s’approprier par la répétition une prédication complète et par conséquent ne peuvent pas toujours agir sur une prédication source pour la modifier un peu. À 6 ans, le nombre des répétitions identiques a triplé par rapport aux répétitions identiques des 4 ans et le nombre des modifications introduites augmente dans des proportions comparables (21 modifications à 4 ans vs 51 à 6 ans). Les 6 ans peuvent donc à la fois répéter à l’identique et introduire de très nombreuses modifications, ce qui entraîne aussi un grand nombre d’erreurs : notamment au niveau du temps verbal (P4, séq. 11), et au niveau de la préposition (P2a, séq 1). Ils peuvent donc se libérer de la répétition et appliquer des procédures de reformulation paraphrastiques qui vont émerger de façon significative vers 8 ans. C’est donc pour cette raison que les enfants de 8 ans répètent moins que les 6 ans. Leurs modifications sont conformes à la langue et ils montrent une plus grande maîtrise des contraintes discursives (comme le maintien du même temps verbal d’une prédication à la suivante dans la même séquence ou l’effacement du sujet coréférent à la suite d’un coordonnant (séq. 11)).

Le tableau 7 montre une autre différence entre les âges. Si l’on compare les taux de répétitions entre les prédications, les écarts ne sont pas les mêmes d’une tranche d’âge à l’autre. À 4 ans, deux prédications sont beaucoup plus souvent répétées que les quatre autres, à 6 ans cinq sur six prédications sont répétées fréquemment et présentent des écarts moindres qu’à 4 ans, d’une prédication à l’autre. À 8 ans, trois prédications sur six sont fréquemment répétées et présentent un écart très important par rapport aux prédications moins répétées. Il semblerait donc que les six ans exploitent au maximum la reformulation par répétition, quelle que soit la prédication source. Les enfants de 8 ans, à l’inverse font le choix d’autres procédures reformulatoires et délaissent donc la répétition.

Pour compléter cette étude, il serait nécessaire de prendre en compte toutes les procédures de reformulation de façon à mesurer leur rôle respectif dans l’acquisition. Ce bref travail permet de montrer ce que des enfants d’âges différents peuvent répéter et de quelle façon ils le font. Il ressort que, même dans la répétition, ce sont les différences attestées entre les prédications sources et les prédications répétées qui nous éclairent sur la façon dont les enfants apprennent à faire fonctionner leur langue maternelle.

Références bibliographiques

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BOSNJAK-BOTICA, Tomislava, KUVAČ KRALJEVIĆ, Jelena, VUJNOVIĆ MALIVUK, Kristina, « Complexité linguistique chez les enfants croatophones de 6 et 10 ans dans le cadre de la théorie de Z.S. Harris », in MARTINOT, Claire, MARQUE-PUCHEU, Christiane, GEROLIMICH, Sonia, Perspectives harrissiennes, Paris, CRL, 2016, p. 188-202.

CLARK, Eve Vivienne, « La répétition et l'acquisition du langage », La linguistique, Vol. 42, 2006, p. 67-80.

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MARTINOT, Claire, La reformulation dans des productions orales de définitions et explications. (Enfants de maternelle), thèse de doctorat dirigée par Blanche-Noëlle Grunig, Université Paris 8, 1994.

MARTINOT, Claire, « Étude comparative des processus de reformulation chez des enfants de 5 à 11 Ans », Langages 140, 2000, p.92-123.

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MARTINOT, Claire, « Reformulations paraphrastiques et stades d’acquisition en français langue maternelle », Cahiers de praxématique, 52, 2009, p. 29-57.

MARTINOT, Claire, « L’apport de Z.S. Harris à une nouvelle explication acquisitionnelle de la langue maternelle. Enfants francophones de 6 et 10 ans », in MARTINOT, Claire, MARQUE-PUCHEU, Christiane, GEROLIMICH, Sonia, Perspectives harrissiennes, Paris, CRL, 2016, p. 145-163.

MARTINOT, Claire, GEROLIMICH, Sonia, PAPROCKA-PIOTROWSKA, Urszula, SOWA, Magdalena, « Reformuler pour acquérir sa langue maternelle ? Investigation auprès d’enfants français, italiens et polonais de 6, 8 et 10 ans », in SCHUWER, Martine, LE BOT, Marie-Claude, RICHARD, Elisabeth (éds.), Pragmatique de la reformulation , Types de discours- Interactions didactiques, Coll. Rivages Linguistiques, Presses Universitaires de Rennes, 2008, p. 221-239.

MARTINOT, Claire, KUVAČ KRALJEVIĆ, Jelena, BOSNJAK-BOTICA, Tomislava, CHUR, Lilian, « Prédication principale vs seconde à l’épreuve des faits d’acquisition en allemand, croate et français, langues maternelles », in IBRAHIM Amr H., Prédicats, prédications et structures prédicatives, Paris : CRL, 2009, p. 50-81.

MARTINOT, Claire et al., Reformulation et acquisition de la complexité linguistique, à paraître.

VENEZIANO, Edy, SINCLAIR, Hermine, BERTHOUD, Ioanna, « From one word to two words: repetition patterns on the way to structured speech », Journal of child language 17,1990, p.633-650.

Annexe

Tom et Julie

1. Ce matin-là, la maîtresse est arrivée dans la cour de l’école plus tard que d’habitude. Elle tenait par la main une petite fille que personne n’avait encore jamais vue.
2. Arrivée en classe, la maîtresse a dit : « Les enfants, je vous présente votre nouvelle camarade, elle s’appelle Julie. Tom, la place est libre à côté de toi, Julie sera ta voisine, sois bien gentil avec elle ! »
3. Tom était fou de joie à l’idée d’avoir peut-être une nouvelle amie. Le soir, chez lui, il a fabriqué une petite boîte ronde, rouge et dorée, pour Julie.
4. Le lendemain matin, dans la cour de l’école, Tom guettait l’arrivée de sa nouvelle petite voisine. Dès qu’il l’a aperçue, il s’est dirigé vers la fillette et lui a tendu la boîte qu’il avait fabriquée pour elle, la veille.
5. Julie aimait tellement cette boîte qu’elle la prenait toujours avec elle. Quand la maîtresse disait : « Sortez vos affaires ! », Julie posait délicatement la boîte entre Tom et elle, sur leur table de travail.
6. Un jour, Julie chuchota à Tom : « Ouvre la boîte ! » Tom souleva le couvercle et découvrit un morceau de papier sur lequel Julie avait écrit : « Je t’attends ce soir à 8h, sous le gros arbre, à l’entrée de la forêt ».
7. Tom avait un peu peur parce qu’il lui était interdit d’aller dans la forêt, surtout la nuit.
8. Mais à 8h du soir, il était tout de même au rendez-vous, Julie l’attendait déjà.
9. Sans dire un mot, la petite fille prit la main de Tom et frappa 3 fois sur le tronc du gros arbre.
10. Au bout de quelques minutes, les enfants entendirent un grincement. L’arbre était en train de tourner sur lui-même.
11. Tout à coup, le tronc s’ouvrit et les enfants furent éblouis par la lumière qui inondait l’intérieur de l’arbre. Ils firent quelques pas et l’arbre se referma derrière eux.
12. Tom et Julie se trouvaient dans un jardin merveilleux où les fleurs semblaient se parler en chantant. Alors Julie dit à Tom : « Viens, traversons le jardin, il y a une grande fête pour toi, ce soir. Jusqu’à minuit, tu as le droit de demander à notre Roi tout ce que tu veux ».
13. Tom a répondu : « Je veux apprendre à parler avec les oiseaux qui savent tout ce qui se passe dans le ciel, avec les poissons qui savent tout ce qui se passe dans l’eau et avec les fourmis qui savent tout ce qui se passe sur la terre ».
14. Et depuis ce jour, Tom est devenu un enfant extrêmement savant.

1
Cet article est le résultat d’une étroite collaboration ainsi que de nombreuses discussions théoriques entre les auteurs. Nous précisons que l’introduction et les paragraphes 1, 2 et 3 ont été rédigés essentiellement par Claire Martinot, et que les paragraphes 4, 5, 6 ainsi que la conclusion ont été rédigés essentiellement par Sonia Gerolimich.

2
Nous considérons qu’une langue est un ensemble de prédications qui véhiculent un sens, et non pas un ensemble de mots (HARRIS 1976, 1988, 2007).

3
Nous ne donnons pour le moment que la prédication concernée par la reformulation par répétition versus paraphrase sans le co-texte que nous indiquerons par la suite.

4
Dans le cas en question, la permutation des arguments ne remet pas en question la structure de la prédication.

5
Malgré le changement apparent du référent, nous ne considérons pas qu’il y ait changement de sens. Le référent, à savoir la boîte, a en effet une forme « ronde » (cf. séquence 3) et les deux mots (boîte, boule) commencent par la même initiale. Il s’agit probablement d’un défaut mémoriel, ce qui nous pousse à considérer que Claire est dans une posture répétitive.

6
L’histoire comporte 14 séquences (cf. annexe)

7
La reformulation de < P1> correspond à : ça s’est ouvert. Avec des lumières est une prédication seconde introduite par Léa, cette prédication seconde correspond à la reconstruction : il y avait des lumières, que l’on analyse comme une « mini-prédication » provenant de la reformulation (minimale) de : < P2> les enfants furent éblouis par la lumière (…). Dans le cadre harrissien, les phrases dérivées (dans le vocabulaire de Harris, c’est-à-dire complexes), proviennent de phrases élémentaires réduites. C’est pourquoi, nous reconstruisons une prédication complète à partir de Prép N.

8
Adrien n’emploie pas de sujet explicite, ce qui obligerait à considérer que le sujet est Julie du point de vue des règles de cohérence discursive : « rendez-vous à 8h sur le premier arbre et (séq. 9) Julie tapait trois coups et (séq. 10) tournait sur lui-même (séq.11) et s’ouvrit ». 

Per citare questo articolo:

Sonia GEROLIMICH, Claire MARTINOT , La répétition chez les enfants de 4, 6 et 8 ans : de quoi parle-t-on au juste ?, Repères DoRiF n. 13 - La Répétition en langue - coordonné par Ruggero Druetta, DoRiF Università, Roma octobre 2017, http://dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=357

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