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Yannick HAMON

Compte rendu - Promuovere la competenza interculturale nella didattica della traduzione. L'esperienza della Scuola interpreti di Forlì

D'Arcangelo, Adele (dir.), Promuovere la competenza interculturale nella didattica della traduzione. L'esperienza della Scuola interpreti di Forlì , Bononia University Press, Bologna, 2016.

Yannick Hamon
Università di Bologna
yannick.hamon@unibo.it

L’ouvrage Promuovere la competenza interculturale, récemment publié (2016) sous la direction d’Adele D’Arcangelo, se propose de délimiter et de définir la compétence interculturelle et entend fournir un éventail des possibles didactiques facilitant et stimulant l’Enseignement-Apprentissage de cette compétence complexe dans le cadre des cursus proposés à l’école de Langues, Littératures, Traduction et Interprétation (Scuola di Lingue, Letterature, Traduzione e Interpretazione) de l’Université de Bologne (Centre de Forlì).

Les formations et activités mises en œuvre dans cette école, ainsi que les initiatives lancées dans le cadre du projet européen PICT (Promoting Intercultural Competence in Translators) constituent la matière première d’une exploration et d’une réflexion autour d’un ensemble complexe de compétences et sous-compétences que les futurs professionnels du secteur se doivent d’acquérir pour exercer leur profession, que ce soit en début de parcours (Licence) ou à un niveau plus avancé (Masters Traduction Spécialisée et Interprétation).

Si l’approche globale est écologique en ce sens qu’elle ancre la réflexion sur les expériences de terrain, les points d’entrée sont multiples : les dimensions linguistique, cognitive et culturelle permettent d’intégrer et de faire se compléter les différentes disciplines qui gravitent autour d’un objet protéiforme, la compétence interculturelle.

L’ouvrage se structure en trois grandes parties : la première grande partie, introduction comprise, permet d’appréhender la compétence sur un plan théorique en faisant état des recherches qui, des années 1990 à aujourd’hui, ont permis de mieux comprendre ses éléments constituants. La deuxième partie est, quant à elle, consacrée aux parcours et activités mis en place dans le cadre des cours de Licence (médiation, traduction et interprétation) en vue de commencer à construire la compétence interculturelle. Enfin, la troisième partie s’attache à faire état des parcours proposés au niveau master pour affiner cette compétence en l’appliquant à la traduction de textes sectoriels et plus spécifiquement, à la traduction littéraire et juridique et ce pour les quatre principales langues de travail enseignées à l’école : l’espagnol, l’anglais, le français et l’allemand.

Première partie : délimitation d’une compétence complexe

Dans son introduction, Adele D’Arcangelo insiste sur la nécessité de concevoir les éléments constituants de la compétence interculturelle, non seulement comme des qualités abstraites telles que la curiosité ou la flexibilité, mais davantage comme des habiletés latentes qu’il convient de stimuler, de guider et d’évaluer au même titre que les compétences d’ordre langagier et méthodologique. L’auteure fait d’abord le point sur les définitions de la compétence interculturelle qui ont été établies aussi bien en didactique des langues par Byram ou Kramsch et intégrées dans le CECRL (2001) qu’en didactique de la traduction par Katan, Kiraly ou Kelly, Gambier et reprises sur les sites des associations et réseaux de traducteurs-interprètes professionnels. Les trois dimensions opératoires de la compétence (théorique, textuelle et interpersonnelle) permettent de mieux penser l’architecture des cursus proposés aux étudiants en activant progressivement la prise de conscience et l’appropriation de concepts clé tels que le culturème, le cultural gap, les cultural bumps ou l’empathie.

La contribution de Danielle Londei propose de mieux cerner ce dernier terme-concept en faisant état de la pluralité des définitions qui en ont été faites et en insistant sur le rôle déclencheur de l’empathie dans le processus d’acquisition de la compétence culturelle. Conçue comme une habileté à développer pour surmonter les obstacles pouvant infirmer la compréhension de l’Autre, l’empathie constituerait surtout, selon l’auteure, non seulement le déclic d’une prise de conscience de la diversité mais aussi l’envie de rentrer dans les schèmes mentaux d’une personne provenant d’une autre culture, en s’efforçant de se décentrer, de laisser de côté, ne serait-ce que provisoirement, les schèmes constitutifs de sa propre culture. Passant des références littéraires à la didactique des langues, en passant par la psychanalyse et aux théories établies dans les neurosciences, l’auteure soumet une réflexion qui embrasse le champ social et propose d’envisager une formation de futurs médiateurs qui procède d’une réelle volonté de comprendre l’Autre au sens étymologique du terme.

De son côté, Daniela Zorzi, dont le travail est publié à titre posthume, présente un cours consacré à la communication interculturelle qui vise les futurs interprètes inscrits au master d'Interprétation. L’exploration interdisciplinaire des concepts et thèmes clé dans le cadre de ce cours a pour objectif implicite le repérage de problématiques possibles pour les mémoires de fin d’études. En outre, il s’agit de contextualiser l'observation des traits culturels en les inscrivant dans une perspective comportementale et non de les considérer comme une pure abstraction. En partant de situations communicatives authentiques, ce travail didactique de repérage s’appuie sur le recours critique à des modèles d’analyse des interactions observées aussi bien macro-sociologiques (celui de Hofstede en particulier) que micro-sociologiques (ceux de Garfinkel ou Goffman). Le fait de privilégier une approche expérientielle en complément des cours magistraux favorise selon l’auteure la prise en compte des facteurs subjectifs, intersubjectifs et environnementaux pouvant influer sur la réussite ou l’échec des échanges dans un contexte déterminé. En outre, l’attention est portée sur l’appel aux expériences antérieures des étudiants qui, au niveau master, ont déjà pour la plupart effectué un séjour à l’étranger. En s’appuyant donc sur le vécu des étudiants, sur des documents écrits et sur des séquences vidéo (interactions en contexte médical), les tenants et aboutissants du cours de communication interculturelle exposés par l’auteure avec une grande clarté fournissent des pistes pédagogiques intéressantes et permettent d’entrer dans le vif du sujet.

La troisième contribution de cette première partie, proposée par Rachele Antonioni concerne le cours de licence mis en place dans le cadre du cursus « Mediatori linguistici e interculturali » et plus spécifiquement le cours de langue et culture anglaise. Ce cours préparatoire qui s’adresse aux futurs traducteurs constitue la première étape d’une formation professionnelle consolidée et affinée en Master de spécialisation. Le parcours d’enseignement-apprentissage exposé par l’auteure intègre, outre un remue-ménage initial sur la notion de culture, le recours critique au modèle d’Hofstede pour la communication dans le milieu des affaires, la prise en compte de la dimension non verbale (en s’appuyant sur les travaux de Hall notamment mais aussi sur des documents iconographiques), les tabous, le repérage des implicites culturels dans les produits audio-visuels, l’humour et sa traduction, ainsi qu’un travail sur l’argumentation pour lequel les étudiants sont conduits à débattre entre eux sur des sujets sensibles. L’intégration, l’articulation du cours présenté de façon très claire sous forme de tableau dénote le souci de stimuler les étudiants et de les inciter d’une part à se décentrer, d’autre part à explorer la partie immergée de l’iceberg pour reprendre la métaphore de E.T. Hall, citée par Rachele Antonioni.

Deuxième partie : les expériences menées en premier cycle universitaire, un socle commun pour la compétence interculturelle

En premier lieu, Federico Gaspari propose des pistes de travail didactique basées entre autres sur un questionnaire visant la perception des étudiants quant au rôle de la dimension interculturelle dans les parcours proposés au centre de Forlì (son propre cours de traduction entre l’anglais et l’italien et les cours des autres départements) en insistant sur l’importance de ce volet dans la formation professionnelle des futurs traducteurs et interprètes.
Après avoir situé la place de la compétence interculturelle dans le cadre plus global de la didactique de la traduction, l’auteur expose les tenants et aboutissants de son cours de licence consacré à la traduction de fictions littéraires contemporaines – de l’anglais vers l’italien. À travers plusieurs exemples de difficultés de traduction dues à des biais culturels, Federico Gasparri fait état d’une progression cohérente qui va de l’analyse du texte source à la co-révision des versions traduites par les étudiants ainsi qu’à la comparaison avec des traductions déjà éditées et commercialisées.
L’analyse qualitative menée à partir des questionnaires montre que l’action didactique mise en œuvre pour faire acquérir les bases d’une compétence interculturelle efficiente a été jugée positive par les étudiants sondés. Cela étant, l’auteur se montre prudent et soulève des questions à prendre en considération en vue d’une amélioration de l’offre de formation concernant d’une part la lisibilité des différences entre les choix didactiques opérés dans chaque département (anglais, français, allemand, espagnol etc.), et d’autre part, les moyens pouvant être mis en place pour évaluer les progrès effectifs des étudiants dans l’acquisition de la compétence interculturelle.

Raffaella Tonin aborde de plus près, pour les étudiants de licence inscrits à son cours de traduction de l’espagnol vers l’italien, la question des cultures textuelles, des traits culturels contenus dans les textes et la nécessité de leur décryptage pour un rendu optimum en langue maternelle. À partir de textes relevant du domaine du tourisme (sites internet en particulier), l’auteure souligne la nécessité de faire émerger chez les futurs traducteurs l'habileté à négocier et à s’approprier une sorte de « grammaire culturelle », en mesure de résoudre au mieux les cas de cultural bumps, déjà mentionnés théoriquement par Rachele Antonini, ces écarts et obstacles entre les deux langues de travail qui peuvent potentiellement opacifier le texte cible et appellent une phase cruciale de compréhension fine des textes source. Les exemples de texte soumis au lecteur lui permettent de mieux appréhender ces difficultés. Le recours à la métaphore du voyage dans la progression du raisonnement est plaisant et dénote, outre la clarté de l’exposition et la pertinence du sujet, un louable effort de créativité stylistique. Du reste, cette créativité est d’autant plus la bienvenue qu’au niveau du fond, c’est aussi l’effort créatif des étudiants, en position de futurs traducteurs, qui est stimulé pour aider ces derniers à s’approprier leur rôle de guides et de passeurs de cultures.

Linda Rossato met, quant à elle, l’accent sur le travail de suivi des mémoires des étudiants en fin de premier cycle universitaire. Ce moment clé de la formation universitaire en Italie, puisqu’elle sanctionne le premier cycle, est guidé par l’enseignante qui analyse, de façon critique, deux travaux qui lui ont été soumis et qui se signalent par la forte valence culturelle des textes choisis, non seulement en terme d’obstacles dans la traduction mais aussi en raison de la complexité de la réflexion qui l’accompagne. Après être revenue sur la difficulté à cerner et à manier le concept de culture (en recourant aux travaux de Hall sur la dimension cachée des cultures), l’auteure insiste sur la nécessité de contextualiser les objets textuels analysés par ses étudiantes, à savoir des livres de cuisine, en partant du marché éditorial et des conditions de production socio-professionnelles de ce type d’ouvrage. Linda Rossato explique de façon précise le rôle du travail de fin d’étude dans le cadre du cursus des futurs traducteurs incluant une partie consacrée à la traduction (respectivement d’un livre de recettes françaises paru aux États-Unis en 1961 et d’un autre manuel paru en 2008 en Angleterre, inspiré d’une émission de la BBC). Il est alors question de mettre en évidence les variations diachroniques du genre textuel (le livre de recettes) et le fait qu’une publication peut être sujette à péremption. En outre, il est question de la dénomination des mets et de leurs dénotations d’une culture à l’autre en prenant en considération les habitudes alimentaires des publics source et cible. Afin de mieux cerner la dimension dénotative et connotative de la terminologie et de la phraséologie propres au genre, l’auteure souligne le rôle crucial d’une documentation critique (glossaires, textes parallèles mais aussi cartes conceptuelles pour étayer les choix) pour surmonter les obstacles de nature culturelle par des stratégies de réduction, d’omission ou de contournement (notes, précisions du traducteur sous forme de périphrase dans le corps de texte). Ici encore la notion de cultural bumps et les instruments théoriques et méthodologiques permettant d’y remédier se trouve abondamment explicitée et illustrée. Au delà des stratégies pratiques et concrètes applicables au texte, l’auteure met en évidence la prise de conscience du rôle de l’attitude du traducteur, sa disponibilité à l’égard de l’autre et son souci constant de faciliter la communication interculturelle en dépit des obstacles qui lui sont inhérents.

Troisième partie : expériences pour l’enseignement-apprentissage de la compétence interculturelle au niveau master (traduction spécialisée)

La troisième partie de l’ouvrage insiste davantage sur le caractère professionnalisant de la formation en traduction-interprétation. Le cadre didactique est circonscrit aux cours de master pour les deux cursus visés. Là encore, la compétence interculturelle est envisagée dans une perspective réflexive englobant les aspects textuels et les éléments non verbaux.

La contribution de Gloria Bazzocchi entend faire état des choix didactiques proposés pour son cours de traduction éditoriale et plus particulièrement pour la traduction des œuvres destinées à la jeunesse (traduction de l’espagnol vers l’italien). La perspective, interdisciplinaire, permet de faire prendre conscience aux futurs traducteurs de la nécessité d’avoir à l’esprit un lecteur type dont les attentes vont influer sur les choix traductifs et le dépassement des cultural bumps qui jalonnent le texte source. À partir d’un récit en langue espagnole pour la jeunesse publié en 1985 et réédité en 1999, l’auteure insiste sur la nécessité de cerner les attentes d’un public spécifique, de mener une analyse méticuleuse du texte en rapport aux images et de désambiguïser les realia en s’appuyant sur un panel complet de ressources documentaires. Une traduction attentive, respectueuse aussi bien du texte de départ que du public cible pose également la question idéologique, au niveau des choix et contraintes éditoriales, de faire passer la culture source et de sensibiliser le lecteur cible à sa présence, de la familiariser à l’Autre, ou bien d’opter pour une logique d’acclimatation cherchant à faciliter l’accès à la diversité et sa compréhension. La formation des futurs traducteurs gagne sans nul doute à faire en sorte que ces derniers sachent défendre et promouvoir, au sein du système éditorial dans lequel ils évolueront, une culture de l’interculturel, de la rencontre entre cultures, du contact des diversités.

Toujours pour la traduction éditoriale (traduction de l’anglais vers l’italien), Adele D’Arcangelo rend compte des efforts fournis dans le cadre du projet PICT pour « aligner » de façon cohérente les programmes et les objectifs des cours visant la communication interculturelle et les critères d’évaluation adoptés pour sanctionner l'acquisition des connaissances, des savoir-faire et la gestion des habiletés interpersonnelles. La complexité introduite par la valence culturelle des textes et des discours impose ainsi une conception pluridimensionnelle centrée sur la pratique ponctuelle et locale et sur une maturation progressive et continue allant selon nous bien au delà du cursus. À cet égard, l’auteure suggère de diversifier et d’articuler au maximum aussi bien les typologies textuelles abordées que les domaines sectoriels, les modalités d’enseignement-apprentissage (modalités individuelles et collectives). Adele D’Arcangelo souligne également comme point cardinal de la compétence interculturelle des traducteurs le rôle de l’auto-révision et de l’auto-évaluation car c’est précisément cette habileté qui permettra une consolidation de la compétence à long terme. L’auteure revient sur les trois dimensions constitutives de cette dernière (théorique, textuelle et interpersonnelle) en leur associant dans un tableau de synthèse un descriptif de ce que l’on attend des étudiants durant le cours de traduction éditoriale. L’on notera l’importance accordée à un va-et-vient contextualisé entre pratique et théorie qui inclut les attitudes (conscientisation de l’Autre, empathie, curiosité, sensibilité, positionnement social et idéologique). À travers des exemples tirés de différents textes présentant des cas de cultural bumps, Adele D’Arcangelo fournit matière à une réflexion plus étendue sur les modalités de révision et de confrontation des choix de traduction et du travail critique détaillé des étudiants sur leurs propres travaux en retraçant à voix haute (protocole talk-aloud) puis à l’écrit sous forme de commentaires les raisonnements précédant les choix de traduction. Or cette capacité technique est liée selon l’auteure à une attitude essentielle que le cursus de traducteurs-interprètes doit savoir développer : la capacité de ces derniers non seulement à détecter, identifier et résoudre les problèmes d’ordre culturel mais aussi à défendre et argumenter leurs travaux en environnement professionnel.

Sara Castagnoli se concentre sur les biais culturels pouvant infirmer des textes relevant du domaine économique et financier. Là encore, l’attention minutieuse portée à l’analyse des textes source garantit une compréhension fine des éléments opacifiants s’appuyant sur des stratégies documentaires adaptées aux difficultés rencontrées. L’auteure fait observer, comme la contributrice précédente, que les étudiants ont souvent tendance, au niveau master, à concevoir les difficultés de traduction uniquement sur le plan terminologique. Or, s’il est vrai que la tendance est à la recherche d’une culture sectorielle transnationale et globalisante, certains éléments textuels et discursifs peuvent être sujets à un marquage culturel qui ne peut être décelé, selon Sara Castagnoli, que si l’on envisage la traduction à la fois comme produit et processus. A partir de textes journalistiques tirés du Financial Times et du journal The Economist, l’auteure conduit ses étudiants à repérer en langue anglaise les éléments culturellement marqués qui jalonnent le texte et imposent d’adopter des ajustements en langue cible : qu’il s’agisse d’un type spécifique de délit financier ou des connotations revêtues par la mention d’une société, l’absence de repérage de la nuance et de la dimension connotative entraînerait une perte de sens dommageable à la compréhension du texte par le lecteur cible. En outre, Sara Castagnoli fait état des différences dans les cultures textuelles et discursives au niveau du genre qui induisent des variations sur le plan de la fonction du genre textuel d’une langue à l’autre (à vocation informative neutre ou à vocation injonctive et promotionnelle). Ce repérage fin des éléments spécifiques (la personnalisation par l’usage des pronoms par exemple) qui orientent et marquent l’intention communicative du genre. Dès lors, selon l’auteure, il devient important de recourir à un panel documentaire constitué, pour ce secteur spécifique, de corpus parallèles (échantillonnages importants en terme de volume) permettant l’observation des éléments discursifs signifiants au niveau macro (conventions culturellement ancrées) et micro (préférences stylistiques des rédacteurs en langue source). En somme, l’impression de similarité des textes traitant d’économie et de finance doit conduire les futurs traducteurs à être conscients des possibles connotations de certains termes et de la structure textuelle des genres en langue source et cible. Là encore, c’est l’attention, l’identification des problèmes et leur résolution par une documentation ad hoc qui permettent de gérer avec finesse la question des éléments culturellement marqués.

Enfin, Danio Maldussi et Eva Wiessman proposent tous deux pour la traduction juridique (respectivement du français et de l’allemand vers l’italien) des pistes de réflexion. Danio Maldussi, avec de nombreux exemples à l’appui, fournit aux étudiants les outils méthodologiques leur permettant de saisir pleinement (mais progressivement) la complexité qui caractérise les conditions sociales de production des textes juridiques. Le parcours proposé aux étudiants prévoit le repérage et la compréhension des variations entre des textes relevant d’un même secteur, le secteur juridique, mais de typologies et fonctions textuelles différentes. En partant du terme italien femminicidio, l’auteur, par le biais d’une approche didactique textuelle et contrastive, fait explorer et analyser des textes issus de la presse d’information grand public, et des textes de loi officiels, de leur phase préparatoire et des discussions qui s'ensuivent, à la publication des législations en vigueur. L’auteur cherche ainsi à faire comprendre à ses étudiants que la terminologie est, elle aussi, sujette à des variations socio-culturelles au sein d’une même langue-culture mais aussi entre cultures juridiques différentes d’un pays à l’autre (cultures juridiques française, anglaise et italienne) impliquant des connotations précises pour chaque terme et/ou des choix terminologiques optant pour le caractère générique.

Pour la traduction juridique entre l’allemand et l’italien, Eva Wiessmann qui adopte également une approche contrastive, insiste quant à elle sur la nécessité de familiariser les étudiants aux difficultés de traduction là où la documentation fait défaut, notamment lorsque les deux cultures nationales, juridiques et discursives, ne permettent pas l’élaboration (et donc la consultation) de textes parallèles. Dès lors la tâche, plus ardue, impose non seulement une lecture analytique très poussée mais aussi une connaissance suffisante du droit italien et du droit allemand.

Pour conclure cette recension, Il faut souligner en premier lieu la pertinence de l’initiative car depuis quelques années, dans le champ disciplinaire qui est le nôtre, la traductologie, les volets (inter)culturel et didactique avaient été un peu mis à l’écart. Les contributions se signalent en outre par une grande clarté rédactionnelle et un souci constant d’associer à la théorisation d’un concept-outil opérationnel, la compétence interculturelle, à des expériences concrètes qui permettent de mieux apprécier la pluralité des approches. Ainsi, de la prise de conscience à la sensibilisation, de la familiarisation à l’expertise en recourant en complémentarité aussi bien au cours magistral classique qu’aux tâches relevant du learning by doing, l’on constate qu’un ensemble pédagogique cohérent et riche est pris en considération à travers les témoignages des différents contributeurs. La variété et la pertinence des documents et des supports d’apprentissage dont il est fait état dénotent un effort de structuration de la compétence au niveau curriculaire (définition des programmes et des objectifs d’apprentissage) mais aussi au niveau des intrants langagiers, de l’exploitation et de l’évaluation des composants de la compétence, exposés en introduction par Adele D’Arcangelo, Danielle Londei, et par la très regrettée Daniela Zorzi. Les efforts de théorisation de la compétence interculturelle entrepris par les contributeurs gagneront à se déployer à l’échelle européenne à court et moyen terme. En effet, si les initiatives formulées dans le volume en faveur d’une facilitation, d’une co-construction et d’une consolidation de la compétence interculturelle revêtent une dimension ponctuelle et locale, ces dernières peuvent impulser une mise en réseau avec d’autres pôles de formation importants au niveau européen. Et l’on sait l’importance stratégique du réseautage en milieu éducatif. Enfin, les éléments didactiques exposés et analysés dans l’ouvrage pointent aussi et surtout la nécessité de remettre au cœur des apprentissages langagiers et culturels deux compétences clés liées par une relation intersubjective et objective : comprendre l’Autre, agir pour lui et agir avec lui. Ce parcours passe, comme le suggère Danielle Londei, par une sensibilisation à l’empathie pour parvenir à des formes plus sophistiquées d’intelligence interpersonnelle au cœur d’une citoyenneté européenne et mondiale.

Per citare questo articolo:

Yannick HAMON, Compte rendu - Promuovere la competenza interculturale nella didattica della traduzione. L'esperienza della Scuola interpreti di Forlì , Repères DoRiF n.12 - Les z'oraux - Les français parlés entre sons et discours, DoRiF Università, Roma juillet 2017, http://dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=353

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