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Alberto BRAMATI

Présentation de

Bramati Litterature

Publié en 1990 chez Balland et deux ans plus tard dans la collection Folio, puis paru dans une nouvelle « édition aggravée » en 2010 chez Cadex, le recueil De purs désastres de François Salvaing illustre, à travers 63 textes narratifs de longueur variable, la violence et la folie universelles de la guerre. Racontées chaque fois par un narrateur-témoin qui se fond à l’intérieur d’un nous plus générique (le détachement, le bataillon, l’armée tout entière), ces 63 microfictions couvrent tous les aspects de la vie militaire, représentée à travers les histoires d’armées ressortissant à des aires géographiques et à des périodes historiques variées. Les conflits sont tantôt évoqués par de simples allusions (noms de personnes et de lieux, noms d’armes, etc.), tantôt purement imaginaires – la France de la Révolution ? le Mexique de la guerre civile ? le front russe pendant la Deuxième Guerre mondiale ? la guerre d’Algérie ? la guerre en Irak ?

Et toutes ces guerres tournent invariablement au désastre : au moment crucial de la bataille aussi bien que lors des déplacements forcés ou des attentes exténuantes ; devant la réalité cruelle du sang et de la mort comme dans les rêves et les cauchemars qui peuplent les nuits ; dans les relations entre soldats, entre soldats et officiers, ou entre généraux et puissants du monde – les rois, les sultans, les empereurs, tous plus ou moins fous –, sans oublier les relations que les militaires entretiennent avec leurs prisonniers, avec les populations civiles, et surtout avec les femmes – épouses, fiancées ou maîtresses, prostituées ou victimes anonymes de viols collectifs.

Écrites sur un ton qui oscille entre le grotesque et le sarcasme, avec un lexique alternant mots soutenus et expressions argotiques, et avec une syntaxe simple mais tordue comme l’esprit des personnages, les 63 microfictions de Salvaing montrent, avec leur froid cynisme, le côté sombre de l’humanité : le plaisir subtil de la violence gratuite, le triomphe sadique de l’humiliation du plus faible, l’effort constant de considérer comme normal et raisonnable un monde qui est en réalité un enfer inventé par des hommes pour d’autres hommes, un enfer dont l’absurde violence finit par inexorablement emporter tout le monde. Il n’y a pas de place pour les bons sentiments dans l’univers de Salvaing : on n’y trouve ni bons ni méchants, ni justes ni injustes : aucune différence n’existe entre l’armée dont fait partie le narrateur et l’armée ennemie ou la population qui vit dans les lieux de l’occupation ou de la bataille. Tous se conduisent de la même manière puisque chacun vise à survivre coûte que coûte. La seule différence réside dans le point de vue de celui qui prend la parole pour raconter son histoire : ma vie contre celle des autres.

Je remercie l’auteur et l’éditeur qui m’ont gracieusement autorisé à publier trois textes en édition bilingue.

Alberto Bramati
Università degli Studi di Milano

	 
  

Trois textes tirés de De purs désastres de François Salvaing

Traduzione dal francese di Alberto Bramati

	 
  

1. (p. 11)

Des mains surgissaient, s’agrippaient aux rebords de nos embarcations. Pour plus de sûreté nous les tranchions aux coudes. Cela dura des heures. Quand nos haches se lassaient, nous donnions de la serpe et nos barques fendaient l’écarlate du lac. Tout cela sans un cri, ou nous aurions effarouché les flamants, les grues.

Une fois sur la rive, le colonel Lapeyre réclama son Leica. Nous fîmes groupe sous les daturas et nous arborâmes nos dentitions. Les moments heureux n’étaient pas si nombreux.

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Appena fuori dall’acqua, le mani si aggrappavano ai bordi delle nostre imbarcazioni. Per maggior sicurezza le tagliavamo all’altezza dei gomiti. Il lavoro durò ore. Quando eravamo stanchi delle asce, ci davamo dentro di roncola, e le barche solcavano lo scarlatto del lago. Tutto questo senza un grido, o avremmo impaurito i fenicotteri, le gru.

Una volta a riva, il colonello Lapeyre reclamò la sua Leica. Facemmo gruppo sotto le solanacee in fiore ed esibimmo le nostre dentature. I momenti felici non erano così frequenti.


	 
  

42 (p. 156)

Quand de Radjapour il ne resta âme qui vive, nous pûmes enfin passer au volet humanitaire de notre programme.

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Quando di Radjapour non rimase più anima viva, potemmo finalmente passare alla parte umanitaria del nostro programma.


	 
  

38 (p. 150)

Les officiers de la commission d’enquête nous rassurèrent, ils ne voulaient pas la mort du pécheur, simplement établir une chronologie pour leur rapport. Et en haut lieu, non plus, on ne voulait pas la mort du pécheur, juste montrer à l’opinion publique internationale qu’il y avait eu enquête et rapport, un souci maniaque de la déontologie, et tout le toutim. Quelqu’un devait trinquer, peut-être bien, mais pas la mer à boire, un mois aux arrêts de rigueur, grand maximum, et six points de moins au tableau d’avancement.

Ils nous interrogèrent par ordre alphabétique. Le point sur lequel ils insistaient : qui passait après qui ? Ensuite ils reprirent dans le détail, en commençant par Hennie qui, chaque fois, avait été – selon l’expression de l’officier présidant la commission – le dernier qui entrait en scène. Hennie témoigna qu’il n’avait rien pu faire, panne sèche, franchement ça le débectait, comment dire… l’état des lieux quand Gerrie lui cédait la place. Gerrie prétendit que les filles étaient déjà mortes quand je m’en retirais. Le saligaud mentait, toutes je les avais vues battre des cils à la fin de l’acte, comme si elles voulaient me demander un truc. De l’eau, va savoir, ou qu’on les laisse respirer cinq minutes.

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Gli ufficiali della commissione d’inchiesta ci rassicurarono, non volevano la morte del peccatore, solo stabilire una cronologia per il loro rapporto. E neanche le alte sfere la volevano, la morte del peccatore, giusto mostrare all’opinione pubblica internazionale che c’era stata un’inchiesta con un rapporto, una cura maniacale della deontologia, e tutto l’ambaradan. Qualcuno forse sì, avrebbe dovuto pagare, ma niente di trascendentale, un mese al massimo agli arresti di rigore e sei punti in meno nella valutazione di carriera.

Ci interrogarono in ordine alfabetico. Il punto su cui insistevano: chi veniva dopo chi? Poi ripresero nei dettagli, cominciando da Hennie che ogni volta era stato – secondo l’espressione dell’ufficiale che presiedeva la commissione – l’ultimo entrato in scena. Hennie testimoniò che non ce l’aveva fatta, era rimasto a secco, francamente gli dava la nausea, come dire… lo stato delle cose quando Gerrie gli lasciava il posto. Gerrie sostenne che le ragazze erano già morte prima che io ne uscissi. Il bastardo mentiva, le ragazze io le avevo viste tutte sbattere le ciglia alla fine dell’atto, come se volessero chiedermi qualcosa. Un po’ d’acqua, che ne so, o che le lasciassimo respirare cinque minuti.

Per citare questo articolo:

Alberto BRAMATI, Présentation de , Repères DoRiF n. 13 - La Répétition en langue - coordonné par Ruggero Druetta, DoRiF Università, Roma octobre 2017, http://dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=361

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